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D’où viennent les djihadistes

Pseudos et noms d’emprunt révèlent l’origine nationale ou les références historiques et religieuses des membres de « l’internationale al-Qaïda ».

Obligés de vivre dans la clandestinité et d’opérer sous diverses identités, au gré de documents de voyage souvent falsifiés, les membres du réseau al-Qaïda optent souvent pour des surnoms empruntés aux anciens héros de la conquête islamique (Abou Hafs, Abou Moussaâb, Abou Qatada, Abou al-Dardaa, Abou Maissara…). Forcément, le risque d’homonymie est grand. Pour se distinguer les uns des autres et mieux se reconnaître, les activistes rajoutent à leur « nom de guerre » celui de leur pays d’origine. Par exemple : Abou Moussab al-Souri (le Syrien), de son vrai nom Mustafa Setmarian Nasar, chef opérationnel d’al-Qaïda en Europe, dont le nom a été évoqué par les enquêteurs britanniques comme étant l’un des probables organisateurs des attentats de Londres, avant la découverte de la piste « pakistanaise ».
À ne pas confondre, bien sûr, avec l’autre Abou Moussab, al-Zarqaoui celui-là, de son vrai nom Ahmed Fadhil al-Khalaylah, chef du groupe al-Qaïda en Irak, et né à Zarka, en Jordanie.
Dans la nébuleuse djihadiste, on connaît aussi – au moins – trois Abou Hafs : al-Mauritani (le Mauritanien), de son vrai nom Mahfoudh Ould al-Walid, alias Khalid al-Chankiti, qui n’a rien à voir avec al-Misri (l’Égyptien), dont le réseau al-Qaïda en Europe porte le nom (Kataeb Abou Hafs al-Masri), et al-Libi (le Libyen). Les deux premiers sont morts en Afghanistan, le troisième, fin 2004, à Fallouja, en Irak.
Parmi les autres noms de guerre figurant sur les listes des terroristes djihadistes morts, détenus ou en fuite, citons deux Tunisiens : Seif Eddine al-Tounisi, de son vrai nom Nizar Nawar, auteur de l’attentat-suicide contre la synagogue de Djerba le 11 avril 2002, et Abou al-Dardaa al-Tounisi, mort à Fallouja fin 2004 ; deux Algériens : Abu Jafar al-Jazaïri et Abdel-Kader al-Jazaïri, ; deux Marocains : Malek al-Maghribi, de son vrai nom Abdellatif Mourafik, membre de la cellule espagnole d’al-Qaïda, Othman al Andaloussi, de son vrai nom Amer Azizi ; quatre Libyens : Abou Faraj al-Libi, Anas al-Libi, Ibn al-Cheikh al-Libi et Abd al-Mushin al-Libi ; trois Yéménites : Haïtham al-Yemeni, Abou Salah al-Yemeni, Abou Basir al-Yemeni ; deux Égyptiens : Abou Mohammad al-Masri et Abou Hamza al-Masri ; trois Irakiens : Abd al-Hadi al-Iraki, Abou Ahmad al-Iraki, Abou Maissara al-Iraqi ; un Palestinien : Abu Qatada al-Filistini ; un Qatari : Hamza al-Qatari ; et même un « Américain » : Abou-Ahmad al-Amriki, dont on connaît au moins quatre autres alias : Riadh Hijazi, Abou Ahmad al-Hawen, Rashid al-Maghribi et Abu-Ahmad al-Shahid.
Ces sortes de « brigades » djihadistes (interarabes et intermusulmanes) sont unies par la même détermination à libérer la terre d’Islam de l’occupation des troupes impies. Mais les origines diverses de leurs membres rappellent la composition multinationale des Brigades internationales. Quarante mille volontaires, qui, dès août 1936, aux premiers jours de la guerre civile en Espagne, quittent leur pays pour aller défendre la jeune République espagnole contre les troupes de Franco, soutenues par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Environ dix mille d’entre eux trouvent la mort dans cette aventure. Ils étaient originaires d’une cinquantaine de nations, dont la France, l’Union soviétique, les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni et même la Chine. Parmi eux des écrivains de renom : André Malraux, Jorge Semprún et Arthur London et le futur chancelier allemand Willy Brandt.
La comparaison entre les Brigades internationales d’hier et celles des djihadistes d’aujourd’hui s’arrête là : il existe davantage de différences que de points communs entre les deux. Les premières se revendiquaient multiraciales, multireligieuses et internationalistes. Leurs membres venaient d’horizons idéologiques divers, voire opposés : communistes se battant pour le triomphe du « prolétariat international », anarchistes, socialistes ou idéalistes opposés au fascisme. Organisés en armée régulière, ils opéraient au grand jour contre des ennemis identifiés – les franquistes -, qu’ils combattaient avec des armes conventionnelles. Utopistes à leur manière, ils rêvaient d’un monde de liberté, de fraternité et de justice. Leur cause était désespérée, mais ils étaient attachés à la vie.
Les brigades djihadistes, quant à elles, se réclament d’une religion unique, l’islam, et d’une seule idéologie, salafiste djihadiste. Elles sont organisées en cellules « dormantes », dissimulées au coeur des grandes métropoles. Invisibles, elles passent à l’action à tout moment, partout et nulle part. Leurs membres se battent avec des armes non conventionnelles, notamment les attaques terroristes et les attentats-suicides, contre des cibles majoritairement civiles, plus faciles à atteindre. Eux aussi combattants d’une cause perdue, ils ne montrent, en revanche, aucun respect pour la vie, pas plus la leur que celle des autres.

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