Politique

Mali : Choguel Maïga sous le feu des critiques du M5

Alors que le Premier ministre fait face à de sévères sanctions de la Cedeao, sa gestion de la transition est de nouveau vivement remise en question par le mouvement dont il est issu. Explications.

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Mis à jour le 26 juillet 2022 à 16:00

Choguel Maïga, le 16 octobre 2021 à Bamako. © Nicolas Remene pour JA

Quel rôle joue le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) dans la conduite de la transition ? Cette question est au cœur d’une lettre datée du 7 janvier 2022 qu’ont initiée des figures importantes de ce mouvement qui avait contesté le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta jusqu’à son renversement, en août 2020.

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Parmi les signataires, figurent Cheick Oumar Sissoko, Sy Kadiatou Sow, Modibo Sidibé, Konimba Sidibé, Mohamed Ali Bathily et Aliou Sankaré, dont certains n’ont jamais hésité à monter au créneau pour critiquer la conduite de la transition. Adressé au comité stratégique du M5, dirigé par le Premier ministre, Choguel Maïga, et remis au vice-président, Boubacar Karamoko Traoré, ce courrier de trois pages dresse un constat sans appel.

Inquiétudes

Après son deuxième putsch, en mai 2021, la junte militaire, à la recherche de légitimité face à la communauté internationale, avait tendu la main au M5-RFP. Après plus de sept mois de gestion de la transition, les signataires estiment qu’il existe « peu d’indices visibles permettant de croire que le pays est solidement engagé sur la voie de l’atteinte de l’objectif commun qu’est la refondation de la gouvernance ». Plus encore, poursuivent-ils, de «  nombreux […] compatriotes sont inquiets aujourd’hui quant aux suites que pourrait avoir la décision de prorogation de la transition par les autorités ».

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Pour eux, cette situation doit interpeller l’ensemble des dirigeants du M5, qui devraient procéder à une première évaluation de la gouvernance, que ce soit au niveau du Conseil national de transition (CNT), des assises nationales de la refondation, de la feuille de route gouvernementale, ou encore « du rôle et du fonctionnement » du mouvement.

Une requête au point mort

Par ailleurs, alors que le mouvement soutient officiellement que le CNT, l’organe législatif, est une « institution illégitime et illégale », la requête introduite par Choguel Maïga devant la Cour suprême pour annuler le décret de nomination de ses membres n’a, toujours selon la lettre, pas évolué.

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« Le M5-RFP doit-il profiter de la nomination de nouveaux membres du CNT en remplacement de démissionnaires pour y envoyer des représentants en catimini sans que ce dossier ne soit vidé ? » s’interrogent les signataires. Interrogé à ce propos par Jeune Afrique à la mi-octobre, Choguel Maïga avait répondu : « Nous avons demandé la dissolution du CNT, en même temps que nous avons porté plainte à ce sujet. Le temps de la justice n’est pas celui des hommes politiques. Nous sommes en faveur d’une réorganisation du CNT pour qu’il respecte les textes, notamment en matière de désignation de ses membres. Mais nous attendons la décision de la justice. »

Absence de débats

Il ressort que le fossé au sujet de la gestion de la transition s’agrandit insidieusement au sein du comité stratégique du M5-RFP, pointe le document, « entre ceux qui veulent réduire son rôle à celui de “caisse de résonance” de son président, le Premier ministre, et ceux qui souhaitent en faire une force de veille et de proposition efficace pour la réussite de la transition ». Choguel Maïga est accusé d’entretenir ce clivage «  à travers ses attaques publiques » contre les tombeurs [Mouvement démocratique de 1991] du général Moussa Traoré [à l’héritage revendiqué par Choguel Maïga], dont font partie plusieurs membres du mouvement de contestation.

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Dans ce climat, la demande de reformer le directoire, en raison de l’inactivité du président et de plusieurs de ses membres depuis leur nomination au gouvernement, n’a pas avancé. À cela est venue s’ajouter la mise à l’écart du M5-RFP de la conduite de la transition, Choguel Maïga ayant même refusé la mise en place d’un «  cadre de collaboration  ». Résultat : la durée de la transition n’a pas fait l’objet de débats au sein du mouvement.