Politique

RDC : par quelle stratégie Tshisekedi pousse Kabund vers la sortie

Après la disgrâce de son puissant président par intérim, le chef de l’État joue, dans l’ombre, un rôle central pour trouver une issue à la crise que traverse l’UDPS.

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Mis à jour le 19 janvier 2022 à 17:51

Jean-Marc Kabund et Félix Tshisekedi. © DR

Une semaine après l’accrochage entre la Garde républicaine et Jean-Marc Kabund, la disgrâce de ce dernier semble, jour après jour, se confirmer. Depuis que, le 14 janvier, le patron de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a annoncé qu’il démissionnait de son poste de premier vice-président de l’Assemblée nationale, il enchaîne les revers. Après les leaders des groupes parlementaires membres de l’Union sacrée, les députés du parti présidentiel ont à leur tour publié un communiqué pour le désavouer.

S’il ne démissionne pas, nous voterons sa déchéance

Dans leur déclaration, datée du 18 janvier, les élus invitent les membres des autres structures de la formation de Félix Tshisekedi à « tirer les conséquences qui s’imposent ». « Les désapprobations vont s’enchaîner jusqu’à ce qu’il quitte son poste », assure un membre de l’entourage du chef de l’État, qui s’est entretenu de ce sujet avec ce dernier. « S’il ne démissionne pas, nous voterons sa déchéance lors de la session parlementaire de mars », renchérit un cadre de la majorité.

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Resté publiquement à l’écart des grandes manœuvres autour de ce nouveau rebondissement politique, le président congolais joue, dans l’ombre, un rôle central pour trouver une issue à la crise. Un de ses proches décrit un Félix Tshisekedi « furieux du comportement digne d’un vice-président de la République » de Kabund.

Mise à l’écart « en douceur »

Selon nos informations, le chef de l’État a personnellement ordonné que celui à qui il avait confié la présidence intérimaire de l’UDPS dans la foulée de son élection à la tête du pays, soit mis à l’écart de ses fonctions « en douceur ». Une décision qui se heurte pour le moment à l’hostilité des députés du Front commun pour le Congo (FCC) de Joseph Kabila qui ont rallié l’Union sacrée et dont les intérêts étaient jusque-là préservés par Jean-Marc Kabund.

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Selon nos informations, d’autres personnalités ont également été rappelées à l’ordre par le palais depuis le début de cette séquence. C’est, entre autres, le cas du président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso. Ce dernier s’était rendu le 14 janvier à la résidence de Jean-Marc Kabund, dans le quartier de Kingabwa, à Kinshasa, quelques instants seulement après l’annonce par ce dernier de sa démission. Il espérait le faire changer d’avis mais, au final, il a été à l’origine de la déclaration des présidents des groupes parlementaires de l’Union sacrée le désavouant.

Isolé et « incompris »

Selon plusieurs élus de la majorité, les députés et les personnalités de l’Union sacrée ont également reçu pour instruction de ne plus se présenter chez le patron de l’UDPS. Devant ceux qui ont pu le rencontrer, Jean-Marc Kabund a déploré la situation actuelle du pays et demandé une réorientation de la stratégie politique. Il regrette de ne pas être compris, « même [par] certains responsables de l’appareil sécuritaire ».

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Peu populaire dans l’entourage du chef de l’État, Kabund était en délicatesse dans les rangs du parti, après qu’il avait tenté d’en affaiblir les caciques comme Peter Kazadi, Victor Wakenda, Jacquemain Shabani ou encore Paul Tshilumbu. Tous continuent de contester sa gestion. Par ailleurs, Kabund disait aux diplomates qu’il « gérait Félix Tshisekedi », relate un conseiller du président.

Compte-t-il procéder au retrait de sa démission ? « Je vais retirer quoi ? » s’est interrogé Jean-Marc Kabund ce 19 janvier alors qu’il visitait l’un de ses chantiers à Kingabwa. Il n’a en effet pas encore signé sa démission.