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Transports : un nouveau turbo dans le moteur ivoirien

L'autoroute du Nord : un chantier lancé il y a trente-deux ans et enfin réalisé. Camille Millerand/JA

L'autoroute du Nord : un chantier lancé il y a trente-deux ans et enfin réalisé. Camille Millerand/JA ©

Grâce à l'autoroute du Nord, Abidjan et Yamoussoukro sont désormais à deux heures l'une de l'autre. D'autres tronçons et des lignes de chemin de fer devraient suivre, dans toute la Côte d'Ivoire.

Les véhicules avancent rapidement sur le ruban de bitume lisse et noir qui relie Abidjan et Yamoussoukro, les capitales économique et politique de la Côte d’Ivoire. Après trente-deux ans d’attente, les 230 km de l’autoroute du Nord ont enfin pu être inaugurés le 11 décembre 2013 par Alassane Ouattara. Un premier tronçon de 140 km avait été construit en 1981 par le président Houphouët-Boigny, avant que la crise économique des années 1980 ne vienne interrompre son projet. Il a fallu attendre 2007 pour que le chantier soit relancé, grâce à un prêt de 180 milliards de F CFA (environ 274 millions d’euros) accordé par la Banque islamique de développement et l’Opep au gouvernement de Laurent Gbagbo.

« Le prolongement de l’autoroute jusqu’à Yamoussoukro vient parachever le rêve que les Ivoiriens ont partagé avec Houphouët-Boigny », affirme Augustin Thiam, gouverneur du district autonome de Yamoussoukro. Ce petit-neveu du Vieux, comme le surnomment encore affectueusement les Ivoiriens, souligne « les conditions de sécurité et de rapidité optimales » offertes par cette autoroute qui place les deux villes à deux heures l’une de l’autre. De quoi relancer les activités commerciales et touristiques de Yamoussoukro, comme le confirme son gouverneur.

Les premiers à se réjouir de l’ouverture de l’autoroute du Nord ? Les compagnies de transport.

Rotation

Les premiers à s’en réjouir ? Les compagnies de transport. « La nouvelle autoroute va nous faire gagner du temps. Les rotations sont plus rapides et les pannes dues au mauvais état de la route vont diminuer », souligne Kouassi Yao, responsable de l’Union des transporteurs de Bouaké (UTB) à Yamoussoukro. Les automobilistes applaudissent également. « Cette route était devenue beaucoup trop dangereuse », rappelle l’un deux. Le premier tronçon a été entièrement rénové grâce à un financement de 35 milliards de F CFA apporté par des bailleurs locaux, indique Patrick Achi, le ministre des Infrastructures économiques.

Dès son accession au pouvoir, le président Alassane Ouattara avait fait de la réalisation de cette autoroute l’une de ses priorités, dans le cadre plus général du Programme présidentiel d’urgence (PPU), mis en place dès mars 2011 alors qu’il était encore retranché à l’Hôtel du Golf avec son gouvernement. « Devant l’état de dégradation généralisée des infrastructures de base, la présidence a décidé d’agir le plus vite possible pour soulager les difficultés quotidiennes de la population », explique Saïdou Touré, coordonnateur du PPU, depuis ses locaux installés dans le quartier chic de Cocody. « Après huit mois d’enquête sur le terrain, les besoins en matière d’infrastructures ont été évalués à 2 372 milliards de F CFA pour l’ensemble du pays [hors Abidjan] », révèle l’ingénieur.

Le train d’Abidjan bloqué

L’inauguration du premier tronçon du train urbain d’Abidjan aura-t-elle lieu en 2015 comme prévu ? Le comité d’ouverture des plis, présidé par le ministère ivoirien des Transports et constitué des ministères techniques, a rejeté l’unique offre, celle du consortium franco-coréen formé par RATP, Bouygues, Alstom, Dong Sang Engineering et Hyundai.

Raison officielle : le non-respect de certaines dispositions de l’appel d’offres. Reste à savoir si les autorités ivoiriennes choisiront finalement d’attribuer de gré à gré ce marché de 500 millions d’euros… ou via un nouveau processus d’appel d’offres, qui pourrait durer trois ans.

Les secteurs de l’eau et de l’énergie, de la santé et de l’éducation sont les plus concernés, mais plus de la moitié de cette somme, soit 1 429 milliards de F CFA, doit être consacrée aux seules infrastructures routières. De 2012 à 2013, le gouvernement aurait investi 200 milliards de F CFA « pour la rénovation du réseau routier existant et l’ouverture de nouvelles pistes rurales », selon le ministère des Infrastructures.

À cela s’ajoutent plus de 20 milliards pour financer le vaste programme de réhabilitation du réseau dégradé d’Abidjan. Alassane Ouattara s’est ensuite attaqué à d’autres chantiers structurants comme celui de l’autoroute Abidjan-Bassam. Longue d’une trentaine de kilomètres, elle fait partie de la section ivoirienne de la route transafricaine tracée entre Lagos et la capitale économique ivoirienne.

Retard

Entamés en août 2012, les travaux ont été réalisés en trente mois, pour un investissement de 63 milliards de F CFA. Ils ont été financés à hauteur de 52,7 milliards par le groupe de BTP China Machinery Engineering Corporation (CMEC), l’État se chargeant d’apporter le complément. L’addition devrait atteindre les 82 milliards de F CFA puisque le chantier comprend également la réfection de l’ancienne route Abidjan-Grand-Bassam. Alassane Ouattara a également annoncé en 2012 la remise à neuf de divers tronçons interurbains pour plusieurs milliards de F CFA. Si la plupart des chantiers annoncés par la présidence ont bien été engagés, beaucoup ont pris du retard. Ce qui ne manquera pas de se répercuter sur leur date de livraison.

Train Abidjan AFPDe nouvelles réalisations sont également attendues en 2014. Fin décembre 2013, Siandou Fofana, le directeur général du Fonds d’entretien routier (FER), a annoncé le lancement des travaux sur deux nouveaux axes autoroutiers dans les prochains mois. « Le chantier de l’autoroute de la Côte, depuis le quartier de Yopougon à Abidjan vers la ville portuaire de San Pedro, démarrera en mars. Il sera suivi, en juin, par le début de la construction de l’autoroute Yamoussoukro-Bouaké », précise le responsable du FER, qui rappelle que le président Ouattara « a promis de réaliser chaque année au moins 50 kilomètres de route ».

Le gouvernement a également prévu de consacrer une enveloppe importante à l’entretien du réseau routier. « Ce budget, d’un montant de 200 milliards de F CFA en 2013, devrait doubler cette année », indique Fofana.

Consortium

En dehors des routes, la Côte d’Ivoire a également de grandes attentes en matière d’infrastructures ferroviaires, même si celles-ci n’en sont encore qu’au stade de projet. La ligne Abidjan-Ouagadougou-Tambao pourrait débuter au premier trimestre 2014.

« C’est une liaison majeure, qui va grandement faciliter le commerce entre le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger et le Bénin », insiste Gaoussou Touré, le ministre ivoirien des Transports. Son budget prévisionnel est de 2 000 milliards de F CFA. « Les travaux doivent être réalisés en built operate transfert (BOT). Le secteur privé étant le moteur du développement économique, il est essentiel que nous lui fassions confiance pour l’engager de plus en plus à nos côtés », justifie-t-il.

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Le gouvernement suit également de très près le dossier de la liaison ferroviaire entre San Pedro et Man, prévue pour accompagner l’exploitation du fer du mont Klahoyo dans l’ouest du pays. La compagnie Pan African Minerals (PAM), appartenant à l’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis, et l’indien Tata Steel ont déjà été retenus pour sa réalisation. « Les études détaillées sont en cours. Nous devrions pouvoir démarrer ce projet au plus tard en 2015, avec un investissement de plus de 600 milliards de F CFA », confie le ministre des Transports.

Le dernier dossier lancé par le gouvernement, celui du train urbain Anyama-aéroport d’Abidjan, n’a pas encore débuté faute d’investisseur. « Nous avons reçu la proposition d’un consortium franco-coréen mais il ne nous convient pas du tout », explique Gaoussou Touré. Les études de faisabilité sont terminées, et l’État cherche toujours les bailleurs qui pourront apporter les 350 milliards de F CFA nécessaires à la réalisation de cette ligne, censée entrer en exploitation « au plus tard courant 2017 », selon les voeux du ministre.

KS Transport, c’est elle

Michelle Kouao Zegoua est une entrepreneuse heureuse : chaque jour, 1 300 usagers empruntent ses lignes de bus. Gare routière d’Adjamé. Une petite femme énergique se dirige vers son bureau, après avoir cédé le passage à une cliente.

Directe, spontanée et pleine d’humour, Michelle Kouao Zegoua dirige KS Transport, société spécialisée dans le transport routier de personnes et de biens entre Abidjan et Gagnoa (Centre-Ouest), un trajet de près de 300 km. Quelque 1 300 personnes empruntent chaque jour ses lignes.

C’est son père, Samuel Kouao, un N’zima, mécanicien auto à Grand-Bassam, qui a fondé l’entreprise en 1979. En 2002, lorsque la société de transit qu’elle avait créée avec son mari ferme, il lui propose de rejoindre KS Transport. « Ama » (son petit nom n’zima) en prend la direction générale en 2008. Travailler dans le secteur des transports est donc un choix dicté par les circonstances, mais dont elle semble s’accommoder : « Toutes mes amies me disaient : « La gare routière, c’est sale, tu es courageuse. » Je leur répondais que dans la boue on trouve de vrais trésors. » Sous sa houlette, l’entreprise, qui compte 150 employés, a réalisé un chiffre d’affaires de 1,4 milliard de F CFA (2,2 millions d’euros) en 2012.

Natation

Des résultats qui permettent à cette fervente chrétienne – elle fait un pèlerinage chaque année à Lourdes, Fatima, Medjugorje ou en Israël – de venir en aide à son prochain. KS Transport octroie ainsi cinq bourses d’études par an à des enfants dans le besoin. « L’éducation, c’est le socle de la réussite », souligne Michelle Kouao Zegoua, mère de deux filles, qui a elle-même arrêté ses études en classe de seconde. Passionnée de natation et de marche, elle commence parfois ses journées en faisant du sport avant de rejoindre, assez tôt, son bureau. Cette femme au caractère bien trempé n’avoue qu’un rêve encore inassouvi : « Recevoir une décoration. »

Issiaka N’GUESSAN

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