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Le sens d’un remaniement

Six ministères et trois secrétariats d'État ont changé de patron le 17 août. Pour des raisons très différentes.

Jeu de chaises musicales ou minirévolution de palais ? Le remaniement ministériel du 17 août a certes mis fin à un certain nombre de rumeurs, souvent fantaisistes, attisées par la nomination, le 19 juillet, de Raouf Najar, le ministre de l’Éducation et de la Formation, à la tête de l’ambassade de Tunisie en France. Mais il continue de susciter des interrogations dans les milieux politiques. Le précédent ne datait en effet que de neuf mois (le 10 novembre 2004, deux semaines après la réélection du président Ben Ali). Pourquoi donc ces changements ? Et pourquoi maintenant ?
Recevant Abdelwaheb Abdallah, le nouveau ministre des Affaires étrangères, le 29 août, au palais de Carthage, le président Ben Ali lui a, selon l’agence officielle TAP, recommandé de « parfaire la préparation des prochaines échéances internationales ». Celle, en particulier, du Sommet mondial de la société de l’information (SMSI), qui devrait se tenir à Tunis, à la mi-novembre. C’est l’un des dossiers délicats dont le nouveau ministre, qui est un homme de confiance de Ben Ali, devra s’occuper en priorité.
Juriste formé en France, Abdelwaheb Abdallah (65 ans) est une figure de proue du paysage médiatique. Dans les années 1980, il a notamment dirigé le quotidien progouvernemental La Presse, avant de se voir confier la direction de l’agence TAP, puis le ministère de l’Information. Après un bref passage à la tête de l’ambassade de Tunisie à Londres (1988-1990), il a fait son entrée au palais de Carthage, qu’il n’a plus quitté jusqu’à sa récente nomination. Porte-parole et ministre conseiller à la présidence, il se targuait d’être le seul proche collaborateur du chef de l’État à n’avoir jamais changé de numéro de téléphone, près de quinze ans durant. Outre le SMSI, à la préparation duquel il a été associé dès le départ, le nouveau chef de la diplomatie aura pour mission d’imprimer une nouvelle dynamique aux relations de la Tunisie avec l’Union européenne, après l’entrée en vigueur d’un Plan d’action proposé par Bruxelles.
La nomination de Kamel Morjane à la Défense, où il a remplacé Hedi Mhenni, nommé secrétaire général du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti au pouvoir, n’était pas vraiment attendue. Certains l’auraient bien vu aux Affaires étrangères… C’est en effet un diplomate confirmé, qui fut successivement ambassadeur en Suisse, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la RD Congo, numéro trois du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), puis candidat malheureux à la direction de cette agence onusienne (voir J.A.I. n° 2316). Au total, il aura passé vingt-huit ans dans les organisations internationales, avant d’entamer, à 57 ans, une carrière politique dans son propre pays. Originaire d’Hammam-Sousse, le village natal de Ben Ali, il est le fils de Kantaoui Morjane, qui fut gouverneur de Sousse au temps de Bourguiba. Certains n’excluent pas qu’après s’être familiarisé avec le travail gouvernemental dans un département, la Défense, réputé sans problème, il puisse se voir confier des missions plus conformes à ses aptitudes.
Reste à savoir qui, après la nomination d’Abdallah aux Affaires étrangères, aura la responsabilité du secteur de l’Information. S’agira-t-il de Rafaâ Dékhil, le nouveau ministre de la Communication et des Relations avec la Chambre des députés et la Chambre des conseillers ? Ce dernier, qui a installé ses bureaux dans le bâtiment abritant la Direction de l’information, aura-t-il sous son autorité l’Agence tunisienne de communication extérieure (ATCE) ? Si tel est bien le cas, comment exercera-t-il cette autorité au quotidien ? Les professionnels du secteur, qui espèrent un desserrement du contrôle exercé par l’État sur les médias, ne tarderont pas à être fixés.
La nomination d’Ali Chaouch aux Affaires sociales, à la Solidarité et aux Tunisiens à l’étranger, est également importante. Le nouveau ministre va en effet devoir relancer la très délicate réforme de l’assurance-maladie, actuellement dans l’impasse en raison de l’intransigeance des partenaires sociaux. Sa réputation d’homme à poigne (il fut ministre de l’Intérieur) pourrait l’y aider.
Les arrivées de Taieb Hadhri (Recherche scientifique, Technologie et Développement des compétences) et de Sadok Korbi (Éducation et Formation) n’ont sans doute pas de signification politique particulière. Pas plus que celles des nouveaux secrétaires d’État Slim Talatli (Mise à niveau du tourisme), Abderrazak Daaloul (Ressources hydrauliques et Pêche) et Omar el-Abed (Formation professionnelle). Ni même le come-back de Dali Jazi, qui remplace Abdallah Kallel, élu récemment président de la nouvelle Chambre des conseillers, à la tête du Conseil économique et social. Ces technocrates à la compétence reconnue ont tout simplement pour mission de redynamiser les secteurs – stratégiques pour la relance de l’économie – de l’éducation, de la formation professionnelle, du développement technologique et de la mise à niveau touristique.

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