Politique

Covid-19 : la Tunisie est-elle prête à affronter le variant Omicron ?

Le nombre de cas de Covid-19 continue d’augmenter malgré l’instauration d’un passe vaccinal. La Tunisie doit-elle craindre une vague de contaminations au variant Omicron ?

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Par - à Tunis
Mis à jour le 10 janvier 2022 à 16:41

Le président Kaïs Saïed remerciant des soldats pour leur aide dans la lutte contre le Covid-19, lors d’une visite dans un centre de vaccination à Radès, dans la banlieue sud de la capitale. © AFP

« 200 000 nouveaux cas dans les quinze jours. » C’est la prévision inquiétante d’un membre du Comité scientifique de lutte contre le coronavirus, le docteur Riadh Daghfous. Un chiffre annoncé ce 10 janvier et qui semblait inéluctable au vu du relâchement graduel après la levée du couvre-feu, le 24 septembre 2021, et la reprise du travail en présentiel. Alors que le 29 décembre, la Tunisie n’enregistrait aucun cas de Covid-19, 2579 ont été recensés ce 9 janvier.

Le nombre insuffisant de personnes vaccinées fait craindre une hausse des hospitalisations

La riposte vaccinale a quelque peu jugulé la poussée pandémique de juillet et août 2021. Les Tunisiens pensaient que le pire était derrière eux. Depuis le début de la crise, le virus a fait 25 665 décès, avec une moyenne de 7000 infections par jour en période de pointe. Une situation difficilement soutenable pour un pays de 12 millions d’habitants.

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Face à la pandémie, les gouvernements successifs ont opté pour des mesures de prévention timides afin de ne pas impacter des pans de l’économie. Mais le Covid-19 a fini par prendre le dessus, et il a fallu que le président Kaïs Saïed alerte les pays amis pour obtenir en urgence de l’oxygène et des équipements médicaux.

La campagne vaccinale a, elle, commencé sur le tard, en mars 2021. Elle n’aurait pu être menée sans l’aide internationale qui a assuré la disponibilité de quantités suffisantes de vaccins en complément de celles commandées par les autorités tunisiennes. À la fin de l’été 2021, la pandémie semblait vaincue, la victoire étant mise à l’actif du président.

Contrôle aléatoire du passe

En dehors des milieux médicaux, peu de responsables se sont réellement préparés au rebond de la pandémie, via le variant Omicron. Cette fois encore, le pays ne s’est pas prémuni et le nombre insuffisant de personnes vaccinées fait craindre une hausse des hospitalisations.

Malgré tous les efforts des blouses blanches, la mobilisation de l’armée et l’activation du programme Evax, seuls 59,1 % des Tunisiens ont reçu leur première dose et 51,1 % bénéficient d’un schéma vaccinal complet. En cause, des jeunes peu sensibilisés à la vaccination et une forme de lassitude chez les plus âgés devenus en quelque sorte fatalistes face au virus. « On peut vacciner les 12-15 ans mais les parents sont très prudents à ce sujet et craignent des conséquences futures sur leur santé », précise un médecin généraliste.

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L’obligation de rappels et l’instauration d’un passe vaccinal, qui n’ont pas été relayées par une communication efficace, finissent par agacer. D’autant que le contrôle du passe sanitaire, obligatoire depuis le 22 décembre, est laissé à la discrétion des établissements recevant du public.

« Au centre de Tunis, une banque ne fait aucun contrôle. En face, un magasin effectue même un recoupement du passe avec l’identité du porteur, tandis que dans le café d’un hôtel cinq étoiles voisin, on garde les portes ouvertes pour mieux aérer en plein janvier sans jeter un œil sur le sésame pourtant imposé par décret », s’étonne une publicitaire.

Les simulations du Comité scientifique confirment une reprise de la propagation virale

Entre les négligences et un mouvement anti-vax qui exerce diverses pressions sur les responsables politiques, la lutte contre la pandémie est dans le creux de la vague. Cela n’empêche pas les médecins de tirer la sonnette d’alerter sur la contamination par Omicron qui peut toucher rapidement le personnel hospitalier et diminuer le rendement des services.

Propagation dans les écoles

Hechmi Louzir, directeur général de l’Institut Pasteur; à Tunis, et président de la campagne nationale de vaccination contre le Covid-19, se veut néanmoins rassurant en rappelant que « comparativement à 2021, la Tunisie est équipée, le stock des vaccins et d’oxygène est suffisant ».

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Mais le Comité scientifique reste vigilant. Ses simulations confirment une reprise de la propagation virale. Il préconise la mise en place d’un couvre-feu et l’interdiction des rassemblements, tout en soulignant la nécessité d’un réel contrôle des passes sanitaires et des voyageurs aux frontières. Pour Jalila Ben Khelil, membre du comité, « ces dispositions sur une durée de trois semaines accompagnée d’une campagne de sensibilisation permettraient d’éviter l’encombrement des services et la fragilisation du système de santé ».

Déjà des écoles ferment pour propagation exponentielle des cas parmi les enfants et le personnel enseignant. Cela n’empêche pas certains d’estimer que la mise en place d’un couvre-feu et du passe est destinée à contenir l’agitation sociale et les manifestations du 14 janvier, célébrant le 11e anniversaire de la chute du régime de Ben Ali.