Politique

Algérie : M’henna Djebbar, le « monsieur anti-subversion » du pouvoir

La nouvelle instance que dirige le général algérien se consacre à la surveillance de mouvements politiques d’opposition.

Par
Mis à jour le 7 mars 2022 à 12:24

Militaires algeriens le jour de l’investiture de Abdelmadjid T © Zinedine ZEBAR

Instituée en catimini en novembre 2021, la Direction générale de la lutte contre la subversion (DGLS) est un nouveau service de renseignement algérien consacré à la surveillance du monde politique. Son existence a été révélée le 29 décembre dans le journal officiel, avec son intégration au Haut Conseil de Sécurité.

La nouvelle structure dépend directement de la présidence de la République. Elle est sous les ordres du coordinateur des services de sécurité et conseiller du président. La DGLS est dirigée par le général M’henna Djebbar, mis à la retraite par l’ex-président Abdelaziz Bouteflika et en prison par le chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah en octobre 2019.

Celui qui a dirigé la Direction centrale de la sécurité des armées entre 1995 et 2013, était accusé d’« enrichissement illicite » et de « trafic d’influence ». Il a été remis en liberté en juillet 2020.

Guerre psychologique

Dans les années 1990, il s’est fait remarquer en dirigeant le Centre principal militaire d’investigation (CPMI) qui a joué un rôle central dans la lutte anti-terroriste durant la décennie noire. En sus de ses missions sécuritaires, le CPMI a développé des méthodes de guerre psychologique et informationnelle.

La mission de la DGLS sera en priorité de contrer les mouvements, considérés comme organisations terroristes depuis mai, de Rachad (islamistes) et du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK).

La DGLS gardera aussi un œil sur les partis et associations progressistes

Les deux mouvances, quoi que très éloignées idéologiquement l’une de l’autre, sont toutes deux ciblées par le pouvoir depuis plusieurs mois. Elles ont été notamment accusées d’être derrière les incendies qui ont ravagé la Kabylie cet été. Le Rachad en particulier est soupçonné d’avoir tenté d’infiltrer le Hirak.

La DGLS gardera aussi un œil sur les partis et associations progressistes qui subissent une vague de répression depuis 2019 comme le Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ou encore le Parti socialiste des travailleurs (PST). Une forme de police politique donc, qui sera également en charge de l’influence dans les médias et de la chasse aux blogueurs contestataires.

Expérience kabyle

Un de ses premiers objectifs sera de torpiller les chaînes d’opposition à l’étranger et de perturber l’actualité des influenceurs contestataires sur les réseaux sociaux. Elle travaillera en coordination avec la Direction de la communication de l’information et de l’orientation du ministère de la Défense, qui joue le rôle de cyber commissariat politique.

La direction de cette structure est particulièrement familière du dossier de la Kabylie, notamment lors de la contestation de 2001. Elle a notamment à son œuvre la fragmentation du mouvement des Arouch, né après la répression et qui s’est divisé entre les intransigeants et les « constructifs ».

La lutte contre la subversion politique était l’une des principales missions de la Direction générale de la sécurité intérieure. Cette dernière, pilotée par le général Abdelghani Rachdi, se consacrera dorénavant à des missions de contre-espionnage et d’analyse prospective de la situation intérieure.