Politique

Guinée : comment Alpha Condé a pu quitter Conakry pour Abou Dhabi

L’ancien président guinéen s’est envolé vers les Émirats arabes unis afin d’y passer des examens médicaux. Voici ce qui a été discuté avec la junte.

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Mis à jour le 17 janvier 2022 à 18:33

Alpha Condé, en février 2020. © MINASSE WONDIMU HAILU/AFP

Selon nos informations, l’avion transportant Alpha Condé, un Gulfstream G-IV, a décollé de l’aéroport international Ahmed Sekou Touré ce 17 janvier, en début d’après-midi. Le chef de l’État déchu est accompagné de son médecin, le docteur Kaba, et de deux gardes du corps.

Le président de la transition, Mamadi Doumbouya, avait annoncé le 31 décembre 2021 qu’il l’autorisait à quitter le pays pour passer des examens médicaux, « pour une période d’un mois » sauf avis contraire des médecins. Depuis le putsch du 5 septembre, sa libération constitue l’une des principales demandes de la Cedeao et une source de blocage avec la junte au pouvoir.

Plusieurs options ont été évoquées quant à sa destination, dont la Turquie, la Côte d’Ivoire ou le Qatar. C’est finalement l’option des Émirats arabes unis qui a été retenue. Il devrait notamment y recevoir un traitement médical pour soulager sa prothèse de hanche, dont il s’est plaint. Comme prévu par les militaires, son séjour à Abou Dhabi ne devrait pas excéder un mois, et pourrait même durer deux semaines seulement, en fonction des résultats de ses examens.

Garanties exigées

Gardé pendant plusieurs semaines par le Groupement des forces spéciales dirigé par Doumbouya, puis déplacé au palais Mohammed V de Conakry, qui tient lieu de palais présidentiel depuis le coup d’État, Alpha Condé avait par la suite été transféré fin novembre 2021 en banlieue de Conakry, au domicile de son épouse. Officiellement « libre de ses mouvements », il était en réalité surveillé jour et nuit par les forces de l’ordre et était uniquement en contact avec son médecin personnel et son cuisinier.

Début janvier, il avait finalement reçu un nouveau passeport. La junte refusait en effet qu’il quitte le pays avec son ancien document de voyage portant la mention de chef de l’État. Toujours selon nos informations, les négociations entre Alpha Condé et la junte ont achoppé ces dernières semaines sur les garanties données par l’ancien dirigeant guinéen quant à son départ, jugées insuffisantes par Mamadi Doumbouya.

Faute d’obtenir la démission formelle d’Alpha Condé, ce dernier souhaitait en effet s’assurer du retour à Conakry de son prédécesseur et du respect de certaines conditions lors de son séjour à l’étranger. Les militaires exigeaient notamment qu’il soit accueilli en qualité d’ex-chef d’État et qu’il s’engage à ne pas s’exprimer publiquement. Il a ainsi été invité à s’y engager par écrit, comme l’avait fait son homologue malien, Ibrahima Boubacar Keïta, décédé le 16 janvier à Bamako. Alpha Condé aurait également demandé à récupérer ses téléphones, qui lui ont été confisqués par Mamadi Doumbouya et ses hommes. On ignore encore, à l’heure actuelle, les concessions qu’a finalement accepté de faire l’ancien président.