Politique

Maroc : disparition de l’actrice française Etchika Choureau, premier amour de Hassan II

Etchika Choureau est décédée ce 25 janvier, à l’âge de 92 ans. Cette ancienne actrice française, considérée comme une invitée de marque par la famille royale, avait vécu une grande histoire d’amour avec Hassan II, lorsqu’il était encore prince héritier.

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 26 janvier 2022 à 16:00

Etchika Choureau, le 1er mai 1957. © Mary Evans/AF Archive/SIPA

Etchika Choureau est partie comme elle a vécu une grande partie de sa vie. Dans une absolue discrétion. La triste nouvelle a d’ailleurs été annoncée sobrement hier sur les réseaux sociaux par son amie, la créatrice de mode Fadila El Gadi, basée à Rabat. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Etchika Choureau, née Jeannine Paulette Verret, à Paris en 1929, a été l’une des étoiles montantes du cinéma français dans les années 1950 et a défrayé la chronique par son histoire d’amour avec un personnage hors du commun, le prince Moulay Hassan, futur Hassan II.

Ils se rencontrent à Cannes, en 1956, alors que le jeune prince est en convalescence après une ablation des amygdales et que son pays, le Maroc, négocie pied à pied son indépendance. Ils ont tous deux 27 an. Etchika Choureau, une blonde incendiaire, est déjà une actrice célèbre, révélée en 1953 dans Les Vaincus, du réalisateur italien Michelangelo Antonioni.

Moulay Hassan, lui, fougueux et fringant, promis à régner un jour sur son royaume, est une personnalité connue du grand public français. Entre les deux jeunes gens, c’est le coup de foudre, et la convalescence de Moulay Hassan prend vite des allures de lune de miel : tous les jours, ils sillonnent La Croisette en cabriolet et s’amusent à semer les paparazzis.

Dès qu’il en a l’occasion, Hassan II retrouve sa dulcinée pour quelques jours d’escapade, ou passe des heures avec elle au téléphone

L’idylle dure plusieurs mois, jusqu’à ce que le Maroc obtienne son indépendance : Moulay Hassan doit être aux côtés de son père, Mohammed V, pour prendre les rênes du pays.

« Etchika ou le trône »

Contre toute attente, la distance et le pouvoir n’éloignent pas les deux amants. Au contraire. Au palais royal, tout le monde est au courant. Moulay Hassan a même donné des consignes à l’ambassade du Maroc à Paris : en cas de besoin, Etchika Choureau doit pouvoir être reçue à tout moment et disposer d’un service diplomatique.

Chaque semaine, le prince y fait livrer des cadeaux à foison : pâtisseries marocaines, bijoux traditionnels, objets de décoration artisanale… Dès qu’il en a l’occasion, il retrouve sa dulcinée pour quelques jours d’escapade, ou passe des heures avec elle au téléphone pour lui ronronner des « je t’adore par-ci et des je t’aime par-là », selon Midhat Bourequat, chargé à l’époque de sécuriser toutes les communications de la famille royale.

Cette histoire d’amour interrompt prématurément la carrière prometteuse d’Etchika Choureau. En 1958, après plusieurs tentatives infructueuses pour revenir en haut de l’affiche, l’actrice décide d’abandonner le cinéma et s’installe à Rabat, près de « son prince ». Villa cossue du quartier Souissi, chauffeurs, domestiques, le tout aux frais du Palais. Etchika accède quasiment au rang de princesse et se fait une place dans la bonne société de la capitale administrative.

Évidemment, cette relation suscite bien des remous. En 1957, un magazine français va jusqu’à titrer en Une : « Le prince héritier du Maroc va-t-il renoncer au trône pour une Française ? » Quant à Mohammed V, il sommera son fils de choisir entre sa « petite amie » et le trône. Quelques mois plus tard, le souverain meurt des suites d’une opération chirurgicale bénigne.

Moulay Hassan doit maintenant assumer ses responsabilités et monter sur le trône. Mais la tradition alaouite ne permettant pas à un roi d’être célibataire, le futur Hassan II épouse Lalla Latifa. Pendant ce temps, en goguette à Paris, Etchika assiste de loin, impuissante, à l’Histoire en marche. Leur histoire d’amour s’arrête brutalement, et la jeune femme, brisée et blessée, décide de se réinstaller à Paris…

Les liens sacrés d’une amitié royale

Mais le temps soigne toutes les blessures. Cela semble être le cas pour Etchika Chourreau et Hassan II, dont l’histoire d’amour s’est finalement muée en amitié au fil des années. À partir de 1966, l’ex-actrice se réconcilie avec le roi. Elle vit à nouveau entre Paris, Rabat et Marrakech, et fréquente les membres de la famille royale.

Elle a été approchée par plusieurs maisons d’édition pour publier ses Mémoires, mais elle a toujours refusé

Certains affirment qu’elle continue d’avoir « une certaine influence sur le monarque ». Ils conserveront en tout cas une relation spéciale, privilégiée. En 1968, elle épouse Philippe Rheims, un richissime commissaire-priseur français, qui devient lui aussi un « ami » du roi, et le décorateur attitré de plusieurs palais.

Le couple est considéré comme faisant partie de la familles royale : ils sont accueillis avec faste, et on leur envoie systématiquement les princes et les princesses pour les saluer. Jusqu’à la fin, Etchika Choureau, installée à Skhirat, une station balnéaire située à quelques kilomètres de Rabat, restera une invitée de marque du royaume. En 2013, elle figurait parmi les convives au réveillon du Nouvel An organisé par Mohammed VI et Lalla Salma.

Discrète, elle a été approchée par plusieurs maisons d’édition pour publier ses Mémoires, mais elle a toujours refusé, privilégiant la loyauté et l’amitié. Des secrets, elle en avait pourtant. En 2004, alors que la France a l’intention de déclassifier le dossier « Mehdi Ben Barka », Etchika est entendue par le juge chargé de l’affaire. Au cours de cette audition, elle a présenté, à la surprise générale, le passeport du général Oufkir, prétextant qu’il l’avait oublié chez elle un jour où il était venu lui transmettre un message de Hassan II. Elle n’a ensuite plus jamais été inquiétée par la justice.