Politique

Guinée : pourquoi Mamadi Doumbouya a porté son choix sur Dansa Kourouma

C’est le président du Conseil national des organisations de la société civile de Guinée qui a été nommé à la tête du Conseil national de transition. Un homme influent qui s’est fait une place dans l’entourage du président Doumbouya ces derniers mois.

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Par - à Conakry
Mis à jour le 25 janvier 2022 à 10:47

Ces derniers mois, Dansa Kourouma a gagné en influence. © DR Dansa Zourouma

Insensible à la pression, le président Mamadi Doumbouya aura pris son temps avant d’annoncer la composition du Conseil national de transition (CNT). La liste des personnes retenues a finalement été rendue publique le 22 janvier au soir, après des semaines d’hésitations et de discussions, et c’est Dansa Kourouma qui prend la tête de cet organe censé déterminer la durée de la transition.

Ces derniers mois, Dansa Kourouma avait gagné en influence, au point que certains le comparaient à un vice-président. À Jeune Afrique qui lui en avait fait la remarque, il avait répondu, un sourire aux lèvres : « Un vice-président sans garde du corps ni bureau digne d’une telle fonction ? Que Dieu les entende ! »

En terrain connu

Âgé de 45 ans, Dansa Kourouma présidait jusqu’à présent le Conseil national des organisations de la société civile de Guinée (CNOSC-G). Sur le papier, le poste de président du CNT qui vient de lui être confié fait de lui la deuxième personnalité de l’État (la Constitution guinéenne faisant traditionnellement du président de l’Assemblée nationale le dauphin du chef de l’État en cas de vacance du pouvoir). Il sera épaulé par Maïmouno Yombouno, première vice-présidente, et par El Hadj Sény Facinet Sylla, second vice-président.

Au CNT, Dansa Kourouma ne sera pas en terrain inconnu. Il a déjà occupé le poste de rapporteur au sein du conseil mis en place à la suite du coup d’État de Moussa Dadis Camara. Il a, à ce titre, participé à l’élaboration de la Constitution du 7 mai 2010 – celle-là même qui a été changée à l’issue du référendum controversé de mars 2020, permettant au président de l’époque, Alpha Condé, de briguer un troisième mandat.

Dansa Kourouma n’avait pas officiellement rallié le Front national de défense de la Constitution (FNDC), très engagé contre le troisième mandat et piloté par son principal rival au sein de la société civile, Abdourahmane Sano, mais il s’était néanmoins montré critique vis-à-vis de la démarche du président guinéen. « Je suis pour le débat sur la Constitution, mais il y a des valeurs pour lesquelles le CNOSC ne changera jamais », avait-il expliqué dans une interview donnée en avril 2019.

Quoique proche du Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, il avait jugé le référendum inopportun. « La Constitution est en vigueur depuis neuf ans, se justifiait-il. La soumettre à un référendum, c’est de l’incohérence politique. »

En décembre 2020, le jour de l’investiture d’Alpha Condé pour un troisième mandat, il avait néanmoins dit reconnaître les résultats définitifs de l’élection présidentielle publiés par la Cour constitutionnelle et accepter de se soumettre « à la dictature des institutions ». « Aller à l’encontre de cela [serait] une rébellion contre la République. »

Il n’avait jusque-là aucune fonction officielle mais apportait son expertise à Mamadi Doumbouya

Depuis le putsch du 5 septembre dernier, le président du CNOSC-G a été plusieurs fois aperçu au palais Mohammed-V, qui abrite la présidence, et à la Villa-5, située non loin de là et où ont été décidées la plupart des nominations. Proche du jeune ministre de l’Administration du territoire, Mory Condé, et du chef d’état-major général des armées, le colonel Sadiba Koulibaly, qu’il a côtoyé à la faculté de médecine de Conakry, Dansa Kourouma s’est fait une place au fil des mois dans l’entourage du chef de la junte.

700 candidatures pour 81 sièges à pourvoir

Il n’avait jusque-là aucune fonction officielle mais apportait son expertise à Mamadi Doumbouya, notamment sur les questions constitutionnelles et électorales. Il a d’ailleurs été l’architecte de la Charte de la transition, qui en définit les différents organes, et qui stipulait que « les membres du gouvernement et ceux des institutions dissoutes à la date du 5 septembre 2021 ne [pouvaient] pas être désignés au CNT ».

Au total, quatre-vingt-un sièges étaient à pourvoir. Le ministère de l’Administration du territoire avait reçu plus de 700 candidatures, émanant notamment de la classe politique, de la société civile, de la sphère religieuse et de la diaspora. Particulièrement délicat a été le choix des quinze représentants des partis politiques. Mamadi Doumbouya a finalement tranché et les grandes formations que sont l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de Cellou Dalein Diallo, l’Union des forces républicaines (UFR), de Sidya Touré, le Rassemblement du peuple de Guinée–Arc-en-ciel, l’ex-formation au pouvoir, ou encore le Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN), de Lansana Kouyaté, ont chacun un siège.

D’autres anciens membres du CNT de 2010 font leur entrée au sein de la version 2022. Parmi eux, l’avocat et militant du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), Mohamed Traoré, ainsi que le magistrat Mohamed Ali Thiam. On retrouve aussi Ibrahima Sorel Keita, farouche opposant au troisième mandat, et le juriste Jean-Paul Kotembédouno – tous deux sont issus de la diaspora installée en France.