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Dépouillement des votes lors de l’élection présidentielle de février 2019. © Sylvain CHERKAOUI pour JA

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Locales au Sénégal : les enjeux du scrutin

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Locales au Sénégal : concours de tacles entre candidats

La campagne pour les élections du 23 janvier est le théâtre de multiples invectives entre candidats. Bien loin de l’esprit de la charte de non-violence qui vient d’être signée par plusieurs des coalitions en lice.

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Par - à Dakar
Mis à jour le 22 janvier 2022 à 16:23

La mairie de Dakar, restaurée par l’architecte Mamadou Berthé. © SYLVAIN CHERKAOUI pour JA

En matière électorale, le Sénégal ne serait plus le Sénégal sans son lot de polémiques et d’accusations ad hominem. À l’approche des élections locales tant attendues – elles auraient dû se tenir depuis 2019 mais ont subi trois reports successifs -, chaque camp s’en est donc donné à cœur joie pour stigmatiser celui d’en face. Dans ces joutes impitoyables où chacun reproche à son adversaire les pires turpitudes, tous les coups semblent permis d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. En particulier dans la région de Dakar qui, avec près de 4 millions d’habitants (soit 25 % de la population du pays), aiguise toutes les convoitises.

Sans crainte de la diffamation

« N’élisez pas des maires qui auront des problèmes avec la justice après 2024 », avertit ainsi Ousmane Sonko (Pastef-Les Patriotes), candidat à Ziguinchor, qui vise à la fois Lat Diop, directeur général de la Loterie nationale sénégalaise (Lonase) et candidat de la majorité présidentielle à la mairie de Golf Sud (banlieue de Dakar), et Aliou Sall, maire de Guédiawaye candidat à sa propre succession et… frère cadet de Macky Sall. Et de prédire, sans craindre la diffamation : « Quand Macky Sall perdra le pouvoir, Lat Diop et Aliou Sall se retrouveront en prison ».

« Ce sera toi ou moi. Tu t’en rendras bientôt compte », lui rétorque Lat Diop. Quant à Aliou Sall, il tacle aussitôt le turbulent opposant : « On l’accuse de viol et il a le toupet de venir à Guédiawaye me traiter de voleur. Ousmane Sonko n’épargne personne alors qu’il n’a rien réalisé dans ce pays pour avoir le droit de s’attaquer aux honnêtes gens. » Le 18 janvier, un titre moins nuancé barre la Une du quotidien Les Échos : « Ousmane Sonko est pire que Hitler », se régale le journal, reprenant une citation venue d’une intervention d’Aliou Sall sur la chaîne 2STV. Ambiance…

J’ai rarement vu dans ma vie un incompétent, un incapable, un nullard comme lui !

À Dakar, l’opposant et candidat de la coalition Yewwi Askan Wi, Barthélémy Dias (maire de la commune de Mermoz-Sacré-Cœur), n’y va pas, lui non plus, avec le dos de la cuillère en évoquant son rival Abdoulaye Diouf Sarr (coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar) : « J’ai rarement vu dans ma vie un incompétent, un incapable, un nullard comme lui. On peut être incompétent, mais doublé d’un incapable et d’un nullard, c’est vraiment la totale ! »

« Le pouvoir y est pour quelque chose »

Ancien cadre du Parti démocratique sénégalais (PDS), candidat à la mairie de Dakar sous ses propres couleurs (Convergence Bokk Gis Gis), Pape Diop n’est pas en reste. Ancien président de l’Assemblée nationale, du Sénat et ex-maire de Dakar, cet homme politique habituellement discret ne mâche pas ses mots : « Toutes les altercations qui ont eu lieu depuis le début de la campagne, le pouvoir [de Macky Sall] y est pour quelque chose. »

À Saint-Louis (Nord), malgré la fraîcheur du climat en cette saison, l’ambiance n’est guère plus apaisée lorsque Mansour Faye, ministre des Transports, maire sortant officiellement investi par BBY et beau-frère du président Macky Sall, évoque son frère ennemi, Mary Teuw Niane : « Si on avoisine les 70 ans, l’idéal c’est d’aller à la retraite. Puisqu’il refuse de se retirer, le 23 janvier nous allons lui préparer ses bagages. Je lui offrirai un tapis de prière et une tondeuse pour qu’il se coiffe les cheveux et en plus, je lui donnerai un billet d’avion pour le pèlerinage à La Mecque. » De son côté, Mary Tew Niane n’avait pas ménagé son camarade de parti pour justifier sa candidature dissidente : « Je ne vois rien de positif dans son bilan. »

Soham El Wardini reproche à Abdoulaye Diouf Sarr d’être le champion municipal de l’absentéisme

Flèche empoisonnée à Dakar

Last but not least, la maire sortante de Dakar, Soham El Wardini (Union citoyenne Bunt-Bi), qui avait remplacé Khalifa Sall à l’hôtel de ville à la suite de ses démêlés judiciaires, vient de décocher une flèche empoisonnée à Abdoulaye Diouf Sarr. Elle reproche au maire de la commune de Yoff d’avoir été le champion municipal de l’absentéisme depuis son élection, en 2014. Il n’aurait en effet assisté qu’à trois réunions du conseil municipal en sept ans. Une critique que Malick Diop, le directeur de campagne du candidat de BBY, juge déloyale : « Le conseil municipal était systématiquement convoqué le jour où se tient par ailleurs le conseil des ministres », indique-t-il à JA.

Dans cette salve d’accusations croisées, plus féroces les unes que les autres, on en oublierait presque que le 13 janvier dernier une dizaine de coalitions engagées dans la compétition électorale signaient la charte de non-violence élaborée par le Cadre unitaire de l’islam du Sénégal (Cudis), une plateforme regroupant les leaders religieux des principales confréries musulmanes du pays et plusieurs organisations de la société civile. Dans ce texte de quatre pages, les différentes formations signataires sont pourtant invitées « à l’esprit de dépassement, à la préservation de la cohésion nationale et à rejeter la logique de l’affrontement, qui conduit au pire ».