Politique

Maroc : qui sont Dounia et Adnane Filali, ces étranges youtubeurs qui demandent l’asile politique en France ?

Arrivé en France fin juillet, le couple a demandé l’asile politique. Mais ses prises de position très controversées pourraient bien avoir raison de leur projet.

Mis à jour le 7 janvier 2022 à 19:31

© Dounia et Adnane Filali

Libération, Tv5 Monde, France 24… depuis début janvier, les médias français s’emballent pour le couple d’influenceurs marocains Dounia et Adnane Filali. Arrivés en France fin juillet 2021, après plus de 4 ans passés à Hong Kong puis en Chine, à Shenzhen, ils ont décidé de demander l’asile politique : en effet, ils soutiennent dans leurs vidéos que leur vie est en danger, se disant « menacés et harcelés » par les autorités marocaines, à la suite de posts où ils se montrent critiques de la monarchie, et tout particulièrement du roi.

Dounia Filali commente l’actualité marocaine avec une prédilection pour les sujets sur la corruption

«Notre seul problème, c’est Mohammed VI, semblable à Louis XIV, au roi Soleil. Il concentre tous les pouvoirs», affirme d’ailleurs dans les colonnes du quotidien Libération la jeune femme, dont la chaine Youtube comptabilise plus de 277 000 abonnés.

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Une chaîne créée après leur installation en Chine, en 2017, et où Dounia Filali, née Moustaslim, commente, en darija, l’actualité marocaine. Avec une prédilection pour les sujets sur la corruption, et les interviews de personnalités pour le moins sulfureuses telles que l’ancien boxeur Zakaria Moumni ou encore l’ex-bâtonnier et avocat des droits de l’Homme sous le règne de Hassan II, Mohamed Ziane.

Zones d’ombre

Si Adnane Filali est connu dans les milieux médiatiques, son père n’étant autre que Mohamed Filali, ancien patron de presse à la tête dans les années 1980-1990 de plusieurs supports « trash » aux méthodes parfois douteuses tels que le journal satirique Akhbar Souk, Al Ousboue Siyassi, Kikh Kikh… et son oncle Abdeljalil Fenjiro, ancien patron de l’agence officielle MAP, on sait peu de choses sur son épouse, Dounia, inconnue jusqu’à la création de sa chaîne Youtube.

Se présentant tous deux sur leurs comptes Twitter et Instagram comme « journalistes indépendants », ils n’ont pourtant jamais exercé dans un média, ni au Maroc, ni à l’international.

De nombreuses zones d’ombres planent sur leur parcours : leur choix de s’installer en Chine, les pressions et menaces qu’ils disent subir, ainsi que certaines de leurs prises de positions — notamment sur les juifs, à propos desquels Adnane Filali a déclaré dans une vidéo « il y a beaucoup de juifs dans les médias (en France, ndlr), c’est peut-être à cause de ça, par rapport à certains sionistes qui sont dans les médias, qu’on attaque beaucoup l’islam ».

Pour Adnane Filali, le Hezbollah est « l’une des seules armées libres et juste sur cette planète »

Adnane Filali ne cache pas non plus ses sympathies pour le Hezbollah, dont le Youtubeur, qui a grandi à Rabat, écrit sur Facebook en 2015 que « c’est l’une des seules armées libres et juste sur cette planète, avec l’armée iranienne ». Sur d’autres photos exhumées après leur demande d’asile, on voit le couple posant en faisant le geste de la quenelle, popularisé par le comédien controversé Dieudonné et associé à une gestuelle antisémite.

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Autant de points qui gagneraient à être clarifiés, et sur lesquels le couple d’influenceurs a jusqu’alors refusé de s’expliquer. Contactés par Jeune Afrique, ils n’ont pas répondu à nos questions, se contentant de marteler au téléphone qu’ils combattent l’État marocain, considéré par eux comme un « État criminel ».

À propos de leur demande d’asile, le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme a décidé de saisir l’Ofpra

Pendant ce temps, leurs vidéos, qui cumulent plusieurs millions de vues, continuent d’alimenter la polémique. Au Maroc, c’est le ton très véhément vis-à-vis du régime et du monarque qui leur attire les foudres des réseaux sociaux…

De son côté, en France, le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA) a diffusé un communiqué déclarant qu’il a « décidé de saisir l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) par lettre recommandée pour lui demander de refuser d’accorder un quelconque asile en France ni aucune protection », considérant « qu’il serait inconcevable et incohérent que ces individus qui insultent la France y soient protégés et accueillis. »

Association réputée proche de la droite israélienne, la BNVCA a par ailleurs annoncé avoir déposé plainte contre le couple Filali pour « incitation à la haine et « danger à l’ordre public ».