Économie
Le président camerounais Paul Biya (à dr.) et sa femme Chantal Biya, lors de la finale de la Coupe d’Afrique des nations, opposant l’Égypte et le Sénégal, au stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé, le 6 février 2022. © Themba Hadebe/AP/SIPA.

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Cameroun : après la fête

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Politique

Cameroun : que vont devenir les stades après la CAN ?

Dirigée par Ferdinand Ngoh Ngoh, le puissant secrétaire général de la présidence, la task force chargée de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations a transmis à Paul Biya un projet de gestion des infrastructures sportives une fois que la compétition sera achevée.

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Par - à Yaoundé
Mis à jour le 20 janvier 2022 à 17:20

Le stade d’Olembé, à Yaoundé, au Cameroun. © MABOUP

Qui financera l’entretien des stades une fois que la Coupe d’Afrique des nations (CAN) sera achevée ? Le premier coup de sifflet n’avait pas encore retenti sur les pelouses camerounaises que la question se posait déjà, amplifiée par la diffusion sur les réseaux sociaux d’images de terrains à l’abandon au Gabon alors qu’ils avaient accueilli les matchs de la CAN 2017.

Elle agite aussi plusieurs entreprises privées qui s’activent autour des autorités camerounaises en espérant décrocher des marchés. C’est le cas notamment du cabinet français de conseil juridique GB2A, dont des responsables ont posé leurs valises à Yaoundé, ce 20 janvier.

Ils ont l’intention de rencontrer les autorités sportives camerounaises afin de proposer leurs services pour rédiger une convention tripartite entre la ligue professionnelle de football, le ministère des Sports et la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), désormais dirigée par Samuel Eto’o. Leur idée ? Mettre en place une société d’économie mixte qui se verrait confier l’entretien et la gestion de tous les stades et terrains d’entraînement qui auront servi pour la CAN.

Éviter un scénario à la gabonaise

Sauf que les autorités camerounaises ont aussi commencé à plancher sur le sujet. Il a d’ailleurs plusieurs fois été abordé au sommet de l’État, Paul Biya ayant mandaté à cet effet Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général à la présidence, et patron de la task force chargée du suivi des chantiers de construction des infrastructures de la CAN. Il lui a demandé de lui proposer des solutions afin d’éviter un scénario à la gabonaise.

Selon nos informations, les responsables techniques commis à cette tâche par Ferdinand Ngoh Ngoh ont rendu leur copie depuis la mi-octobre. La principale proposition de ce texte, qui se trouve désormais sur le bureau du chef de l’État, est la création d’une nouvelle entité publique qui se verra confier l’entretien et la rentabilisation des infrastructures existantes, ainsi que le développement de nouvelles enceintes sportives dans les régions n’ayant pas bénéficié des chantiers de la CAN. Cette structure devrait avoir des démembrements régionaux, et c’est elle qui sera chargée de nouer des partenariats d’exploitation avec des sociétés privées.

La maintenance de tous les stades construits par le Cameroun coûte 1 à 1,5 million d’euros par an

Près de 500 milliards de F CFA (1 milliard de dollars) ont été investis par le Cameroun pour la construction et la rénovation de l’ensemble des infrastructures sportives, selon un cadre du ministère des Sports. La plupart ont été mises à la disposition de la Confédération africaine de football (CAF) pour la CAN. Il s’agit des deux stades construits à Bafoussam et Limbé, de ceux de Douala-Bepanda, d’Ahmadou Ahidjo et de Garoua entièrement rénovés, des deux complexes sportifs de Douala et de Yaoundé, toujours en attente de finition, et d’une trentaine de terrains d’entraînements construits ou réhabilités à travers le pays.

La maintenance de chacun des stades construit par le Cameroun coûte 1 à 1,5 million d’euros par an. Pour l’heure, seuls ceux qui ont été totalement achevés sont à la charge des autorités camerounaises. Le complexe de Yaoundé – Olembé, dont la deuxième phase de construction devrait reprendre dès la fin du tournoi, reste ainsi sous la responsabilité des constructeurs, et ce jusqu’à la livraison complète du chantier. Il en est de même pour celui de Japoma, où les turcs du groupe Yenigün sont encore actifs sur le site.

La task force CAN réunissait une quinzaine de cadres de différents ministères autour du secrétaire général à la présidence et de ses collaborateurs. Elle avait été mise en place juste avant la CAN féminine, organisée par le Cameroun en 2016, avec pour but de surmonter les lenteurs observées dans les travaux de construction des infrastructures sportives.

Depuis lors, c’est elle qui veille sur le bon état des différents stades et au suivi des chantiers. Et bien que son omniprésence dans la négociation des contrats avec les prestataires ait suscité une avalanche de critiques et des soupçons de malversations, les membres de la task force sont convaincus d’avoir rempli leur mission. Ngoh Ngoh et ses collaborateurs devront-ils un jour se justifier ? Seul Paul Biya, qui a laissé entendre fin décembre que la campagne de lutte contre la corruption allait reprendre, a la réponse. C’est aussi lui qui décidera, in fine, la forme que prendra l’entité chargée de l’entretien des stades quand la compétition se clôturera, le 6 février.