Politique
Dépouillement des votes lors de l’élection présidentielle de février 2019. © Sylvain CHERKAOUI pour JA

Cet article est issu du dossier

Locales au Sénégal : les enjeux du scrutin

Voir tout le sommaire
Politique

Locales au Sénégal : Abdoulaye Diouf Sarr, Amadou Hott, Aliou Sall… Les grands perdants de la majorité présidentielle

Plusieurs dizaines de ministres et de hauts fonctionnaires s’étaient lancés dans la course, parfois sans l’aval du président Macky Sall. Mais les résultats provisoires des élections du 23 janvier semblent être mitigés pour la coalition au pouvoir.

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 27 janvier 2022 à 16:56

Abdoulaye Diouf Sarr, Amadou Hott, Aliou Sall. © Montage JA : Carmen Abd Ali pour JA, DR, Sylvain Cherkaoui pour JA

Que reste-t-il de la puissance de Benno Bokk Yakaar (BBY) à l’issue des élections locales du 23 janvier ? Si, dans un communiqué publié au lendemain du scrutin, la coalition au pouvoir affirme avoir « gagné massivement ces élections », la machine présidentielle perd tout de même du terrain face à la montée en puissance de Yewwi Askan Wi (YAW), la principale coalition de l’opposition.

Benno Bokk Yakaar paie au prix fort ses divisions et les multiples listes parallèles, dont certaines avaient été cautionnées par Macky Sall lui-même. « [L’essentiel est d’]éviter que nos militants ou nos voix soient dispersés », avait expliqué le chef de l’État. Mais cela n’a pas fonctionné à Dakar, où la défaite d’Abdoulaye Diouf Sarr, l’actuel ministre de la Santé, face à l’opposant Barthélémy Dias dans la course pour la mairie centrale a sonné comme un revers cinglant pour la majorité, affaiblie par la candidature dissidente de Mame Mbaye Niang, ministre chef de cabinet de Macky Sall.

La capitale sénégalaise faisait pourtant l’objet de toutes les attentions. Gagner Dakar, qui n’est plus dans l’escarcelle du pouvoir depuis 2009 (elle ne l’était pas sous la présidence d’Abdoulaye Wade, elle ne l’est pas non plus sous celle de Macky Sall), mais aussi sa banlieue, était crucial pour la majorité. BBY avait donc pris toutes les précautions en mettant en selle plusieurs ministres pour arracher une majorité de communes des mains de l’opposition. Sans grand succès.

À Fann-Pont-E-Amitié, au cœur de Dakar, Abdou Karim Fofana, ministre chargé du suivi du Plan Sénégal émergent, n’a rien pu faire face au maire sortant, Palla Samb, qui portait les couleurs de YAW. Idem pour Zahra Iyane Thiam, ministre de la Microfinance et de l’Économie sociale et solidaire, qui a perdu à Sicap-Liberté malgré le soutien du Caucus des femmes leaders au Sénégal.

Idrissa Seck en perte d’influence

Dans la banlieue de la capitale, à Yeumbeul-Sud, l’une des seize communes d’arrondissement de Pikine, Amadou Hott, ministre de l’Économie, par ailleurs pressenti pour le poste de Premier ministre, a reconnu sur Twitter sa défaite  face au maire sortant, Bara Gaye (YAW). Échec aussi pour Aminata Assome Diatta, la ministre du Commerce, partie à la conquête de la commune de Keur-Massar, en périphérie de Dakar. En revanche, pouvoir et opposition revendiquent chacun la victoire à Rufisque, où les résultats du match entre Ismaïla Madior Fall, ministre d’État chargé de la Justice, et Omar Cissé sont encore incertains.

Les dés sont jetés dans la commune de Sangalkam, où les grandes tendances annoncent la défaite d’Oumar Guèye, ministre de la Gouvernance territoriale et maire sortant. Pas de chance non plus pour Dame Diop, ministre de l’Emploi. Tête de liste de la coalition au pouvoir à Diourbel, en pays mouride, il a dû s’incliner devant Malick Fall, le maire sortant issu des rangs de Wallu Sénégal, la coalition qui s’est formée autour du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade.

Ces élections marquent aussi la perte d’influence, à Thiès, d’Idrissa Seck, ancien Premier ministre et actuel président du Conseil économique, social et environnemental, depuis son rapprochement avec le pouvoir, en novembre 2020. Dans cette ville située à 70 km à l’est de Dakar, Yankhoba Diattara, ministre de l’Économie numérique et coordonnateur local du parti Rewmi, d’Idrissa Seck, a été battu par Babacar Diop (YAW). Ce dernier a rapidement été félicité par Talla Sylla, le maire sortant, qui avait décidé de faire cavalier seul, n’ayant pas été investi par BBY.

À Ziguinchor, l’autre grande ville que convoitait la coalition au pouvoir, l’ancien ministre Benoît Sambou, soutenu par Macky Sall mais affaibli par la candidature du maire sortant Abdoulaye Baldé, s’est incliné face à Ousmane Sonko, le leader du Pastef.

Des présidents de sociétés publiques évincés

Outre les ministres, plusieurs directeurs de sociétés d’État et de départements ministériels étaient également en lice lors du scrutin du 23 janvier. Nombre d’entre eux ont échoué dans leurs communes respectives. C’est le cas d’Ababacar Sadikh Bèye, le directeur général du Port autonome de Dakar (PAD), tête de liste de BBY à Dieuppeul-Derklé, l’une des communes d’arrondissement de la capitale, qui n’a pas pu reprendre la mairie à Cheikh Guèye.

Même Aliou Sall, le frère cadet du chef de l’État, n’échappe pas à la déferlante YAW

« La démocratie populaire s’est exprimée, je l’accepte avec fair play et sans conteste, a tweeté l’intéressé. Je félicite le maire Cheikh Guèye qui a été choisi par les populations pour les cinq prochaines années. » Moussa Sy, le président du conseil d’administration du port de Dakar, n’a pas non plus rempilé à la tête des Parcelles-Assainies puisqu’il a été battu par Djamil Sané, coordonnateur locale du Pastef.

Même Aliou Sall, le frère cadet du chef de l’État, n’échappe pas à la déferlante YAW à Guédiawaye, vaste commune de la banlieue de Dakar. L’édile sortant, par ailleurs président de l’Association des maires du Sénégal, a été défait par Ahmed Aidara, animateur-vedette sur Sen TV et  Zik FM, deux médias appartenant au groupe de presse D-Media de Bougane Guèye Dany. Lui-même président de Gueum Sa Bopp, une autre coalition de l’opposition sous la bannière de laquelle Bamba Fall, ancien socialiste et maire sortant de la commune populaire de La Médina, a battu Cheikh Ba, le directeur de la Caisse des dépôts et de consignations (CDC).

L’heure des sanctions ?

À Saint-Louis, Mary Teuw Niane, l’ancien ministre de la Recherche scientifique et actuel président du conseil d’administration de Petrosen, a manqué son pari de déloger de la mairie Mansour Faye, beau-frère de Macky Sall. Enfin, le duel à Kolda entre Abdoulaye Bibi Baldé, le directeur général de La Poste – investi par BBY -, et Mame Boye Diao, le directeur des impôts et domaines, membre de la coalition au pouvoir mais candidat sur une liste concurrente, a été favorable à ce dernier.

Ces différentes personnalités de la majorité jouaient, pour beaucoup, leur survie politique. Mais après tant de contre-performances, l’heure est-elle aux sanctions ? « Une personnalité qui a fait une mauvaise performance ne pourra plus avoir les mêmes prétentions que quelqu’un qui a eu des résultats, estimait, à la fin de novembre, Mohamadou Fadel Diop, du think-tank Wathi, basé à Dakar. D’autres vont perdre leur place au sein du parti à l’issue de ce scrutin. »

Une hypothèse qu’avait écartée Mame Boye Diao. « Dans notre camp, personne n’a d’épée de Damoclès au-dessus de la tête », avait-il affirmé. Reste qu’en 2014, la Première ministre Aminata Touré avait été limogée après sa défaite face à Khalifa Sall à Dakar.