Le président Patrice Talon au palais de la Marina, à Cotonou, lors de la cérémonie de retour des œuvres sacrées restituées par la France, le 10 novembre 2021. © YANICK FOLLY/AFP

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Bénin : Patrice Talon, omniprésident sur tous les fronts

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Économie

Bénin : Aurélie Adam Soulé Zoumarou, « première de cordée » et pillier de la stratégie numérique du pays

Depuis bientôt cinq ans, cette ingénieure spécialiste des technologies de l’information et de la communication (TIC) est la ministre béninoise du Numérique et de la Digitalisation. Un secteur éminemment stratégique dans le plan de développement du gouvernement.

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Mis à jour le 14 mars 2022 à 11:11

Aurélie Adam Soulé Zoumarou, ministre béninoise du Numérique et de la Digitalisation. © François-Xavier Freland pour JA

Issue d’une famille d’enseignants (« depuis plusieurs génération »), Aurélie Adam Soulé Zoumarou a conservé de son éducation le sens de la discipline et du travail bien fait. Dans ses mots résonnent la voix du maître et le caractère de la bonne élève, studieuse et concentrée sur les résultats : « Sous l’impulsion du président, je m’évertue à créer, un peu plus chaque jour, une économie numérique de référence au Bénin qui fasse école en Afrique. » 

Amazone du numérique 

Chez elle, aucune trace de superflu.  Madame la ministre, 38 ans, est élégante, mais sans bijoux ni accessoires ostentatoires. Réservée et discrète sur sa vie personnelle, elle n’hésite pas à occuper le terrain et monter au créneau dès qu’il s’agit de faire progresser le digital, tant sur le plan technique que dans les mentalités. En cela, elle aime la comparaison avec les amazones, ces guerrières du Dahomey qui contribuèrent à défendre et porter haut les couleurs du Bénin en Afrique.  

« Il y avait beaucoup d’émulation sur le plan intellectuel et structurel dans ma famille, avec une grande ouverture d’esprit vers les autres, confie Aurélie Adam Soulé. Petite, j’ai beaucoup échangé avec mon arrière-grand-mère maternelle, qui me racontait des contes africains. Il y avait aussi beaucoup d’activités manuelles, comme la vente à l’étalage, et des manifestations culturelles, telle que la Gaani, qui ont développé chez moi le sens pratique dans la vie quotidienne. » Avec son père ingénieur agronome, elle apprend le nom des plantes, la valeur de la terre. On est loin d’une enfance régie par les tablettes et des jeux vidéo. Mais c’est peut-être aussi au regard de cette jeunesse ancrée dans le réel qu’Aurélie Adam Soulé a eu très tôt envie d’horizons plus lointains, voire franchement virtuels.  

Bonne élève 

Après un bac scientifique et une courte expérience d’animatrice radio, la jeune femme bénéficie d’une bourse d’excellence d’État qui lui permet de poursuivre ses études en France. Ingénieure brillamment diplômée (en 2007), de l’Institut national des télécommunications d’Évry (aujourd’hui Télécom SudParis), elle commence sa carrière en France, mais avec une certitude : « le devoir de rentrer ». « Les efforts qu’a fourni pour moi mon pays en m’offrant cette bourse d’excellence m’obligeaient moralement à revenir dès que possible au Bénin avec mes compétences. » Sans compter l’éloignement et le froid qui lui pèsent. 

Patrice Talon voulait “faire du Bénin la plateforme de services numériques de l’Afrique de l’Ouest” 

Spécialiste des télécommunications et des technologies de l’information et de la communication (TIC), elle travaille un temps chez l’opérateur mobile SFR avant de rejoindre le cabinet Accenture en tant que consultante en systèmes d’information. Dès 2009, elle décide de rentrer au Bénin, où elle est aussitôt embauchée au sein de l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep). Six ans plus tard, elle rejoint l’Association mondiale des opérateurs mobiles (GSMA), en tant que responsable des politiques publiques de l’Afrique, en particulier en Afrique de l’Ouest. « J’étais alors basée à Abidjan, mais mon véritable lieu de travail, c’était l’avion, se souvient-elle. J’interagissais beaucoup avec les ministres des télécommunications et les parlementaires de la sous-région. »

Madame la ministre 

Jusqu’à ce jour d’octobre 2017 où son portable sonne. On lui propose d’être ministre. « Même si j’en avais les capacités, je n’en avais jamais fait un objectif. Le président Patrice Talon, que j’admirais déjà, avait une vision claire : “Faire du Bénin la plateforme de services numériques de l’Afrique de l’Ouest”  et développer les infrastructures numériques pour rapprocher les populations. » Dont acte : la dorsale nord-sud de la fibre optique a en effet été réhabilitée et permet de démocratiser l’accès à internet. « On va désormais concentrer nos efforts sur la boucle ouest et nous pencher aussi sur l’aménagement numérique concomitant avec les grands travaux d’infrastructures routières », précise la ministre.  

Depuis 2017, le Bénin s’est aussi doté d’un datacenter national, il a mis en place les infrastructures de diffusion de la télévision numérique terrestre (TNT), ainsi que le réseau béninois d’éducation et de recherche (RBER) et créé une École des métiers du numérique à Cotonou. Plusieurs start-up et antennes de grandes écoles internationales se sont par ailleurs implantées sur le campus de Sèmè City.  

Grâce à tous nos efforts, l’écosystème numérique est en plein essor au Bénin 

Surtout, depuis la mise en place du portail national des services publics, tout Béninois peut désormais accéder en quelques clics à des informations complètes sur plus de 560 services publics et obtenir en ligne plus de 72 prestations de l’État, dont 10 e-services.  

« Grâce à tous ces efforts, l’écosystème numérique est en plein essor, mon pays collabore sur le plan des compétences avec d’autres partenaires, comme l’Estonie pour ne citer qu’un exemple, et nous mettons l’accent sur la cybersécurité. » Et les bonnes notes sont arrivées : entre 2017 et 2021, le Bénin a progressé de 92 places dans le classement de l’indice global de cybersécurité qu’édite l’Union internationale des télécommunications (UIT).   

Avec le soutien, entre autres, de Smart Africa, Aurélie Adam Soulé veut aujourd’hui davantage rapprocher les femmes des métiers du numérique afin de participer à leur autonomisation. Ainsi, en 2020, à travers l’initiative Bénin Digital Tour, plus de 5 000 femmes ont été formées dans les douze départements du pays. « Je vis ma fonction de femme ministre comme une responsabilité plus que comme une fierté. Plus que jamais les africaines et les africains doivent et peuvent concourir à armes égales avec tous les jeunes du monde. La barrière qu’il y avait autrefois avec le monde industriel n’existe plus. Les jeunes Béninois font des choses formidables, et c’est une grande opportunité pour notre pays. »