Politique

CAN : comment Yaoundé tente de contenir le phénomène Eto’o

Invisible à l’écran, absent des discours… Le nouveau président de la Fecafoot semble avoir été « oublié » de la cérémonie d’ouverture de la Coupe d’Afrique des nations.

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Mis à jour le 12 janvier 2022 à 16:55

Samuel Eto’o, nouveau président élu au cours de l’assemblée générale du 11 décembre 2021. © Maboup

Mais où était donc passé Samuel Eto’o le 9 janvier ? C’est la polémique qui entoure le lancement de la CAN. Récemment élu président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), l’ex-footballeur n’a pas été vu sur les écrans de la télévision nationale, ni sur ceux du stade d’Olembe de Yaoundé lors de la cérémonie et du match d’ouverture qui a opposé le Cameroun au Burkina Faso.

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Pourtant, Eto’o était bel et bien présent à la tribune présidentielle, non loin de Paul et Chantal Biya, mais aussi d’Azali Assoumani, le président des Comores. Sauf que le triple ballon d’or africain est souvent descendu aux vestiaires pour soutenir les joueurs avant le match et lors de la pause. Les caméras de la CRTV, la télévision nationale, avaient-elles pour consigne de l’éviter ?

Inélégance

Pour l’instant, aucune information ne l’atteste. L’ancien capitaine des Lions indomptables a eu l’occasion d’écouter le discours de Patrice Motsepe, le patron sud-africain de la Confédération africaine de football (CAF), lequel a ouvertement soutenu son concurrent Seidou Mbombo Njoya lors de l’élection du 11 décembre dernier pour la présidence de la Fecafoot.

Mi-décembre, Eto’o et Motsepe ont voyagé à bord d’un avion privé sur le trajet Doha-Yaoundé. Ils se sont expliqués et ont esquissé les contours d’une future collaboration. Il n’empêche, dans son allocution d’ouverture, le Sud-Africain a lui aussi « oublié » de féliciter le président de la fédération hôte du tournoi, contrevenant ainsi aux usages.

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Ce qui est perçu comme une inélégance est, elle aussi, débattue sur les réseaux sociaux. D’autant que, selon des sources proches de la CAF, les rédacteurs du discours de Motsepe avaient bien prévu quelques paroles aimables à l’égard de l’ex-attaquant, soulignant notamment que pour la première fois, le 11 décembre dernier, un footballeur avait été élu à la tête d’une fédération nationale africaine.

Selon les mêmes officiels de la CAF, il ne les a pas prononcées pour la simple raison qu’il est « sorti de son texte », choisissant la harangue plutôt que son discours. En revanche, Motsepe n’a pas oublié de citer Gianni Infantino, le président de la Fifa, qu’il a même essayé de faire applaudir par le public d’Olembe. Mal lui a pris, l’Italo-Suisse a essuyé quelques huées. Beaucoup de spectateurs n’ont manifestement pas oublié que, au début de décembre, la Fifa avait tenté de reporter la compétition pour, entre autres, des raisons sanitaires.

Complot ?

Le comportement du cabinet civil du président Paul Biya, structure co-organisatrice de la cérémonie d’ouverture, fait également polémique. Il est critiqué pour n’avoir pas mentionné le président de la Fecafoot sur la liste protocolaire des personnalités attendues.

Selon des sources proches de la présidence, dans la pratique camerounaise, le président de la fédération n’est pas mentionné dans l’ordonnancement arrêté par le protocole d’État. Il est invité, mais n’est pas annoncé comme le sont les corps constitués. Est-ce qu’il y a pour autant un complot du système contre Eto’o ? Certains ne sont pas loin de le penser.

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Il est vrai qu’une partie du système s’est toujours méfiée du phénomène Eto’o. Parmi eux, le ministre de la Culture, Pierre Ismaël Bidoung Kpatt. Maître d’ouvrage de la parade, il a fait acheter 38 000 tickets d’accès, soit près de la moitié des places disponibles, qu’il a généreusement attribués aux militants du parti au pouvoir, le RDPC.

Ces caciques du régime ont multiplié les stratagèmes pour s’assurer que la popularité de la star du football ne fasse pas de l’ombre à Paul Biya lors de l’ouverture de cette CAN au coût de 3 000 milliards de F CFA, pensée et mise en scène comme la consécration de ses quatre décennies au pouvoir. Il eut été en effet de très mauvais goût et – hors de question – de permettre au public de scander « Eto’o, président » en présence… du président Biya. D’ailleurs, le premier à l’avoir anticipé, c’est l’ex-footballeur lui-même. D’où son exil dans les vestiaires.

Grand amateur de football, l’opposant Maurice Kamto a d’ailleurs préféré décliner l’invitation reçue par l’un de ses amis. Sa présence en tribune aurait très certainement, elle aussi, posé problème.