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Dépouillement des votes lors de l’élection présidentielle de février 2019. © Sylvain CHERKAOUI pour JA

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Locales au Sénégal : les enjeux du scrutin

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Locales au Sénégal : l’opposant Ousmane Sonko fête sa victoire à Ziguinchor

Le candidat du Pastef s’est offert un bain de foule dimanche soir dans la ville casamançaise, où les estimations le donnaient gagnant.

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Par - Envoyée spéciale à Ziguinchor
Mis à jour le 24 janvier 2022 à 12:58

Ousmane Sonko le 8 mars 2021 à Dakar. © REUTERS/Cooper Inveen

« La victoire a été très belle. » C’est un Ousmane Sonko triomphant qui a traversé les rues de Ziguinchor dimanche 23 janvier, avant même les résultats officiels des élections communales et départementales au Sénégal. Dès 21 heures, l’opposant entamait une grande caravane depuis son domicile, situé dans le quartier HLM-Nema, composée de plusieurs véhicules, et très rapidement suivie par une foule de sympathisants.

 

« Nous sommes largement en tête dans tous les bureaux de vote de la ville », assurait alors Djibril Sonko, responsable du Pastef, le parti d’Ousmane Sonko, dans le département. Selon des procès-verbaux de résultats consultés dimanche par Jeune Afrique, plusieurs grands centres de vote de la ville, tel celui de Landing-Tamba, donnaient tôt dans la soirée la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi (YAW) loin devant ses concurrents.

Le dépouillement des bulletins avait commencé assez tôt dans les principaux centres de la capitale, peu après 18 heures. Très rapidement, des soutiens d’Ousmane Sonko ont commencé à converger dans ceux où la victoire de la coalition YAW était assurée, chantant et dansant pour célébrer la victoire.

Restructuration du paysage politique

Au bout d’une heure et demie de marche à travers la ville, Ousmane Sonko a choisi de s’arrêter devant la mairie dont il doit prendre les rênes pour s’adresser à ses supporters. À ses côtés, le militant Guy Marius Sagna, qui l’avait déjà accompagné voter plus tôt dans la matinée, le responsable du Pastef Georges Mansaly, vainqueur des élections départementales, et l’économiste Cheikh Tidiane Guèye.

Après avoir remercié ses équipes pour l’avoir soutenu dans une « campagne difficile », Ousmane Sonko s’est adressé directement à la jeunesse de la ville. « Ce qui se passe aujourd’hui partout au Sénégal annonce un changement fondamental », a avancé le nouveau maire, évoquant des « tendances lourdes » au profit de sa coalition à Dakar, Touba et Guédiawaye.

Si le pays est encore dans l’attente de résultats officiels, certaines villes du Sénégal ont d’ores et déjà un vainqueur attitré. À Dakar, l’allié d’Ousmane Sonko, Barthélémy Dias, a été donné victorieux, forçant la coalition présidentielle à reconnaître sa défaite dans la capitale.

Des victoires qui viennent conforter les alliés dans leur statut d’opposants, et qui augurent une restructuration du paysage politique avant les législatives qui doivent se tenir dans quelques mois. « Je n’ai jamais douté une fraction de seconde [de ma victoire], et si je me suis permis d’aller battre campagne ailleurs et que je n’ai passé que trois jours à Ziguinchor, c’est que j’avais confiance en vous », a déclaré Ousmane Sonko.

Lors de la dernière présidentielle, le député avait déjà infligé une lourde défaite au camp de Macky Sall. Pour ce scrutin local, il n’a laissé aucune chance au candidat de la majorité, Benoît Sambou.

Les « regrets » d’Abdoulaye Baldé

À quelques mètres de l’endroit où Ousmane Sonko s’est adressé à ses soutiens, dans une grande maison située à deux pas de la mairie, l’ambiance était bien différente. Au domicile du maire sortant, Abdoulaye Baldé, les mines défaites des militants contrastaient avec le vacarme de la caravane qui passait devant les portes closes.

« Je ne m’attendais pas à ces résultats, mais il faut accepter le jeu de la démocratie. Je félicite notre frère Ousmane Sonko et sa coalition, mais aussi ma propre coalition. Je voudrais aussi remercier les Ziguinchorois qui m’ont fait l’honneur de me porter à la tête de leur commune pendant près de douze ans », a déclaré le leader de l’Union centriste du Sénégal (UCS) depuis son jardin, évoquant des « regrets » plutôt que de la déception.

Mais « l’avenir politique ne s’arrête pas seulement à la mairie », a déclaré cet ancien membre du Parti démocratique sénégalais (PDS), qui avait rallié Macky Sall en 2019 avant de quitter la coalition présidentielle pour présenter sa propre liste aux locales. Dès que les résultats officiels seront confirmés, opposition comme majorité s’attèleront à préparer les élections législatives, qui vont arriver très vite – si elles ne sont pas reportées, comme ce fut le cas des locales, initialement prévues en 2019.

« 2024 et c’est le palais de la République »

Pour Ousmane Sonko, cette victoire ne constitue qu’un « premier jalon » vers sa véritable destination : « 2024 et c’est le palais de la République ». « Nous pouvons faire la fête ce soir, mais dès demain, nous nous mettrons au travail », a promis le nouveau maire.