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Le Mali face aux sanctions de la Cedeao

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Politique

Le Mali va-t-il écoper de lourdes sanctions économiques ?

En affirmant vouloir prolonger la transition de cinq années supplémentaires, les autorités maliennes se sont aliéné une large partie de la communauté internationale. Les dirigeants de la Cedeao, qui se réunissent dimanche à Accra, n’excluent pas de sévir.

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Mis à jour le 8 janvier 2022 à 21:26

Assimi Goïta, le président de la transition malienne, le 24 août 2020, à Bamako. © AP Photo/Baba Ahmed

Pas moins de quatre pays visités en quelques jours et des rencontres avec plusieurs dirigeants ouest-africains. L’année démarre sur les chapeaux de roues pour Abdoulaye Diop. À la veille d’un sommet capital de la Cedeao sur la transition au Mali, qui doit se tenir le dimanche 9 janvier à Accra, le ministre malien des Affaires étrangères use de tous les canaux pour tenter de convaincre la sous-région d’accepter la feuille de route proposée le 31 décembre à l’issue des « assises nationales de la refondation », par le président Assimi Goïta.

« Un quinquennat »

Ce chronogramme, décliné sous la pression de la Cedeao qui, depuis le mois d’octobre, demandait à Bamako de clarifier ses intentions, ne répond pas aux engagements pris par les putschistes dans la charte de la transition adoptée en septembre 2020. Sans surprise, les dirigeants ouest-africains sont en total désaccord avec l’allongement de la transition et avec ces cinq années supplémentaires, que beaucoup comparent déjà à « un quinquennat ». 

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L’un des premiers à être monté au créneau est Alassane Ouattara. Le chef de l’État ivoirien a reçu Abdoulaye Diop en audience, le 3 janvier, et n’a pas caché son mécontentement, opposant un « non » catégorique au nouveau chronogramme. Devant l’importante délégation malienne qui avait fait le déplacement jusqu’à Abidjan, Ouattara a qualifié l’allongement de la transition de « plaisanterie ». 

Abdoulaye Diop a néanmoins continué de plaider sa cause dans la sous-région. Il s’est rendu en Sierra Leone pour s’entretenir avec le président Julius Maada Bio, puis au Burkina Faso pour rencontrer Roch Marc Christian Kaboré. Le 6 janvier, c’est à Alger qu’il a posé ses valises, avant d’échanger avec son homologue et « frère » Ramtane Lamamra, qu’il connaît bien.

Le calendrier proposé est une base qui permet d’ouvrir aux négociations

Ce ballet diplomatique sera-t-il suffisant pour épargner à Bamako les foudres de la Cedeao ? « Les autorités de la transition préparent le sommet d’Accra avec sérénité, assure à Jeune Afrique un membre du Conseil national de transition (CNT). Ces derniers jours, une mission a été envoyée auprès des chefs d’État pour les informer que le calendrier proposé est une base qui permet d’ouvrir les négociations. »

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Devant le tollé, Bamako a essayé de calmer le jeu ces derniers jours en répétant que cet allongement de cinq ans n’était pas définitif et constituait « une base pour la négociation ». La Cedeao, qui a jusqu’à présent défendu une ligne ferme sur la durée de la transition, sera-t-elle prête à faire des concessions ?

Une question de crédibilité

Ce qui va se jouer à Accra, c’est autant l’avenir de la transition au Mali que la crédibilité politique de l’organisation sous-régionale. Depuis le début de la crise malienne, qui a débuté avec le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020, la Cedeao a montré ses limites.

Voulant épargner aux Maliens des sanctions économiques qui les auraient durement frappés, les dirigeants ouest-africains ont fait preuve de retenue vis-à-vis des colonels putschistes. Dix huit mois plus tard, et alors qu’ils avaient promis de laisser le pouvoir à un civil, ces derniers semblent avoir fait basculer le rapport de force en leur faveur.

Les militaires maliens vont-ils de nouveau faire fi des exigences de la Cedeao et tenter de pousser leur avantage ? Un diplomate ouest-africain nous confie que « cette fois-ci, les dirigeants de la sous-région sont prêts à prendre des sanctions économiques lourdes contre le Mali sur une période d’au moins six mois ».

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Selon nos sources, ils n’excluent pas de saisir l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour lui demander de placer le Mali sous le contrôle de la BCEAO. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) planche actuellement sur un régime de sanctions. D’ailleurs, le 9 janvier à Accra, se tiendra aussi une réunion des chefs d’État de l’UEMOA.

Le Sénégalais Macky Sall, le Nigérien Mohamed Bazoum (qui a toujours été très critique à l’égard des colonels maliens), le Nigérian Muhammadou Buhari et le Ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la Cedeao, risquent fort de partager la même appréciation de la situation que la Côte d’Ivoire.

Bamako, qui ne compte que peu d’alliés dans la sous-région, devra sans nul doute revoir ses ambitions au risque de se retrouver complètement isolé, tant sur le plan économique que diplomatique. La Cedeao, qui a perdu toute confiance en Assimi Goïta, n’est pour l’instant pas prête à lui concéder plus de six mois supplémentaires.