Politique

Burkina : après la démission de Kaboré, manifestations de soutien aux putschistes

Des manifestants sont descendus dans les rues de Ouagadougou pour afficher leur soutien au coup d’État qui a renversé le président burkinabè, ce lundi. Mais du côté de la communauté internationale, les condamnations sont unanimes.

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Mis à jour le 25 janvier 2022 à 16:37

Manifestation de soutien au coup d’État, place de la Nation à Ouagadougou, le 24 janvier 2022 © Sophie Garcia/AP/SIPA

Au lendemain du coup d’État qui a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, des centaines de personnes sont descendues dans les rues de Ouagadougou, ce mardi 25 janvier, pour afficher leur soutien aux putschistes. « Nous avions demandé à plusieurs occasions le départ du président, qui n’a pas entendu cet appel. L’armée nous a entendu et compris », se réjouit Lassane Ouedraogo, un militant de la société civile.

« Pour nous ce n’est pas un coup d’État, c’est une libération de notre pays qui était dirigé par des incompétents », renchérit Julienne Traoré, une enseignante de 30 ans. Brandissant des drapeaux malien et russe, certains manifestants appelaient à coopérer avec Moscou, comme le régime militaire de Bamako le fait depuis plusieurs mois.

La vie semble néanmoins avoir repris son cours à Ouagadougou. Le grand marché, les commerces et les stations-services étaient ouverts, ce mardi, sans présence militaire notable.

Nouvel homme fort

La veille, les putschistes sont apparus à la télévision nationale pour annoncer « mettre fin au pouvoir » de Roch Marc Christian Kaboré, chef de l’État depuis 2015. Le pouvoir est désormais aux mains du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) et de son homme fort, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, commandant de la 3e région militaire. Affirmant avoir agi pour le salut du Burkina, le MPSR a instauré un couvre-feu, dissous le gouvernement et l’Assemblée nationale et suspendu la Constitution. Il a aussi promis, dans « un délai raisonnable », « un calendrier de retour à un ordre constitutionnel accepté de tous ».

Pour l’instant, on est sans nouvelles de Roch Marc Christian Kaboré, dont l’ONU et la France ont réclamé la « libération immédiate ». « Il m’a été confirmé hier soir qu’il était en bonne santé et qu’il n’était pas menacé », a toutefois déclaré le président Emmanuel Macron.

La Cedeao dénonce une démission obtenue sous la menace, l’intimidation et la pression

Une lettre de démission manuscrite, attribuée à Kaboré, a été publiée hier soir. Il y est écrit qu’elle a été décidée « dans l’intérêt supérieur de la nation ». Mais, dans un communiqué publié ce mardi, la Cedeao dénonce une démission « obtenue sous la menace, l’intimidation et la pression des militaires après deux jours de mutinerie ». L’organisation régionale dit aussi condamner « fermement ce coup de force des militaires qui marque un recul démocratique majeur pour le Burkina Faso » et annonce la prochaine tenue d’un sommet extraordinaire pour discuter de la situation.

Incertitude sur le sort des personnes arrêtées

L’incertitude plane également sur le sort du Premier ministre, Lassina Zerbo, ainsi que sur celui de plusieurs responsables du précédent gouvernement. Le MPSR assure toutefois que « les opérations se sont déroulées sans effusion de sang et sans aucune violence physique sur les personnes arrêtées, qui sont détenues dans un lieu sûr dans le respect de leur dignité », sans donner de noms.

Au pouvoir depuis 2015, le président Kaboré, réélu en 2020 sur la promesse de lutter contre les jihadistes, était de plus en plus contesté par une population excédée par les violences des groupes armés et son impuissance à y faire face.

Ramener la paix au Burkina Faso ne sera pas une mince affaire pour le MPSR

Ramener la paix au Burkina Faso ne sera pas une mince affaire pour le MPSR, tant le pays s’est enfoncé ces dernières années dans une spirale de violences jihadistes. La majorité de son territoire, en particulier l’Est et le Nord, sont le théâtre d’attaques quasi quotidiennes de la part des groupes affiliés à Al-Qaida et l’État islamique.

Outre les condamnations de la France, de l’ONU et de la Cedeao, le G5 Sahel, dont la présidence est actuellement assurée par N’Djamena, s’est dit « très préoccupé par le déroulement des évènements politiques et militaires ». « Le G5 Sahel, attaché aux idéaux de paix, de sécurité et de démocratie, condamne énergiquement cette tentative d’interruption de l’ordre constitutionnel », poursuit le communiqué.

(Avec AFP)