Politique

Burkina Faso : ce que l’on sait du coup d’État en cours

Selon nos informations, le président Roch Marc Christian Kaboré est désormais aux mains des militaires putschistes. On en sait plus sur l’identité des mutins.

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Mis à jour le 24 janvier 2022 à 18:31

Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, à Ouagadougou, le 2 mars 2019. © Sophie Garcia

Au pouvoir depuis 2015, le président Roch Marc Christian Kaboré est aux mains des militaires putschistes, ont affirmé des sources concordantes à Jeune Afrique. Il se trouve actuellement au camp du général Baba Sy, situé dans la capitale, près de l’échangeur de Ouaga 2000, et est toujours entouré d’éléments de se garde rapprochée.

Selon nos informations, Allassane Bala Sakandé, le président de l’Assemblée nationale, a également été arrêté. Patron du parti présidentiel Mouvement pour le peuple et le progrès (MPP), il était considéré comme le dauphin de Kaboré pour la présidentielle de 2025.

Dans la nuit de dimanche à lundi, des tirs ont été échangés autour de la résidence personnelle du président du Faso. Selon une source généralement bien renseignée, il « y a eu des combats », « les mutins ont mitraillé la garde présidentielle » et il « y a des victimes ». Elle redoute que le président n’ait été blessé.

Traces de sang

Ces évènements ont eu lieu aux alentours de 21h30 heure locale, alors que deux véhicules blindés tentaient de quitter les lieux. L’un d’eux, habituellement utilisé par la garde rapprochée du président, a été abandonné sur place après avoir été endommagé dans les violences. Des traces de sang sont visibles à l’intérieur du véhicule.

Auparavant, des négociations avaient été tentées entre le pouvoir et les mutins chez le Mogho Naba, puissante autorité traditionnelle mossi, et chez le cardinal Philippe Ouédraogo, mais elles avaient échoué. « Les négociations n’ont pas abouti et les soldats ont décidé de régler l’affaire militairement », explique une source militaire.

Qui sont les mutins ?

Qui sont ces militaires qui ont renversé le chef de l’État ? Ce sont pour la plupart des hommes des unités Cobra, une force spéciale mise à la disposition de l’armée de Terre. Selon nos informations, l’un des meneurs se nomme Paul-Henri Sandaogo Damiba, c’est un lieutenant-colonel qui avait été promu commandant de la troisième région militaire, celle de la capitale, Ouagadougou, le 16 décembre dernier. Il avait auparavant commandé le Groupe d’action rapide et de sécurisation du Nord, à Ouahigouya. Il a également servi à Fada N’Gourma, dans l’Est.

Le lieutenant-colonel Damiba est diplômé de l’École militaire de Paris. Il fait partie de la même promotion qu’Emmanuel Zoungrana, qui avait arrêté pour tentative de coup d’État, il y a deux semaines.

Dimanche, alors que des mutineries avaient éclaté au camp Sangoulé Lamizana, le plus grand de Ouagadougou, ainsi qu’à la base aérienne et à Kaya, dans le centre-nord du Burkina, il était rapidement apparu qu’il s’agissait d’une action concertée.

Depuis plusieurs mois, la colère était palpable dans les rangs de l’armée, qui est régulièrement prise pour cible par les groupes jihadistes. Depuis l’attaque d’Inata, le 14 novembre, qui a fait 53 morts, les rumeurs de putsch s’étaient multipliées.

Selon nos informations, l’armée réclamait plus de moyens pour lutter contre les jihadistes et des changements dans la hiérarchie militaire – notamment le limogeage du patron des renseignements. Mais le président Kaboré avait refusé d’accéder à leurs demandes. Aucun compromis n’avait donc pu être trouvé pour apaiser les frustrations et la colère dans les rangs.