Politique

Algérie-CAN : le récit de l’agression de trois journalistes au Cameroun

Trois reporters algériens, envoyés spéciaux pour couvrir la CAN, ont été violemment agressés le 9 janvier au soir près de leur hôtel, à Douala. Récit d’un guet-apens qui a terni l’ouverture de la compétition.

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Mis à jour le 11 janvier 2022 à 16:40

Deux militaires camerounais postés aux abords du stade Olembe, à Yaoundé, le 7 janvier 2022. © KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Une agression qui aurait pu très mal tourner. Ce 9 janvier, soirée de joie et d’allégresse à Douala. Le Cameroun vient de battre le Burkina Faso (2-1) en match d’ouverture de la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN).

Ce soir-là, trois journalistes algériens, Mehdi Amazigh Dahak, fondateur du site « Dzfoot », Mohamed Aissani, reporter à l’APS, et Smail Mohamed, du journal « Compétition », se rendent dans un quartier de Douala pour filmer des supporteurs camerounais célébrant la victoire de leur équipe nationale, avant de regagner leur hôtel.

Les trois journalistes rentrent à l’hôtel et alertent la police. Qui ne vient pas

Arrivés le 5 janvier pour couvrir cette CAN dont l’Algérie est l’un des grands favoris, les trois journalistes s’installent au « Y », un hôtel à 50 euros la nuit, situé à Bonapriso, un quartier résidentiel plutôt paisible.

Couteaux de boucher

Mais le « Y » se trouve également non loin de New Bell, quartier de naissance de la star Samuel Eto’o, aujourd’hui président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), et lieu peu sûr pour qui n’en est pas familier.

Vers 22 heures, les trois journalistes quittent l’hôtel pour dîner en ville en empruntant un petit chemin qui mène vers l’avenue de l’Indépendance. Derrière un lampadaire anormalement éteint, trois hommes surgissent avec des couteaux de boucher et somment – en français – les trois Algériens de leur remettre leurs objets de valeur. Mehdi Amazigh Dahak chute et reçoit des coups de couteau au visage et au pied, heureusement sans gravité.

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Smail Mohamed est atteint de deux coups, l’un dans le dos, l’autre à la jambe, tandis que Mohamed Aissani en est quitte pour une grosse frayeur. Les trois assaillants s’emparent du passeport de Smail Mohamed, ainsi que de trois téléphones portables, avant de prendre la fuite en direction du quartier New Bell.

Selon le récit de l’un d’entre eux, les trois journalistes rentrent à l’hôtel et alertent la police. Qui ne vient pas. Ils approchent alors l’attaché de presse de la Fédération algérienne de football (FAF), qui informe aussitôt sa hiérarchie. Laquelle fait de nouveau prévenir la police. Cette dernière mettra plus d’une heure et demie avant d’arriver à l’hôtel pour entamer l’enquête. Mehdi Amazigh Dahak et Smail Mohamed sont conduits aux urgences.

« Hôtel non retenu »

Le reporter de « Compétition » a droit à trois points de suture pour chaque blessure. Dans la soirée, les trois victimes reçoivent la visite du président de la FAF et de l’ambassadeur d’Algérie au Cameroun, ainsi qu’un appel du chef de la diplomatie algérienne, Ramtane Lamamra.

Tout en évoquant « un événement déplorable », le ministère accuse les trois journalistes de légèreté

Les policiers ont interrogé les trois journalistes sur les circonstances de l’agression et récupéré les images de vidéo-surveillance. Mehdi Amazigh Dahak, qui a géo-localisé son téléphone le soir même dans un cimetière de New Bell, à 1 km de l’hôtel, déplore que les forces de l’ordre soient arrivées avec tant de retard et dénonce l’attitude passive du gardien de l’hôtel.

Assis sur une chaise non loin du lampadaire, le vigile a assisté tranquillement au guet-apens dans lequel sont tombés les trois journalistes sans réagir.

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« C’est une agression qui peut arriver à n’importe qui », relativise Mehdi, qui n’a pas vraiment apprécié la teneur du communiqué du ministère camerounais des Sports.

Tout en évoquant « un événement déplorable », le ministère accuse les trois journalistes de légèreté et de négligence pour avoir enfreint les règles en matière de sécurité et d’hébergement.

Le communiqué indique que les reporters algériens ont « privilégié un hôtel aux environs de la prison centrale de New Bell non retenu » par les autorités et les organisateurs de la CAN.

L’agression, qui a provoqué un tollé en Algérie, a été condamnée tant par la FAF que par la Confédération africaine de football (CAF), qui ont réclamé une enquête des autorités camerounaises. De son côté, Samuel Eto’o a présenté ses excuses aux journalistes algériens.

Le 10 janvier, la police a procédé à l’arrestation d’un suspect, tandis que des policiers armés étaient déployés autour de l’hôtel « Y » pour assurer la sécurité des journalistes qui y sont hébergés.