Politique

Maroc : Gérard Darmon, Cheb Khaled, Mohamed Ezzat… Ces VIP naturalisés par le roi Mohammed VI

Depuis quelques années, le royaume est devenu une destination prisée des stars. Plusieurs d’entre elles s’y sont installées et se sont même vu octroyer la nationalité marocaine par le roi en personne.

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Mis à jour le 18 janvier 2022 à 17:27

Le roi Mohammed VI (ici en novembre 2018). © Fadel Senna/AFP

La question de la naturalisation au Maroc pourrait faire l’objet d’une étude sociologique tant les prétendants – et leurs motivations – sont différents.

Il y a les (heureux) élus, qui affichent leur nationalité marocaine et défendent bec et ongles leur patrie d’adoption, comme les chanteurs Khaled ou Faudel.

Et puis il y a ceux qui, depuis plusieurs années, ne cachent pas leur désir de devenir Marocains. C’est le cas de Kadhem Saher, la star irakienne de la chanson, installé de longue date avec toute sa famille à Rabat. Lors du fastueux mariage de son fils, Omar, avec une jeune médecin originaire de Tiznit, on a croisé aussi bien des personnalités marocaines que des membres des grandes dynasties du Golfe ou des grands noms du show-biz du monde arabe.

Il y a enfin ceux qui multiplient les vidéos et les posts à la gloire du royaume, comme le chanteur congolais Gims, qui vit à Marrakech depuis plusieurs années, ou le judoka français Teddy Riner, sans que l’on sache au juste s’ils ont déposé une demande de naturalisation ou si celle-ci a abouti.

Les conditions d’attribution de la nationalité marocaine sont régies par le Code de la nationalité de 1958, réformé en 2007. Si la règle générale est celle du droit du sang, de nombreuses naturalisations entrent dans la catégorie des cas exceptionnels – notamment pour « services rendus à la nation » – et relèvent d’une décision royale.

Les motifs d’attribution de la citoyenneté marocaine sont généralement connus du roi seul. De quoi alimenter la machine à fantasmes… Au point que certains (comme Dominique Strauss-Kahn, dont la fiche Wikipédia indique qu’il est « Marocain depuis 2019 »), uniquement parce qu’ils ont des liens avec le royaume ou qu’ils entretiennent une amitié avec le monarque, se voient attribuer par la rumeur – et à tort – le passeport vert.

Khaled, Faudel, Patrick Guerrand-Hermès… Depuis son accession au trône, en juillet 1999, Mohammed VI a octroyé la nationalité marocaine à plusieurs VIP.

Une pratique qui existait déjà sous Hassan II. Ce dernier avait naturalisé le sélectionneur brésilien José Faria (connu sous le nom Mehdi Faria), entraîneur des Lions de l’Atlas lors de la Coupe du monde de 1986 et grâce à qui le Maroc était devenu le premier pays africain à atteindre le second tour de la compétition. Un exploit gravé dans la mémoire des Marocains, qui l’ont adopté et qu’il a adoptés. Marié à une Marocaine et père de deux enfants (Youssef et Lina), Faria a même demandé à être enterré à Kénitra.

  • Khaled : 

Icône du raï, Khaled est le plus marocain des Algériens. Pas seulement pour des raisons sentimentales (il est marié à une Marocaine) ou en raison de son mode de vie, mais aussi sur le papier. La star oranaise a en effet obtenu la nationalité des mains de Mohammed VI, qui est l’un de ses fans. « J’aime beaucoup la musique de mon temps, le raï », avait confié M6 en 2000, dans l’une de ses rares interviews à la presse écrite.

Cette nationalité, qui a valu une pluie de critiques à Khaled de la part de ses compatriotes algériens, l’interprète de « Trig Lycée » l’assume sans complexe.

Khaled, à Malte, le 4 octobre 2019. © Melvin Degiorgio/REX/SIPA

Khaled, à Malte, le 4 octobre 2019. © Melvin Degiorgio/REX/SIPA

Invité, en novembre 2021, sur le plateau de « One guest, one path », sur France24, le roi du raï a déclaré : « Oui, j’ai la nationalité marocaine, pourquoi ne l’aurais-je pas ? », précisant au passage qu’il avait été parmi les premiers à bénéficier de sa nouvelle procédure d’octroi.

  • Mohamed Reza Nouri Esfandiari :

Fils et petit-fils de dignitaires iraniens, Mohamed Reza Nouri Esfandiari, 62 ans, est l’un des rares Iraniens à détenir un passeport marocain. Un privilège qu’il doit à son statut d’époux de la princesse Lalla Joumala, ambassadrice du Maroc aux États-Unis et, par ailleurs, cousine de Mohammed VI. Malgré ce mariage princier, Esfandiari n’a obtenu la nationalité qu’en 2019.

  • Mohamed Ezzat, alias Moee :

Considéré comme l’un des meilleurs managers de talents au monde, Mohamed Ezzat, connu sous le nom de Moee, qui est né et a grandi en Allemagne, puis s’est établi à Dubaï en 2006, compte parmi les personnalités du show-biz à avoir acquis la nationalité marocaine.

Ami du footballeur Cristiano Ronaldo ainsi que de nombreuses autres stars de tous horizons, il collabore avec des célébrités de l’industrie de la musique, du sport, et en particulier avec des combattants de l’Ultimate Fighting Championship (UFC, arts martiaux mixtes).

C’est de toute évidence cette discipline sportive qui lui a ouvert les portes du Maroc, Ezzat étant le manager des combattants UFC marocains Othman et Abu Bakr Azaïtar, que l’on dit proches du souverain. Il a grandi comme eux en Allemagne et, aujourd’hui, gère une partie de leur carrière.

  • Faudel :

À l’instar de Khaled et Reda Taliani – qui a grandi à Koléa, en Algérie, mais s’est installé à Casablanca –, l’enfant de Mantes-la-Jolie, devenu célèbre à 17 ans grâce à sa  chanson « Tellement je t’aime », a été naturalisé en 2011.

D’origine algérienne, celui dont l’interprétation du classique « Abdelkader Ya Boualem » (avec le trio 1, 2, 3 Soleils, qu’il formait avec Rachid Taha et Khaled) a trôné en tête des charts pendant des mois vit depuis le milieu des années 2000 au Maroc, où il mène une vie paisible, à l’écart du tumulte du monde du show-biz.

À côté de ses rares apparitions dans les médias et des titres coproduits par RedOne (originaire de Tétouan, producteur de chansons pour Lady Gaga, Jennifer Lopez, etc.), le petit prince du raï gère des affaires dans la restauration, dont une à Rabat, dans le quartier de l’Agdal. Ce qui lui a permis de retrouver, dit-il, « la paix et la sérénité », ainsi qu’un certain anonymat et une liberté de mouvement, qu’il ne pouvait plus avoir en France.

  • Françoise Atlan :

Jusqu’en 2019, cette chanteuse française d’origine algérienne était surtout connue des cercles d’amateurs de musique traditionnelle arabo-andalouse, qui venaient l’applaudir au Festival des Andalousies atlantiques d’Essaouira ou au Festival de Fès des musiques sacrées du monde.

En 2019, son interprétation de la prière juive Adonaï, à l’unisson avec l’Ave Maria et l’Allahou Akbar soufi, sous la direction de l’Orchestre philharmonique du Maroc, devant le Pape François et le roi Mohammed VI, dans la cathédrale Notre-Dame de Rabat, en a fait une incarnation de ce Maroc qui prône le dialogue interreligieux.

Patrick Guerrand-Hermès, 89 ans, est un habitué du Maroc, où il séjourne neuf mois par an

Quelques semaines plus tard, un dahir, publié au Bulletin officiel le 2 mai 2019, rend publique sa naturalisation, sans que les circonstances exactes de cet acte ne soient révélées. L’intéressée ne s’est jamais exprimée à ce sujet.

  • Patrick Guerrand-Hermès :

Héritier de la famille Hermès, ce milliardaire français est lui aussi détenteur de la nationalité marocaine, comme l’a confirmé la publication d’un dahir royal au Bulletin officiel, le 2 mai 2019. Âgé de 89 ans, Patrick Guerrand-Hermès séjourne neuf mois par an dans le royaume, où il possède un club de polo dans la ville d’Assilah (Nord).

Selon nos informations, l’héritier de la famille Hermès ne serait pas la seule figure du monde du luxe français dans ce cas. Les milieux artistiques parisiens et le Maroc ont noué des liens étroits se sont noués dès le règne de Hassan II, avec des personnalités comme Yves Saint Laurent et Pierre Berger, ou encore le couturier Francesco Smalto, à qui des rumeurs insistantes prêtent la citoyenneté marocaine.

  • Gérard Darmon :

Amoureux du Maroc, où il a passé beaucoup de temps lors de ses tournages, l’acteur français connaît bien le pays, où il compte de nombreux amis, dans toutes les sphères sociales.

Gérard Darmon au 47e Festival du film américain de Deauville (France), en septembre 2021. © Loïc Venance/AFP

Gérard Darmon au 47e Festival du film américain de Deauville (France), en septembre 2021. © Loïc Venance/AFP

Interrogé sur ses liens avec le royaume, et notamment sur sa proximité avec le prince Moulay Rachid (frère du roi Mohammed VI), lors de l’émission « Thé ou Café », diffusée en 2016 sur France 2, l’interprète du Cœur des hommes s’est dit très honoré par cette amitié et de s’être vu octroyer la nationalité marocaine par le souverain.

Né à Paris de parents juifs d’Algérie, Gérard Darmon – qui a grandi à Paris – partage son temps entre la France et le Maroc.