Économie

El-Mouhoub Mouhoud (Dauphine-PSL) : « La formation est aussi une stratégie de développement »

Spécialiste des politiques industrielles, le président de l’Université Paris-Dauphine PSL – qui compte un campus à Tunis – présente les ambitions de la grande école française et décrypte sans complaisance les grands enjeux commerciaux et stratégiques des pays africains.

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Mis à jour le 16 janvier 2022 à 16:39

El-Mouhoub Mouhoud, économiste et président de l’Université Paris Dauphine-PSL. © Vincent Fournier pour Jeune Afrique

Spécialiste des stratégies industrielles, du commerce international et de l’impact des migrations, El-Mouhoub Mouhoud est docteur en économie de l’Université Paris I-Sorbonne et agrégé des facultés de sciences économiques. Né en Algérie (Kabylie) en 1960 et arrivé en France à l’âge de 10 ans, cet économiste et chercheur a été élu en décembre 2020 président de l’Université Paris Dauphine – PSL.

Établissement sélectif centré sur les sciences des organisations et de la décision (mathématiques, informatique, économie, gestion, droit…), Dauphine-PSL est l’un des membres fondateurs de Paris Sciences et Lettres, avec l’École normale supérieure, le Collège de France, l’Observatoire de Paris et l’école des Mines ParisTech. Ce groupement d’enseignement supérieur français figure, depuis 2018, dans le top 50 mondial des universités dans le classement de Shanghai et dans celui du Times Higher Education.

Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le président de Dauphine-PSL revient en détail sur les atouts et les ambitions de son université ainsi que sur sa stratégie à l’international, notamment dans le bassin méditerranéen. Il analyse également les points forts et les faiblesses des stratégies d’industrialisation des pays africains, la place de la formation dans toute politique de développement, les relations Nord-Sud, les enjeux de la révolution verte, la mise en place effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et la nécessaire révision de certains accords commerciaux conclus par les États du continent. Tour d’horizon des priorités de l’Afrique durant cette phase de transition de « l’hypermondialisation » à la « mondialisation décarbonée ».

Nous voulons faire de Dauphine-Tunis un hub régional

Jeune Afrique : Vous bouclez votre première rentrée en tant que président de l’Université Paris Dauphine-PSL, dans un contexte marqué par la crise du Covid-19 et les restrictions qui en ont découlé. Comment l’avez-vous vécu et comment abordez-vous la nouvelle année universitaire ?

El-Mouhoub Mouhoud : Face à la crise sanitaire, nous avons immédiatement pris les choses en main pour essayer de faire revenir nos étudiants sur l’ensemble de nos sites.  L’enseignement à distance est un outil appréciable, mais il ne sera jamais un substitut du transfert de savoirs en face-à-face, à l’exception de certains cours à grands effectifs. Nous avons innové et sollicité des chercheurs en sciences de l’information et en recherche opérationnelle pour trouver des moyens de retour sur site qui diminuent les risques épidémiques en optimisant les flux (cantine, restauration…).

Vous avez évoqué les campus à l’étranger. Que représentent-ils dans la stratégie de Dauphine-PSL ?

L’internationalisation est au cœur de notre stratégie scientifique et pédagogique. Nous avons la chance inouïe de posséder deux campus à l’international, l’un à Londres et l’autre à Tunis ; un autre encore en immersion à l’Université Carlos III de Madrid. À partir du campus londonien, nous voulons renforcer notre attractivité internationale notamment en direction des étudiants anglophones et asiatiques.

Ce qui compte pour nous, c’est de recruter les meilleurs étudiants

En ce qui concerne Dauphine-Tunis, notre premier objectif est d’en faire un hub régional. Nous voulons sortir de la logique bilatérale avec les pays d’Afrique du Nord et renforcer les ambitions de la région en construisant des ponts, d’une part entre le Maghreb et le Moyen-Orient, et d’autre part avec l’Afrique subsaharienne.