Politique

Congo : bientôt le repos éternel pour Guy-Brice Parfait Kolélas

Décédé il y a dix mois, Guy-Brice Parfait Kolélas va enfin pouvoir être enterré. Vendredi 14 janvier, la justice française a autorisé son inhumation, ainsi que le demandait la veuve de l’opposant en dépit de l’opposition d’une autre partie de la famille.

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Mis à jour le 15 janvier 2022 à 10:29

Guy-Brice Parfait Kolélas, le 8 juillet 2017. © Steeve Rodric pour JA

Si l’âme de Guy-Brice Parfait Kolélas repose en paix depuis le 22 mars 2021, son corps, lui, n’a toujours pas été enterré. Mais cela devrait bientôt être chose faite : le 14 janvier, le tribunal de Bobigny (France) s’est prononcé en faveur de l’épouse du défunt, Nathalie. Celle-ci va pouvoir récupérer la dépouille de l’opposant congolais, conservée depuis près de 10 mois à l’Institut médico-légal (IML) de Paris, et procéder à son inhumation dans les quinze jours.

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Cette décision devrait mettre un terme à la bataille qui a divisé la famille de Guy-Brice Parfait Kolélas et menaçait de tourner au tragique. « Des recours judiciaires sont encore possibles, mais l’heure est plutôt à la conciliation », veut croire un proche collaborateur de l’ancien chef de l’Union des démocrates humanistes – Yuki (UDH-Yuki), qui se dit consterné par la tournure prise par les événements, « bien loin de l’hommage mérité ».

C’était aussi l’avis du docteur Jean-François Michard. Le 22 novembre dernier, le directeur adjoint de l’IML s’était senti obligé d’adresser un courrier à la famille pour lui demander d’organiser les obsèques du disparu « d’ici au 7 décembre ». Il menaçait de demander à la mairie de la commune du Bourget, où résident les Kolélas, de s’en occuper.

Causes de la mort

L’injonction n’avait eu aucun effet, ladite famille ayant vite déposé un recours auprès du tribunal de Bobigny afin de surseoir à la demande de l’IML. Car, avant d’enterrer Guy-Brice Parfait Kolélas, ses proches voulaient que toute la lumière soit faite sur les causes de sa mort.

Disparu à l’âge de 61 ans, le leader de l’UDH-Yuki passait pour le principal adversaire de Denis Sassou Nguesso à la présidentielle du 21 mars 2021. Mais que s’est-il passé ?

Trois jours avant le scrutin, Guy-Brice Parfait Kolélas subit un test de dépistage du Covid-19, qui montre que ses poumons sont particulièrement touchés. Le même jour, il manque de s’effondrer lors de son avant-dernier meeting de campagne, à Owando, et renonce à celui prévu le lendemain à Brazzaville.

Hospitalisé au CHU de la capitale congolaise, il poste le 21 mars sur les réseaux sociaux, juste avant l’ouverture des bureaux de vote, une vidéo dans laquelle il affirme « se battre contre la mort ». La veille, son épouse, aidée par son beau-frère, Euloge Landry Kolélas, et par le ministre de l’Intérieur, Raymond-Zéphirin Mboulou, a obtenu l’autorisation du chef de l’État d’organiser son évacuation sanitaire à Paris – Kolélas étant également détenteur de la nationalité française.

Le décès est officiellement déclaré quelques minutes après l’atterrissage au Bourget

Le 21 mars à l’aube, un avion médicalisé français se pose donc à l’aéroport de Brazzaville. Il repart l’après-midi à 16 heures avec, à son bord, Guy-Brice Parfait Kolélas et sa femme, un réanimateur français, ainsi que le professeur Richard Bileckot, inspecteur général de la Santé au Congo. Ce sont eux qui constateront quelques heures plus tard le décès, officiellement déclaré à 1h45 du matin le 22 mars, soit quelques minutes seulement après l’atterrissage à l’aéroport du Bourget.

Première autopsie

La police française monte immédiatement dans l’avion. Elle interroge les passagers et l’équipage, récupère la boîte noire. Dans le même temps, le parquet de Bobigny se saisit de l’affaire et ordonne une autopsie à l’IML, comme le veut la procédure portant sur le rapatriement de la dépouille de tout citoyen français.

Quarante-huit heures plus tard, les conclusions tombent : « Les poumons de Guy-Brice Parfait Kolélas étaient très altérés. L’autopsie a conclu à une insuffisance cardio-respiratoire due à une pneumopathie diffuse sévère. » La contamination au virus SARS-COV-2 est « confirmée par la virologie moléculaire. » Le communiqué du parquet de Bobigny précise en outre que l’avion a effectué deux escales, l’une au Tchad, l’autre en Algérie, et que c’est lors du dernier décollage que « l’état de santé de Guy-Brice Parfait Kolélas s’est aggravé ».

La famille refuse de se contenter de la version officielle et demande une seconde autopsie

Suffisant pour éteindre les rumeurs d’empoisonnement du chef de l’UDH-Yuki, qui circulent au sein de la diaspora et des différents courants de l’opposition congolaise, certains affirmant que Kolélas était déjà mort au moment de monter dans l’avion. Mais la famille, elle, refuse de se contenter de la version officielle et demande une seconde autopsie.

L’inhumation, prévue le 11 juin 2021, est donc reportée, le temps que les conclusions des examens toxicologiques et anatomopathologiques soient communiquées. Ce qui n’avait pas été fait et exacerbait les doutes d’une partie de la famille.

La veuve, la sœur et la fille

« Une troisième autopsie ne sera pas organisée, avait insisté le docteur Michard dans sa lettre, à la fin novembre. Il est donc important, pour des raisons de décence, que le défunt repose en terre. »

Ces derniers mois, craignant que son mari « ne soit enterré comme un indigent », la veuve s’était désolidarisé de ceux qui, emmenés par Lydie, la sœur de Guy-Parfait Kolélas, et Gloria, l’aînée des enfants de son premier mariage, redoutaient de voir l’affaire enterrée par la justice française.

Pour pouvoir inhumer son époux, Nathalie Kolélas n’avait pas eu d’autres choix que d’assigner en référé le camp adverse devant le tribunal de Bobigny. Annoncée dans un premier temps le 7 janvier, puis le 11, la décision avait été remise à ce vendredi.