Politique

Guinée : fin de la lune de miel entre Mamadi Doumbouya et la classe politique

Par - à Conakry
Mis à jour le 14 janvier 2022 à 17:19

Le colonel Mamadi Doumbouya au Palais du peuple, à Conakry, le 14 septembre 2021 © JOHN WESSELS/AFP

Pour nombre de leaders de partis, l’heure est à la désillusion et à la méfiance envers la junte au pouvoir. Estimant ne pas être écoutés, ils tentent de s’unir.

Ces derniers jours, Mory Condé, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation tente de rassurer les leaders des partis partis politiques guinéens. « Les mémorandums que nous avons reçus lors des consultations nationales nous ont permis d’élaborer la charte de la transition, de mettre en place un gouvernement 100 % civil et de conduire les actions du pays », leur a-t-il déclaré début janvier. Car la grogne ne cesse de monter contre le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD). Et la méfiance s’est installée à l’égard d’un président, Mamadi Doumbouya, qui n’a toujours pas annoncé quand prendrait fin la transition.

« Le pouvoir a fait ce qu’il a voulu »

Pourtant, tout semblait avoir bien commencé. En septembre, juste après son arrivée au pouvoir, la junte avait lancé de grandes consultations nationales, auxquelles s’étaient pressés les représentants de partis, opposants à Alpha Condé en tête. Mamadi Doumbouya avait promis un changement de gouvernance. C’en était le premier acte. Mais depuis, la désillusion et la méfiance ont gagné les formations politiques. « Tout le monde sait que le pouvoir de transition n’a pas tenu compte de ces consultations. Toutes nos propositions ont été mises de côté, et le pouvoir a fait ce qu’il a voulu », proteste un cadre d’un parti politique guinéen qui a requis l’anonymat.

Il faudrait que Doumbouya respecte la charte sur laquelle il a prêté serment

« Lorsque la charte a été publiée, ce fut la surprise : rien de ce qui figurait dans nos propositions n’avait été retenu. Ni le gouvernement de 23 ministres, ni le Conseil national de transition de 150 membres que nous suggérions, abonde Mamadou Sylla, président de l’Union démocratique de Guinée et de la Convergence pour la renaissance de la démocratie en Guinée (Corede). Comment voulez-vous qu’on s’en sorte avec un CNT de 81 membres dont 15 sièges pour la classe politique alors qu’il y a 200 partis ? Et pour la formation du gouvernement, c’est pareil, nous n’avons pas été consultés. »

Ce leader politique estime que Mamadi Doumbouya ne tient pas ses promesses. « Il faudrait qu’il respecte la charte sur laquelle il a prêté serment, même si elle n’est pas l’émanation du peuple, rappelle-t-il. Il avait dit aussi que ceux qui ont pris part au troisième mandat d’Alpha Condé ne participeraient pas à la transition. Et pourtant, à la douane, aux finances… ce sont toujours les mêmes. Idem pour le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Abé Sylla : c’est un ancien député de l’Assemblée nationale. »

Nouvelle force

Début janvier, les principales formations politiques guinéennes, à l’exception de l’ancien parti au pouvoir, le RPG arc-en-ciel, se sont donc retrouvées au siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), dirigée par Cellou Dalein Diallo, pour créer une nouvelle force, le Collectif des partis politiques (CPP).

Une façon pour cette classe politique, en proie à des guerres d’egos, d’adopter des positions communes face aux questions cruciales du moment : la Constitution, le code électoral, l’organe de gestion des élections, le chronogramme et la durée de la transition, le fichier électoral… « Si la classe politique s’unit aujourd’hui, c’est parce que nous ne nous sentons pas entendus », confirme notre source anonyme. Le CNRD a-t-il entendu le message ? Il a en tout cas relancé les pourparlers avec la société civile et la classe politique. Reste à savoir si leurs conclusions finiront dans les tiroirs, comme celles des consultations nationales.