Politique

CAN – Cameroun : comment Patrice Motsepe construit ses réseaux

De Douala à Yaoundé, le président de la CAF profite de sa présence à la Coupe d’Afrique des nations pour étoffer son carnet d’adresses dans le milieu des affaires, mais aussi au palais d’Etoudi.

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Mis à jour le 20 janvier 2022 à 11:57

Patrice Motsepe lors de la cérémonie d’ouverture de la CAN à Yaoundé, le 9 janvier. © KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Patrice Motsepe a établi sa base dans un cinq étoiles récemment inauguré à Douala, d’où il décolle en avion privé pour aller superviser le déroulement de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) à l’intérieur du pays. Dans la capitale économique, on a aperçu le Sud-Africain en compagnie de l’homme d’affaires Joshua Osih, député du Social Democratic Front (SDF, opposition) de la ville, par ailleurs ancien vice-président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot).

Ce dernier, qui dirige aussi une entreprise de services aéronautiques, a même embarqué dans l’aéronef du patron de la CAF pour effectuer un trajet entre Douala et Yaoundé. Motsepe parle également business avec Nicole et Gilbert Kadji, les héritiers de Joseph Kadji Defosso, le riche fondateur (décédé en 2018) de l’Union camerounaise de brasseries (UCB), la troisième industrie brassicole du pays. Car le magnat des mines aime les brasseurs.

Castel ignoré…

Peut-être est-ce une passion familiale, car en plus du réseau d’épiceries qu’elle avait monté sous le régime de l’apartheid, sa mère avait réussi à obtenir un agrément pour la distribution des produits de la South African Breweries (SAB). Un hasard ? Début janvier, la CAF a officiellement fait de l’UCB le fournisseur exclusif de boissons gazeuses et d’eau minérale de la CAN, pour la modique somme de 500 000 euros (une avance de 250 000 euros a, pour le moment, été réglée). Au grand dam de la Société anonyme des brasseries du Cameroun (SABC, groupe Castel), le mastodonte agro-industriel franco-camerounais, dont l’offre n’a même pas été examinée.

À Yaoundé, Motsepe soigne ses liens avec le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh. Ce dernier lui est redevable depuis que la CAF a accepté que le match d’ouverture se joue au stade d’Olembé alors que les aménagements extérieurs de l’ouvrage n’étaient pas achevés lors de l’ultime visite des experts. Ngoh Ngoh s’était rendu au Caire le 26 novembre dernier pour plaider sa cause à l’Assemblée générale de l’institution.

… et Ferdinand Ngoh Ngoh redevable

Il y a joué son avenir politique, car la délocalisation du match d’ouverture aurait donné raison à ses nombreux détracteurs. Ceux-ci imputaient à la task force mise sur pied par Ngoh Ngoh les retards dans la finition du site, en plus des dépassements de budget et des soupçons de détournement d’argent public subséquents. Le Camerounais sait gré au Sud-Africain d’avoir tiré le pays de cet embarras et, cerise sur le gâteau, de l’avoir fait applaudir, lui, lors de son discours d’ouverture de la compétition.

À chaque passage, Patrice Motsepe a rendu visite à son prédécesseur, Issa Hayatou, comme pour faire oublier à ce dernier son peu glorieux départ de la direction de la CAF. Ce 16 janvier, Motsepe a pris part à la messe dominicale dans une église catholique anglophone de Yaoundé. La fondation du milliardaire – crédité d’une fortune personnelle de 2,4 milliards de dollars, selon l’hebdomadaire The Sunday Times –, a fait don de 175 000 euros à la paroisse. À certains de ses visiteurs, Motsepe ne cache pas son projet pour l’après-CAF : briguer la présidence sud-africaine et prendre la suite de Cyril Ramaphosa, par ailleurs époux de sa sœur, Tshepo Motsepe.