Politique

Coup d’État au Burkina : Kaboré exclu de la sélection nationale

Quelques heures avant sa chute, l’ex-président burkinabè tweetait encore son soutien aux Étalons. Mais la ferveur footballistique n’a pas suffi à dissiper la grogne parmi les militaires.

Mis à jour le 28 janvier 2022 à 11:23
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

© Damien Glez

« Quand l’âne veut te terrasser, tu ne vois pas ses oreilles », enseigne un dicton ouest-africain. Mais le chef de l’État burkinabè réélu en 2020 semble avoir verrouillé ses propres oreilles aux signes avant-coureurs d’un coup d’État, dans un pays où l’hypothèse n’est pourtant jamais incongrue.

Quelques jours avant l’attaque du détachement d’Inata, qui a coûté la vie à 53 gendarmes le 14 novembre dernier, des problèmes de ravitaillement militaire avaient été signalés dans la province du Soum. Mais le régime en place a répondu à la grogne par le bâillonnement des réseaux sociaux et des manifestations, avant d’opter pour une sorte de méthode Coué sportive. Le dimanche 23 janvier, alors que retentissent, depuis l’aube, des tirs mutins dans plusieurs casernes du pays, le chef de l’État ne communique que par tweets et sur un sujet décalé. « Du pain et des jeux », suggéraient les empereurs romains pour s’attirer la bienveillance d’un peuple. Pas de pain à Inata ? Il ne restait que le sport roi dans les arènes camerounaises…

Pas de pain à Inata

A 12h22, le président encourage l’équipe de foot nationale, qui s’apprête à affronter le Gabon en huitième de finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Il appelle – message subliminal ?– à la mobilisation de « ressources de discipline ». Après la victoire des Étalons, il exprime « la fierté » de toute une Nation qui ne semble pourtant plus lui déléguer à l’unanimité le droit de parler en son nom…

Entre tirs d’armes à feu et tirs aux buts, entre détonations et vuvuzelas, le tango militaire semble suivre le rythme de la fanfare sportive. « Ô putsch ! suspends ton vol » : l’apparente « pause » des bisbilles politiques, pendant le match, ne signifiera pas une prolongation pour le régime burkinabè. Les Étalons continueront leur parcours en phase finale, tandis que Roch Marc Christian Kaboré entendra siffler, dès le lendemain, la fin de sa sélection en équipe nationale…

Cartons rouges

Osera-t-il feindre, dans ses mémoires, avoir été surpris par les sabots de l’âne ? Au pays des Hommes intègres, le sport national n’est pas le football, mais l’interruption brutale des mandats. En 62 ans d’indépendance, les chefs d’État voltaïques et burkinabè Maurice Yaméogo, Sangoulé Lamizana, Saye Zerbo, Jean-Baptiste Ouédraogo, Thomas Sankara et Blaise Compaoré ont tous reçu un carton rouge à la fin de leur parcours présidentiel. Le seul à n’avoir pas été expulsé brutalement est le président de la transition, Michel Kafando. Il n’avait pas été élu, n’est resté au pouvoir qu’un an et a goûté, lui aussi, à une interpellation par des putschistes qui, cette fois, ne sont pas parvenus à leur fin.

Ce putsch cru 2022 n’inspirera aux citoyens aucun soutien massif au déchu. Contents d’avoir retrouvé leurs réseaux sociaux, ceux-ci mettront plutôt leur enthousiasme au service des Étalons.