Politique

Tunisie : Malek Zahi, ministre des Affaires sociales… et fidèle du président Kaïs Saïed

Doté d’une forte légitimité auprès des syndicats, le ministre Malek Zahi est l’une des pièces maîtresses du dispositif mis en place par le chef de l’État. Portrait.

Réservé aux abonnés
Par - à Tunis
Mis à jour le 25 janvier 2022 à 15:59

Le ministre des Affaires sociales, Malek Zahi, prête serment devant Kaïs Saïed au palais présidentiel de Carthage, près de Tunis, le 11 octobre 2021. © AFP

Sa présence, ces dernières semaines, lors de différentes réunions de la cheffe du gouvernement, Najla Bouden a suscité des interrogations et laissé supposer qu’outre sa casquette de ministre des Affaires sociales, Malek Zahi était en passe d’obtenir la charge de directeur de la communication de l’exécutif.

Aucun décret n’a concrétisé ce qui n’est pour l’heure qu’une rumeur, mais il n’en demeure pas moins que le discret Malek Zahi s’est ménagé une place importante dans l’équipe de Najla Bouden depuis sa nomination, en octobre 2021. Le jeune ministre d’à peine 42 ans hérite de dossiers épineux, souvent négligés par ses prédécesseurs.

Son père n’est autre que l’ancien secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail pour la fonction publique

Le natif de Gafsa (Sud-Ouest) n’est pas un néophyte. Il a grandi dans une région dont l’économie tourne essentiellement autour de la production de phosphate, région qui est un épicentre de la contestation syndicale dans le pays. Bercé durant son enfance par les hauts faits de son grand-père, Abdeljawad Zahi, fondateur du Mouvement national en 1930, il a aussi été aux premières loges des luttes sociales puisque son père, Mohamed Moncef Zahi, n’est autre que l’ancien secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) pour la fonction publique.

Lorsque, au début des années 2000, le père refuse d’être décoré par l’ex-président Ben Ali, ce dernier, qui opère alors un vaste coup de filet anti-terroriste, choisit d’inquiéter plutôt le fils, de crainte de provoquer des réactions au sein de la centrale syndicale. Déféré devant la justice, Malek Zahi sera finalement blanchi de toute accusation d’accointance terroriste.

Passé militant

Mais cette injustice sera fondatrice pour le jeune homme. Proche du Parti démocrate populaire, il est tout naturellement, lors de son parcours estudiantin, membre de l’Union générale des étudiants tunisiens (UGET), ancrée dans la mouvance de gauche.

Esprit curieux, le jeune militant n’en perd pas pour autant de vue ses objectifs personnels. Il obtient à l’université d’Al Manar une maîtrise en administration des affaires, un master en économie et en gestion des risques et un diplôme en technologies de la communication et en technologie en 2011.

Malek Zahi ne cherche pas l’exposition médiatique

Fort de ces viatiques, il entre dans la vie active, opte pour le secteur des assurances où il sera représentant général d’une compagnie et reconnu comme expert. Il continue de jouer, depuis 2009, le rôle de secrétaire général d’un syndicat de base auprès d’une compagnie d’assurances privée.

En parallèle, Malek Zahi est actif dans la société civile et devient l’un de ceux qui agissent en toute discrétion dans les coulisses de la révolution.

Pilier des mouvements de la Kasbah 1, qui ont conduit au remaniement du gouvernement Mohamed Ghannouchi (janvier 2011), et de la Kasbah 2 (février-mars 2011), qui a mené à la mise en place d’une Assemblée constituante, Malek Zahi ne se montre pas, ne cherche pas l’exposition médiatique.

Contre Mechichi

Proche du parti Watad, il est très affecté par l’assassinat de Chokri Belaïd en 2013. Mais, depuis le début de sa mobilisation pour Kasbah 2, il se montre de plus en plus sensible au discours d’un juriste qui deviendra dix ans plus tard président de la République. C’est ainsi que Malik Zahi devient un proche de Kaïs Saïed.

C’est lui qui a été chargé de sa campagne électorale dans le gouvernorat de la Manouba en 2019, lui, toujours, qui lui suggère de consacrer une partie de son discours d’investiture à la Palestine.

Malek Zahi veut remettre en selle le Conseil national de dialogue social

Depuis les coulisses du pouvoir, il a continué à user de son entregent et a assuré la liaison entre la centrale syndicale, les organisations de la société civile et le président de la République qui, au fil des années, a eu tout loisir d’apprécier l’engagement de celui qui figure en bonne place dans l’exécutif qu’il a choisi après avoir suspendu le gouvernement Mechichi en juillet 2021.

Malek Zehi, proche du locataire de Carthage, s’est activé contre le chef du gouvernement Hichem Mechichi en soutenant les mouvements protestataires de l’hiver 2021.

Malek Zahi, père d’une petite fille, est l’un des atouts de confiance de Kaïs Saïed. Au gouvernement, sa mission est de ramener dans le giron de l’exécutif les négociations sociales du secteur privé et de consolider ainsi l’omniprésence de l’État sur ces questions.

Pour cela, il veut remettre en selle le Conseil national de dialogue social qui regroupe, selon une démarche qui se veut participative, les différents acteurs concernés par les négociations sociales. Dans un contexte où l’action gouvernementale est tributaire des décisions du palais, Malek Zahi est l’une des pièces maîtresses du dispositif élaboré par Kaïs Saïed.