Politique

RDC : le récit de l’expédition de la Garde républicaine chez Jean-Marc Kabund

Le domicile du premier vice-président de l’Assemblée nationale, puissant patron du parti présidentiel, a été pris d’assaut par des éléments de la Garde républicaine dans la nuit du 12 janvier. Un épisode loin d’être anodin.

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Mis à jour le 14 janvier 2022 à 15:57

Jean-Marc Kabund à Kinshasa en septembre 2016 © Gwenn Dubourthoumieu pour JA

Mobilier endommagé, vitres détruites, portes défoncées… La résidence de Jean-Marc Kabund, président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti de Félix Tshisekedi, et premier vice-président de l’Assemblée nationale avait, le 12 janvier, des allures de champ de bataille après une descente inattendue de la Garde républicaine.

Cet assaut de l’unité affiliée à la protection du chef de l’État et de sa famille au domicile de l’un des hommes forts du pays a eu lieu en réponse à un incident survenu le 11 janvier. Selon nos informations, à la suite d’un accrochage sur l’avenue Congo-Japon, dans la commune de Limete, à Kinshasa, des agents de sécurité affectés à la sécurité de Jean-Marc Kabund ont procédé à l’arrestation et au désarmement d’un élément de la Garde républicaine.

Dérapages

Celui-ci était installé à l’intérieur d’un véhicule, roulant en sens inverse et appartenant, toujours selon nos informations, à un membre de la famille de Félix Tshisekedi. Lorsqu’il a croisé le cortège du président de l’UDPS, la situation a dérapé. Dans la séquence, filmée par des témoins et diffusée sur les réseaux sociaux, on aperçoit des éléments de la Police nationale congolaise (PNC), qui assurent la sécurité du numéro un du parti présidentiel, extraire violemment le Garde républicain du véhicule et lui ravir son arme.

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La réponse de l’unité dirigée par le général Christian Tshiwewe Songesha est intervenue vingt-quatre heures plus tard. L’expédition, conduite par plus de 50 membres de la Garde républicaine a, outre les dégâts matériels causés au domicile de Kabund, débouché sur l’arrestation des policiers trouvés sur place. Selon une source au sein du cabinet présidentiel, la mission devait se limiter à ces interpellations. Ce n’est qu’après le repli des hommes de la PNC dans les chambres de la maison que l’opération aurait mal tourné.

Le premier vice-président de l’Assemblée n’était pour sa part pas présent sur les lieux. Selon l’un de ses proches, qui a assisté à la scène, « les éléments de la Garde ont assuré qu’ils allaient montrer à Kabund que c’est Tshisekedi qui les avait envoyés ». Sauf qu’au moment des faits, le chef de l’État se trouvait à Lilongwe, au Malawi, où il assistait au sommet extraordinaire de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).

Énième accrochage

Reste que l’épisode est loin d’être anodin. Jean-Marc Kabund est aujourd’hui l’un des piliers du camp présidentiel. C’est une figure incontournable de l’UDPS, populaire auprès de sa base militante, et un architecte de l’ombre de l’Union sacrée, dont il anime régulièrement les réunions, recadrant les députés frondeurs lorsqu’il le juge nécessaire. Mais Kabund n’en est pas à son premier accrochage avec des membres de l’appareil sécuritaire.

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En décembre 2020, alors que le camp Tshisekedi entamait à l’Assemblée nationale une tentative de renversement du bureau dirigée par la kabiliste Jeanine Mabunda, il n’avait pas manqué de s’en prendre verbalement au commissaire-général Dieudonné Amuli, patron de la police congolaise, l’accusant de prendre partie pour les pro-Kabila.

Puis, en février 2021, le patron de l’UDPS s’en était pris à François Beya, dénonçant publiquement le discours qu’il avait tenu lors d’une réunion des chefs des renseignements de la RDC et du Rwanda, à Kigali. L’incontournable conseiller spécial en matière de sécurité de Tshisekedi avait alors déclaré que la délégation congolaise était venue « défier le monde entier et l’Occident, qui ne veut pas que les deux pays travaillent ensemble ». Des propos qualifiés de « graves » par Kabund.

« Vice-président de la République »

Au sein des services de sécurité et du cabinet de Félix Tshisekedi, le premier vice-président de l’Assemblée est clivant. L’un des sécurocrates du régime, consulté par Jeune Afrique, estime que ce dernier se comporte en « vice-président de la République », « disant à qui veut l’entendre que c’est grâce à lui que Tshisekedi est président ». Au sein du cabinet de ce dernier, on estime que « Kabund en fait trop ».

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« Lorsque des policiers, de surcroît affecté à la sécurité d’une autorité, commettent une bavure – et l’on est bien d’accord que décider de ravir à un militaire son arme, même lorsque celui-ci est fautif, en est une –, on n’envoie pas une expédition punitive au domicile de cette autorité », affirme un député de l’Union sacrée qui a requis l’anonymat. Revenu à son domicile après le passage de la Garde républicaine, Jean Marc Kabund, qui a, selon nos informations, cherché à échanger avec le chef de l’État, s’est refusé à tout commentaire.