Politique

Cameroun : le match entre Paul Biya et Maurice Kamto se poursuit à la barre

Si l’opposant Maurice Kamto reste silencieux dans les médias, la riposte juridique de ses partisans s’organise après les multiples condamnations pour atteinte à la sûreté de l’État. Plusieurs fronts sont ouverts à Yaoundé, Banjul et Genève.

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Mis à jour le 14 janvier 2022 à 13:53

L’ancien candidat à la présidence, Maurice Kamto, à Paris, le 30 janvier 2020. © STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

L’affaire des militants du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, parti de Maurice Kamto), poursuivis ou condamnés par la justice camerounaise pour des faits allant de participation à une manifestation illégale à atteinte à la sûreté de l’État, est sur le point de prendre une nouvelle ampleur.

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Selon nos informations, plus de 250 dossiers (dont ceux de 124 personnes actuellement en détention) doivent être déposés devant la Cour africaine des droits de l’homme, à Banjul (Gambie), et devant le Groupe de travail des Nations unies pour la détention arbitraire, à Genève (Suisse).

La DGSN dans le viseur

Confiés à un collectif composé d’une soixantaine d’avocats et coordonné par Me Hippolyte Meli, ces dossiers évoquent des faits de détention arbitraire, de torture et de traitements inhumains et dégradants, contraires au droit international humanitaire et notamment à la Charte africaine des droits de l’homme.

Les juristes, soutenus par le Français Me Antoine Vey, conseil de Maurice Kamto et ancien associé d’Éric Dupond-Moretti, le ministre français de la Justice, estiment que le Cameroun a agi en violation de la résolution 281 de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, interdisant la répression des manifestations pacifiques et les poursuites de civils devant des juridictions militaires.

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Hippolyte Meli et ses confrères mettent également en avant le fait que les éléments de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et du secrétariat d’État à la Défense (SED) se sont rendus coupables à plusieurs reprises de traitements inhumains et dégradants violant les principes d’actions policières de Luanda, qui font référence au sein de l’Union africaine (UA).

Kamto à l’offensive à l’international…

Maurice Kamto a, quant à lui, d’ores et déjà déposé son propre recours devant les juridictions internationales, notamment à Genève. Antoine Vey, qui s’occupe de sa défense à l’international, s’est rendu à plusieurs reprises en Suisse pour suivre les débats, mais ceux-ci ont été retardés par la pandémie de Covid-19. Selon nos sources, les éléments mis en lumière par Maurice Kamto sont toujours à l’étude.

Ces procédures à l’international, actuellement en préparation, doivent venir s’ajouter aux recours internes déjà en cours. Les militants du MRC condamnés en décembre ont ainsi fait appel des verdicts prononcés, notamment par le tribunal militaire de Yaoundé, à leur encontre. Chacun des accusés a déposé un mémoire en son nom (le collectif d’avocats s’étant temporairement retiré de leur défense pour protester contre les vices de procédure) devant la cour d’appel de Yaoundé, laquelle doit désormais reprendre leur dossier.

… et le MRC devant les tribunaux camerounais

Enfin, un dernier front juridique pourrait s’ouvrir, toujours à Yaoundé. Selon nos informations, Me Meli et ses confrères travaillent actuellement à compiler les exactions et fautes professionnelles présumées commises par les magistrats et forces de sécurité du Cameroun contre leurs clients. Ce travail devrait donner lieu à des saisies du Conseil supérieur de la magistrature et, surtout, à une action de groupe contre la DGSN de Martin Mbarga Nguele et le SED de Galax Yves Landry Etoga devant la justice camerounaise.

Maurice Kamto et le MRC ont fait de la riposte juridique le centre de leur action dans l’opposition. L’ancien candidat à la présidentielle de 2018 a ainsi choisi de ne plus s’exprimer dans les médias et de concentrer les efforts de son parti sur la libération des opposants politiques.

Ses troupes, mobilisées à l’entrée des stades et sur les réseaux sociaux, tentent d’ailleurs de profiter de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) qui se déroule actuellement au Cameroun pour alerter l’opinion nationale sur le sujet.