Politique

Guinée : amis, conseillers, mentors… avec qui dirige Mamadi Doumbouya ?

Le président de la transition peut compter sur un cercle de fidèles, discrets ou en première ligne. Voici la garde rapprochée de l’homme fort du pays.

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Mis à jour le 17 février 2022 à 18:18

La garde rapprochée de Mamadi Doumbouya.

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Plus de quatre mois après le coup d’État du 5 septembre mené par Mamadi Doumbouya, la liste exacte des membres du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) – premier organe de la transition définie par la charte entrée en vigueur le 28 septembre n’a toujours pas été dévoilée. Tout juste sait-on qu’il est « composé des éléments des forces de défense et de sécurité ».

Certains de ses membres sont néanmoins des visages connus des Guinéens : présents aux côtés du numéro un de la junte lors des événements officiels ou s’exprimant en son nom via la diffusion de communiqués, ces militaires représentent un élément important du dispositif du colonel.

D’autres personnalités, civiles et bien plus discrètes, usent – plus ou moins – de leur influence dans l’ombre. Certains observateurs s’inquiètent même, en coulisses, de l’ascendance que celles-ci pourraient avoir sur le président. Qu’ils aient un statut officiel au sein de l’armée ou du gouvernement, ou bien qu’ils se contentent de graviter autour du palais, ils ont l’oreille et la confiance de Mamadi Doumbouya. Et ils pourraient bien jouer, par la suite, un rôle crucial.

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Amara Camara

Les deux hommes se sont connus au sein de l’armée guinéenne. Aux premières heures du putsch du 5 septembre, il s’est affiché aux côtés de Mamadi Doumbouya, puis il a lu le deuxième communiqué de la junte en tant que porte-parole du CNRD, avant de céder le poste à Aminata Diallo par la suite.

Enfant de troupe, il est le fils du général Diarra Camara, le dernier chef d’état-major de l’armée guinéenne sous Lansana Conté. Son père mis à la retraite avec une vingtaine d’autres généraux par la junte dirigée par Moussa Dadis Camara, et ses études au Maroc interrompues, Amara Camara est emprisonné, puis libéré par le président par intérim de la transition, Sékouba Konaté. Tête pensante de l’armée, il a fait de « brillantes études », notamment à l’École militaire interarmes de Koulikoro au Mali, selon une source proche du CNRD.

Désormais secrétaire général à la présidence, il passe au peigne fin toutes les décisions et valide même les communiqués de presse avant leur publication. Jugé « sanguin » par certains, il endosse souvent le mauvais rôle pour le président de la transition. Certaines de ses prises de position, peu diplomates, lui ont valu un certain ressentiment dans les cercles du pouvoir.

Aboubacar Sidiki Camara, dit Idi Amin

Ministre délégué à la Défense nationale, il fut le mentor de Mamadi Doumbouya, qui lui doit son retour en Guinée et son intégration dans l’armée. Lui-même est rentré à Conakry tout juste après le coup d’État, dès le 13 septembre. Il fut proche d’Alpha Condé, mais ce dernier, inquiet de sa montée en puissance, l’avait finalement éloigné en le nommant ambassadeur à Cuba en 2019.

Son rôle dans la transition a débuté dès son arrivée à Conakry. Le général a notamment participé aux discussions de sélection du Premier ministre, Mohamed Béavogui, avant d’être lui-même nommé au gouvernement. Il avait auparavant été mis à la retraite par Mamadi Doumbouya, qui peut ainsi se targuer d’avoir un gouvernement 100 % civil.

Respecté dans l’armée, très diplômé et cultivé, Idi Amin ne « traîne aucune casserole », selon l’expression de l’un de ses proches, et il en retire une certaine fierté. Il avait déjà joué un rôle majeur en 2008 en tant que secrétaire permanent du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et chef d’état-major adjoint des armées sous Moussa Dadis Camara.

Djiba Diakité

Il est un ami de longue date du président de la transition. Leur relation remonte au séjour en France de Mamadi Doumbouya, alors légionnaire. Il fut la troisième personne nommée par ce dernier, après le Premier ministre et Amara Camara. Il occupe désormais le poste stratégique de ministre directeur de cabinet à la présidence.

Dansa Kourouma

Le 22 janvier, Mamadi Doumbouya l’a nommé président du Conseil national de transition (CNT), l’organe législatif qui compte désormais 81 membres et doit déterminer la durée de la transition. Proche de l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, il dirigeait jusqu’ici le Conseil national des organisations de la société civile (CNOSC).

Ce médecin légiste formé à Conakry et à Dakar met sa connaissance des questions constitutionnelles et électorales au service de la transition. Depuis 2010, tous ceux qui ont présidé la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) sont issus de la plateforme qu’il pilotait.

Il apporte son expertise à Mamadi Doumbouya, notamment en ce qui concerne les nominations à des postes dans les ministères ou l’administration. Il est ainsi chargé d’étudier les dossiers des candidats potentiels.

Sadiba Koulibaly 

Il avait été nommé, fin août 2019, commandant du Centre d’entraînement aux opérations de maintien de la paix. Le colonel a finalement été promu par Mamadi Doumbouya le 12 octobre dernier. Il est désormais le chef d’état-major général des armées, en remplacement du général Namory Traoré.

Cet ami de Dansa Kourouma, qui partageait le même banc que lui en faculté de médecine, a rencontré le président de la transition dans les rangs de l’armée. Très diplômé, il est notamment passé par l’École de guerre et de commandement de l’armée américaine.

Aminata Diallo

Seule femme connue du CNRD, cette lieutenante-colonelle a évolué au sein de l’intendance militaire. Elle cumule deux fonctions pour le compte du comité. Dans un premier temps, elle a été nommée directrice adjointe des pensions militaires et des anciens combattants. Puis, le 13 janvier dernier, elle en a également été désignée porte-parole, un poste qu’elle occupait de facto depuis plusieurs mois.

Balla Samoura

L’ancien directeur régional de la gendarmerie de Conakry a remplacé le général Ibrahima Baldé à la tête du Haut-Commandement de la gendarmerie nationale et de la Direction de la justice militaire.

Ce proche de Mamadi Doumbouya décrit comme un « homme de terrain » – la relation entre les deux hommes s’est nouée avant le putsch – a été vu dès les premières heures du coup d’État aux côtés de l’ancien légionnaire.

Bachir Diallo

Le ministre de la Sécurité et de la Protection civile est considéré comme proche de Idi Amin, dont il fut le promotionnaire au sein de l’armée. Ancien directeur de cabinet de Sékouba Konaté, il fut pourtant l’un des responsables militaires arrêtés et détenus plusieurs mois en prison, après le présumé raid de Kipé contre le domicile privé d’Alpha Condé, en 2011.

Cette purge avait, à l’époque, été menée par Idi Amin lui-même, lequel ciblait principalement les responsables et soldats proches de Konaté. Ancien attaché militaire à l’ambassade de Guinée à Alger, ce général à la retraite est devenu l’un des hommes de confiance de Mamadi Doumbouya. Ce dernier l’a notamment nommé à la tête de la commission interministérielle chargée de récupérer les biens de l’État.

Mohamed Béavogui 

Ce spécialiste du développement est le visage de la junte à l’international et auprès de la Cedeao : censé faire bénéficier Mamadi Doumbouya de son expérience et de son carnet d’adresses en dehors de la Guinée, le technocrate a déjà dû avaler quelques couleuvres.

Certes, des rumeurs de démission ont couru au moment où il avait publiquement critiqué la décision du CNRD de donner à l’aéroport international de Conakry le nom de Sékou Touré. Mais le chef de gouvernement semble prêt à « ravaler sa rancœur » et à continuer à assumer son rôle.

Mory Condé 

À 36 ans, le plus jeune ministre du gouvernement Béavogui est issu de la société civile. Ce « protégé » de Dansa Kourouma a hérité du ministère de l’Administration du territoire. C’est lui qui a piloté, pour le compte de Doumbouya, la création du CNT.

En contact régulier avec les partis politiques et les organisations de la société civile, il a coordonné la nomination des 81 membres du conseil. Dès le lendemain du putsch, il suivait le président de la transition comme son ombre et faisait office de chef du protocole. Tous deux échangent régulièrement.

Ousmane Doumbouya

Le président de la transition aurait rencontré Ousmane Doumbouya lors de ses pérégrinations en Europe, avant qu’il ne s’établisse en France et n’intègre la Légion étrangère.

C’est lorsqu’il était en service à l’ambassade de Guinée à Londres en tant qu’agent local, chargé des services généraux, qu’Ousmane Doumbouya a rencontré le chef des Forces spéciales. Recruté dans les années 2010, il est resté à ce poste plusieurs années. Proche du chef du CNRD, l’homme d’affaires est rentré à Conakry dès le 5 septembre.

Papa Fofana 

De son vrai nom Fodé Amadou Fofana, il est un ami de longue date du président de la transition. Il fut pressenti un temps au poste de ministre directeur de cabinet à la présidence, avant d’être écarté lors du processus de sélection. L’amitié entre les deux hommes demeure néanmoins intacte.