Le président Patrice Talon au palais de la Marina, à Cotonou, lors de la cérémonie de retour des œuvres sacrées restituées par la France, le 10 novembre 2021. © YANICK FOLLY/AFP

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Bénin : Patrice Talon, omniprésident sur tous les fronts

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Politique

Bénin – Abdoulaye Bio Tchané : « Pour changer les mentalités, il faut montrer l’exemple »

Le ministre d’État chargé du Développement et de la Coordination de l’action gouvernementale est le bras exécutif du président Talon, en particulier pour la mise en œuvre des réformes. Il revient pour « Jeune Afrique » sur les priorités du second quinquennat. Et sur la façon dont elles sont perçues.

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Mis à jour le 17 janvier 2022 à 14:43

Ministre d’État du Bénin, chargé du Développement et de la Coordination de l’action gouvernementale. Abdoulaye Bio Tchané Ministre d’État béninois chargé du Plan et du Développement © Yanick Folly pour JA

En le nommant ministre d’État chargé du Développement et de la Coordination de l’action gouvernementale, Patrice Talon a fait d’Abdoulaye Bio Tchané (ABT) le numéro un de son gouvernement sans Premier ministre. À 69 ans, l’allure élancée, tiré à quatre épingles et toujours ponctuel, l’ancien banquier est l’incarnation parfaite du grand serviteur de l’État.

Ministre des Finances (1998-2002), directeur Afrique du FMI (2002-2008), puis président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD, de 2008-2011), ABT fonde son cabinet de conseil stratégique et d’ingénierie financière, Alindaou Consulting International, dès son retour à Cotonou, où il renoue avec la politique. Candidat malheureux à la présidentielle de 2011, puis de 2016, il rejoint alors le président Patrice Talon. Depuis, il tient à ses côtés le cap des réformes.

Jeune Afrique : Quelles sont les priorités du deuxième quinquennat ?

Abdoulaye Bio Tchané : La priorité de ce gouvernement, c’est le capital humain, l’aménagement du territoire national et le développement des infrastructures, ainsi que la bonne gouvernance. Nous avons placé notre niveau d’ambition très haut au cours du premier quinquennat, et des efforts substantiels sont encore nécessaires.

Concernant le chantier de l’eau potable pour tous par exemple, nous avions dit que ce serait une réalité avant la fin de 2021, avec neuf ans d’avance sur le terme fixé par les ODD [Objectifs de développement durable fixés par l’ONU]. Nous avons fait passer le taux global de desserte d’à peine 40 % en 2016 à 70 % en décembre 2020, et nous comptons atteindre 100 % d’ici à la fin de 2023.

Idem pour l’électricité. En 2016, il y avait des délestages presque tout le temps ; aujourd’hui, il n’y en a plus. Tout ceci a été possible, entre autres, grâce à l’inauguration de la centrale électrique de Maria-Gléta 1 en août 2019 – sur ce site, la construction d’une deuxième centrale est prévue. Désormais, il s’agit d’assurer que l’électricité soit bien distribuée à tous les ménages du pays. Nous mettrons aussi le cap sur le solaire, avec l’entrée en service prochaine d’une centrale photovoltaïque d’une puissance de 25 mégawatts [MW] à Illoulofin, dont nous avons déjà décidé de porter la capacité à 50 MW.

En 2016, il y avait des délestages presque tout le temps. Aujourd’hui, il n’y en a plus

Nous allons aussi poursuivre nos efforts en matière d’infrastructures routières. L’objectif était de mailler l’ensemble du pays pour désenclaver ses 77 communes, il n’en reste plus que 7 pour que le défi soit relevé. Et nous allons généraliser l’asphaltage dans les villes secondaires, avec en prime un programme d’assainissement pluvial pour mettre fin aux inondations.

Et en dehors des infrastructures ?

Le numérique va nous permettre de franchir une étape supérieure. Nous sommes aussi une économie de service. Lorsque nous aurons renforcé le très haut débit, à meilleur coût, les entreprises du monde entier vont accourir. Les investissements que nous faisons vont amplifier cette tendance et, demain, le Bénin peut jouer un rôle phare dans ce secteur.

Concernant l’agriculture, premier secteur de notre économie, nous voulons développer et renforcer notre position dans le coton, tout en diversifiant la production et l’exportation d’ananas, d’anacarde, de riz, de maïs, etc. Pour cela, nous devons investir dans la formation des agriculteurs de demain.

Plus généralement, quels sont vos objectifs en matière d’éducation ?

Il nous faut continuer d’améliorer l’école en général pour en démocratiser l’accès et généraliser le programme des cantines scolaires. Grâce à ce dernier, aujourd’hui, plus d’un enfant sur deux a un repas chaud par jour. Les élèves sont en meilleur santé, et les écoles ont de meilleurs résultats.

Nous voulons arrêter de former de futurs chômeurs et renverser la vapeur dans tous les domaines en apportant les formations appropriées au marché du travail. Nous allons former davantage de jeunes dans l’agriculture, la santé, la gestion de l’eau, le numérique, partout où nous savons qu’il y a des emplois à la clé. Nous voulons aussi former davantage d’entrepreneurs.

Certains considèrent votre politique très « à gauche », avec des mesures telles que la légalisation de l’IVG et l’assurance maladie universelle…

On ne peut qu’être satisfait de ce qui est en train d’être réalisé pour les femmes béninoises, autant à propos de l’IVG que des lois contre les mutilations génitales, le harcèlement, le viol, le mariage précoce ou forcé. Ce n’est pas une volonté de contrôler la démographie mais bien de protéger les Béninoises.

Côté santé, une grande réforme est en préparation, qui comprend la construction d’hôpitaux de zones ou de proximité, pour atteindre le ratio d’un hôpital pour 250 000 habitants. Quant au Centre hospitalier et universitaire de référence [Chur] d’Abomey-Calavi, en cours de réalisation, il sera doté de nombreux services de pointe et de 436 lits.

Ce n’est pas une volonté de contrôler la démographie mais bien de protéger les Béninoises

Enfin, la couverture sociale est pour nous un chantier prioritaire. Si nous voulons protéger nos compatriotes et qu’ils soient des acteurs économiques, il faut qu’ils aient des conditions de vie et une longévité acceptables.

Êtes-vous la « touche sociale » du chef de l’État ?

Je ne pense pas être plus social que le président. Il a mis en place une équipe, et nous obtenons des résultats sur le plan social avec pour principe la rigueur et l’esprit de suite. On a d’abord choisi nos priorités sans jamais promettre qu’on ferait tout, car nous n’avions pas le temps… Mais on a planifié, exécuté, puis contrôlé, avec des conséquences lourdes pour les actes de mauvaise gestion que nous avons pu relever ici ou là. Avec ce deuxième quinquennat, sur le plan de la décentralisation, nous voulons modifier les structures institutionnelles, notamment en séparant plus nettement les fonctions politiques et les fonctions administratives.

Au Bénin, on publie ce qu’on veut. Les dirigeants se font régulièrement insulter, même le chef de l’État

Que répondre à ceux qui dénoncent la méthode autoritaire de l’exécutif ?

Vous voulez parler d’un régime qui œuvre à promouvoir le respect de la loi, surtout par ceux qui font les lois et doivent les respecter (politiques, haute administration…) ? En tant que journaliste, vous pouvez voir qu’il n’y a aucun filtre pour venir ici. Au Bénin, on publie ce qu’on veut. Les dirigeants se font d’ailleurs régulièrement insulter, le chef de l’État y compris.

Quand vous dirigez une entreprise, c’est la moindre des choses qu’on vous demande des comptes. Tout le monde est obligatoirement redevable. Il est possible de changer les mentalités à condition de montrer l’exemple. Si certains soutiens de premier plan de notre action sont en prison, ce sont pour des faits de mauvaise gestion.

Selon vous, en quoi le Bénin a-t-il vraiment changé depuis 2016 ?

Ce qui a le plus changé est que nous sommes convaincus d’avoir notre destin en main. Nous pouvons transformer beaucoup de choses et générer des moyens pour financer des réformes. Tout le monde voit par exemple que nous sommes engagés contre la corruption, ce qui nous permet de générer des moyens financiers pour l’État. Cette transformation a des impacts concrets dans notre vie quotidienne.

Mais il n’y pas de baguette magique. Ces progrès sont générés par les Béninois eux-mêmes. Et notre meilleure réponse à ceux qui nous critiquent est de constater que le Bénin est redevenu un pays attractif. C’est cela notre plus grande fierté.