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Cinéma algérien : un nouveau départ ?

Le cinéma algérien va-t-il reprendre une place éminente parmi les cinémas du Sud ? C’est l’espoir que peut faire naître la sortie de l’excellent film de Nadir Moknèche. Viva Laldjérie semble en effet marquer, à plusieurs titres, une rupture.
Le cinéma algérien a jusqu’ici témoigné à sa manière des évolutions majeures du pays. Ainsi a-t-il grandi et connu la gloire – symbolisée en 1975 par la Palme d’or récompensant à Cannes Lakhdar Hamina et sa Chronique des années de braise – avec un cinéma militant issu de la guerre de libération et glorifiant ses combattants et le régime qu’elle avait engendré. À la fin des années 1970, ce cinéma hautement subventionné, qui avait produit quelques excellents films, semblait capable de prendre un nouvel élan, au moment même où disparaissait le président Boumedienne, avec quelques réalisateurs osant braver le « politiquement correct ». Le comique, la satire, la critique sociale obtenaient droit de cité sur les écrans du pays grâce à une nouvelle génération de réalisateurs. Mais les effets de la diminution du soutien étatique commençaient à se faire sentir. À partir de la fin des années 1980, la disparition de la manne gouvernementale et la haine des islamistes pour le cinéma ont conduit, la peur des terroristes aidant, à une asphyxie quasi totale du secteur, au niveau artistique comme au niveau industriel. Quelques réalisations d’émigrés et de rares films « locaux », notamment des longs-métrages anti-islamistes courageux mais manichéens, ont donné l’impression que le cinéma algérien respirait encore.
Avec Viva Laldjérie, tourné à Alger, réalisé par un cinéaste installé en France mais qui a vécu jusqu’à la fin de son adolescence dans la capitale du pays, on a l’impression de changer encore une fois d’époque. Ce film appartient, sans jamais occulter le passé, à l’après-terrorisme, voire à l’après-islamisme. Plus souvent tragique que comique, mais surtout tendre et ironique, il ne milite pour aucune idéologie ou aucune croyance. Avec des personnages hauts en couleur, attachants, contradictoires, qu’animent à la fois le désespoir et la rage d’exister. Comme l’Algérie d’aujourd’hui.
Pour la première fois depuis longtemps, les responsables et les « acteurs » du cinéma algérien ont retrouvé quelque espoir : des films, depuis un an ou deux, se tournent, des salles se sont rouvertes, des projets tentent de se monter. Puisse la sortie de Viva Laldjérie marquer une date qui justifiera ce regain d’optimisme.

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