Politique

Mali : comment la veuve de Soumaïla Cissé tente de sauver l’URD 

Un an après le décès de son fondateur, l’Union pour la république et la démocratie est en proie à de vives luttes internes. Mais les tentatives de médiation se multiplient, notamment portées par la discrète Cissé Assitan Traoré.

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Mis à jour le 26 janvier 2022 à 16:50

Cissé Assitan Traoré, en août 2018 à Bamako. © ISSOUF SANOGO/AFP

Depuis le décès de son époux, le 25 décembre 2020, Cissé Assitan Traoré est restée dans l’ombre. C’est seulement un an plus tard qu’elle est apparue publiquement pour lancer la Fondation Soumaïla Cissé pour l’espoir et l’excellence, dont elle est la présidente. Mais en coulisses, elle a pris ces derniers mois son bâton de pèlerin afin d’intervenir auprès des protagonistes de la crise qui secoue le parti longtemps présidé par son époux.

« Après la mort de Soumaïla Cissé, l’URD n’explosera pas. Le parti s’agrandira de jour en jour pour réaliser ses idéaux et sa vision », déclarait en mars dernier Salikou Sanogo, le premier vice-président qui assure l’intérim de Cissé. Mais la tournure des événements ne semble pas lui donner raison.

Guerre proxy

La crise a atteint son paroxysme lorsqu’un congrès extraordinaire s’est tenu le 16 janvier dernier à l’initiative de plusieurs caciques de la formation, tels que Mamadou Hawa Gassama, Coulibaly Kadiatou Samaké, Amadou Cissé, Abdoul Wahhab Berthé, Racine Thiam, Beffon Cissé et Bakary Fomba. Ces derniers sont soupçonnés de mener une guerre proxy pour l’ex-Premier ministre Boubou Cissé, qui souhaiterait être le candidat du parti à la prochaine présidentielle.

Ce congrès, contesté par une partie des cadres et Salikou Sanogo, a en effet porté le rival de celui-ci, Gouagnon Coulibaly, à la tête de l’URD. Mais la veuve de Soumaïla Cissé a été claire : la famille du défunt n’a pas de candidat. À l’issue de cette grand-messe, cette dernière a reçu le nouveau président et sa délégation, venus lui présenter le bureau. Selon nos informations, elle a décliné leur demande de séance photo et refusé de remettre symboliquement l’étendard du parti à Coulibaly. « Si elle assume son rôle, elle peut sauver le parti de la fracture », assure un membre de l’URD.

Émissaire auprès de Coulibaly

En août dernier, une pétition avait d’abord été initiée pour demander la tenue d’une conférence nationale, à laquelle Salikou Sanogo ne semblait pas favorable. Toujours selon nos informations, Assitan Traoré avait envoyé un émissaire auprès de Gouagnon Coulibaly, le quatorzième vice-président, à la tête de la fronde. La famille de ce dernier et celle de la veuve de Soumaïla Cissé sont voisines à Kolokani, dans la région de Koulikoro.

Mais la médiation de Moussa Sey Diallo, adjoint au secrétaire chargé de la communication, l’avocat Demba Traoré, n’a pas porté ses fruits. Pire, après que la pétition a circulé, la fracture s’est encore aggravée lorsqu’il a été question d’organiser le fameux congrès extraordinaire pour élire le successeur de Soumaïla Cissé : les caciques du parti qui en sont à l’origine s’étaient regroupés en novembre au sein d’un Collectif pour la sauvegarde de l’URD (CPS-URD).

Suspension ou radiation ?

Le 22 janvier, Assitan Traoré a pris part à la traditionnelle présentation de vœux à la presse, en compagnie d’autres figures du parti qui siègent au gouvernement, à savoir les ministres Ibrahima Ikassa Maïga (Refondation) et Aoua Paul Diallo (Travail, Fonction publique et Dialogue social). A-t-elle choisi de s’aligner derrière Salikou Sanogo, présenté comme un vecteur de stabilité et de diversité ?  Le congrès extraordinaire tenu par les frondeurs, que le premier vice-président considère comme un non-événement, était en effet l’un des sujets du point presse.

Enfin, au cours d’une réunion du parti deux jours plus tôt, plusieurs de ses membres ont proposé de prendre des sanctions – qui pourraient aller de la suspension à la radiation – contre le camp de Gouagnon Coulibaly. Mais Salikou Sanogo continuerait de privilégier le dialogue, allant jusqu’à envoyer les présidents d’honneur Bandiougou Bidia Doucouré et Coulibaly Salimatou Cissé auprès de Gouagnon Coulibaly.