Politique

RDC : comment Tshisekedi profite de la disgrâce de Kabund pour réorganiser l’Union sacrée

La démission du premier vice-président du bureau de l’Assemblée nationale n’est pas encore effective, mais le chef de l’État a déjà lancé les grandes manœuvres pour restructurer la coalition au pouvoir.

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 26 janvier 2022 à 07:53

Christophe Mboso et Félix Tshisekedi. © Présidence RDC

Le 24 janvier, une réunion au sommet s’est tenue à l’hôtel Fleuve Congo, réunissant les présidents des différents groupes parlementaires affiliés à l’Union sacrée. Les discussions ont été menées par le Premier ministre, Sama Lukonde Kyenge, le président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso Nkodia, ainsi que par son homologue du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo.

Augustin Kabuya, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et proche de Jean-Marc Kabund, était également présent, bien qu’il soit resté discret depuis l’annonce de la démission de ce dernier. Si cette rencontre était officiellement consacrée à la présentation des vœux à la majorité, il a bel et bien été question de stratégie politique.

Bureau de coordination de l’Union sacrée

Selon nos informations, l’un des points à l’ordre du jour était la mise en place d’un bureau de coordination au sein de l’Union sacrée. De nombreuses composantes de la majorité présidentielle se plaignent en effet de l’absence d’une telle structure depuis la création de cette coalition, à la fin de l’année 2020. Plusieurs piliers de l’entourage du chef de l’État comme de la majorité parlementaire accusent Jean-Marc Kabund de bloquer la mise en place de cet organe. Selon un collaborateur de Félix Tshisekedi, le président intérimaire de l’UDPS privilégie la création d’une structure au niveau parlementaire, sur laquelle il pourrait garder la main.

Architecte de l’ombre de l’Union sacrée, Kabund a joué un rôle clé dans la formation de la coalition qui a succédé à l’alliance entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Il a notamment veillé sur les intérêts des députés du Front commun pour le Congo (FCC, pro-Kabila) ayant rejoint le camp du chef de l’État. Jusqu’à l’annonce de sa démission, le 14 janvier, Kabund était chargé de mobiliser les députés pour certains votes stratégiques ou encore de recadrer une partie de la majorité lorsqu’il le jugeait nécessaire.

Kabund destitué en septembre ?

La situation personnelle de Jean-Marc Kabund n’était pas inscrite à l’ordre du jour, mais il s’est invité dans le débat à la suite d’une question d’un participant qui souhaitait s’enquérir de l’évolution de son cas. La démission du premier vice-président de l’Assemblée nationale n’a pour le moment été annoncée que de manière informelle, sur les réseaux sociaux et en public, et aucune procédure n’a été entamée au niveau de la Chambre basse pour la concrétiser. Selon nos informations, le trio Christophe Mboso Nkodia-Sama Lukonde Kyenge–Modeste Bahati Lukwebo a estimé que cette question devait d’abord être gérée au niveau de l’UDPS et a évoqué l’hypothèse que le parti présidentiel retire sa confiance à Kabund.

En l’absence d’une telle procédure, l’Assemblée nationale devra entamer une démarche de destitution. Toujours selon nos informations, l’entourage du chef de l’État ne souhaite pas procéder à celle-ci lors de la session parlementaire du mois de mars, dont le point d’orgue sera la discussion autour de la loi électorale – un dossier très attendu par certains alliés de Tshisekedi. Celle de septembre serait plutôt privilégiée.

Dernier point au cœur des discussions : le partage des responsabilités pour les échéances à venir. Il y a tout d’abord les élections des gouverneurs dans quatorze provinces. Ces scrutins sont prévus au début de cette année, mais aucune date n’a été fixée. Le camp présidentiel a fait part de son souhait de convenir, à l’avance, d’un ticket unique de l’Union sacrée pour chacun des sièges, afin de ne pas voir de candidatures concurrentes au sein de la majorité. La question du partage des postes au sein des entreprises publiques, autre sujet de tensions au sein de l’Union sacrée, a également été abordée.

À un peu moins de deux ans de la présidentielle, Félix Tshisekedi souhaite profiter de la situation pour réorganiser son camp politique et multiplier ce type de réunions.