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Dépouillement des votes lors de l’élection présidentielle de février 2019. © Sylvain CHERKAOUI pour JA

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Locales au Sénégal : les enjeux du scrutin

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Locales au Sénégal : Soham El Wardini, seule contre tous pour gagner Dakar

Propulsée maire lors des déboires judiciaires de Khalifa Sall, Soham El Wardini n’a pourtant pas été choisie par l’ancien édile pour porter les couleurs de Yewwi Askan Wi. Qu’importe, face à une concurrence féroce, elle se dit sûre de ses forces.

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Mis à jour le 19 janvier 2022 à 19:06

Soham El Wardini, le 29 mars 2018 © Sylvain Cherkaoui/Cosmos pour Jeune Afrique

« Il ne faut pas baisser les bras » lui glissait Khalifa Sall au parloir de la prison de Reubeuss. Alors que l’ancien maire de Dakar était incarcéré entre 2017 et 2019 dans une affaire de détournement de fonds publics, Soham El Wardini, sa première adjointe, chargée d’assurer son intérim, arpentait régulièrement les couloirs de la maison d’arrêt pour y prendre des consignes. Sa loyauté envers le leader du mouvement Taxawu Sénégal avait fini par la mener presque par inadvertance à la tête de la mairie de Dakar. Elle est ainsi devenue la première femme de l’histoire à diriger la capitale sénégalaise : « Je n’aurais jamais cru que je deviendrai un jour maire de Dakar », confie-t-elle en pleine campagne dans la commune de Grand Yoff.

C’est avec Khalifa Sall que j’aurais dû le faire

Désormais, c’est sans le soutien de Khalifa Sall qu’elle brigue un second mandat lors de ces élections locales qui doivent se tenir dimanche 23 janvier. Son ancien mentor, qui est l’un des leaders de la principale coalition de l’opposition, lui a préféré Barthélémy Dias, laissant la maire sortante défendre seule le bilan des onze années de gestion de la capitale. « J’ai aujourd’hui un devoir de reddition des comptes envers les Dakaroises et Dakarois, c’est ce à quoi je m’attèle. Mais c’est avec Khalifa Sall que j’aurais dû le faire », regrette l’édile.

Une revanche à prendre

Soham El Wardini en a encore gros sur le cœur concernant la manière dont elle a été écartée de la candidature à l’investiture de Yewwi Askan Wi. Elle dénonce le manque d’élégance et dit ne pas avoir été informée de la date de dépôt des candidatures à la mairie de Dakar au sein de la coalition. La sienne a donc été déclarée irrecevable car hors délai. « Je ne comprends pas pourquoi j’ai été mise à l’écart sans aucune explication. Peut-être parce que je suis une femme », ressasse l’ancienne professeure d’anglais, entrée tardivement en politique à l’âge de 47 ans, en rejoignant en 1999 l’Alliance des forces de progrès (AFP) de l’actuel président de l’Assemblée nationale Moustapha Niasse.

 

Sa candidature est désormais animée d’un esprit de revanche. « Aujourd’hui plus que jamais je nourris l’ambition de remporter la mairie de Dakar et de faire de notre capitale une ville digne, apaisée, où il fait bon vivre. » Elle défend un bilan qu’elle estime « solide » dans les secteurs de l’éducation et de l’autonomisation des femmes. Dans un livret qui résume sa mandature, elle liste plusieurs réalisations dont la réfection de lycées et de collèges ou la construction d’infirmeries dans chacun des quatres arrondissements de Dakar au profit des élèves et des enseignants. La maire de Dakar met aussi en avant les efforts entrepris pour rendre la ville plus attractive avec la mise en place de 52 000 réverbères financés par l’Agence française de développement (AFD) à hauteur de 10 millions d’euros pour densifier et rénover le réseau d’éclairage public.

Mes relations personnelles avec Khalifa Sall sont au beau-fixe. C’est sur le plan politique qu’il y a une réelle rupture. Mais moi, je n’ai trahi personne.

Pourtant, ses débuts à la tête de la mairie ont été poussifs. Ses projets ne parvenaient pas à trouver de financements. La maire dénonce « la mauvaise foi » des services étatiques qui rechignaient à valider ses demandes. « C’était très difficile. Personne ne voulait travailler avec nous. Il a fallu que je rencontre le président Macky Sall en 2019 pour que la situation se décante », se rappelle Soham El Wardini. « Elle a un tempérament qui laisse penser que si elle est réélue, elle pourra continuer à travailler sereinement avec l’État. Contrairement à Barthélémy Dias qui est beaucoup plus fougueux et clivant », pense Cheikh Sidou Sylla, analyste politique et directeur de publication du média en ligne Infos15.

Porte-drapeau des femmes

Sans véritable poids lourd politique dans la coalition Bunt-Bi qu’elle a rejointe, quelle chance a cette ancienne dauphine du concours Miss Sénégambie de remporter les locales ? « Il y a un engouement autour de sa candidature, croit observer Aminata Diallo, une de ses conseillères. Nous avons même été surprises de voir autant de monde la soutenir depuis le début de la campagne électorale. Elle continue à mobiliser les foules autour d’elle. »

Moins médiatique que ses rivaux, Soham El Wardini est au coude-à-coude avec ses adversaires en matière de nombres d’affiches électorales le long de la corniche de Dakar. « Bien qu’elle n’ait pas l’audience médiatique de Barthélémy Dias ou d’Abdoulaye Diouf Sarr, elle fait une campagne non négligeable, observe Cheikh Sidou Sylla. Elle bénéficie surtout du soutien des femmes de Dakar qui la considèrent comme une porte-drapeau. Il est sûr et certain que les femmes vont porter sa candidature pour créer une sorte d’émulation au sein de la gent féminine. C’est un atout considérable. »

Peur de rien

Soham El Wardini ne semble pas impressionnée par ses rivaux. Abdoulaye Diouf Sarr, l’actuel ministre de la santé, maire de la commune Yoff et candidat du parti présidentiel ? « Il n’a participé que trois fois en sept ans aux réunions du conseil municipal de Dakar. Cela montre que cette ville ne l’intéresse pas », tance Soham El Wardini. Barthélémy Dias ? « Il remet sur la table le programme de Khalifa Sall de 2014. Seule Soham propose quelque chose de nouveau », assène Aminata Diallo.

La concurrence est rude, mais avec Khalifa Sall, la rupture n’est peut-être pas complètement consommée. « Mes relations personnelles avec Khalifa Sall sont au beau fixe. C’est sur le plan politique qu’il y a une réelle rupture. Mais ce n’est pas de mon fait. Moi, je n’ai trahi personne. Pour l’instant, je me concentre sur ma réélection. Et vous savez quoi ? Je vais gagner ».