Politique

Tunisie-Libye : Baghdadi Al-Mahmoudi prépare sa riposte judiciaire

Aujourd’hui libre, l’ancien chef de gouvernement de Mouammar Kadhafi, emprisonné en Libye après avoir été extradé par la Tunisie, s’apprête à porter plainte contre Tunis.

Réservé aux abonnés
Par
Mis à jour le 7 janvier 2022 à 15:25

L’ancien Premier ministre libyen lors de son procès à Tripoli le 12 novembre 2012. © Imago/Panoramic

Bien que Baghdadi Al-Mahmoudi ait pris ses distances avec la politique, ses proches sollicitent régulièrement son avis à propos des questions libyennes. Cet ancien médecin qui vit désormais aux Émirats arabes unis est maintenant libre de circuler, notamment en Europe.

Condamné à mort en 2015, il doit d’avoir la vie sauve à sa santé précaire, après près de huit ans de réclusion, de 2011 à 2019. Mais il n’oublie pas que son extradition de Tunis vers Tripoli en 2012 est à l’origine de ses déboires et compte porter plainte contre la Tunisie à travers les instances libyennes ainsi qu’auprès de la Cour pénale internationale, entre autres.

Pressions

À l’époque de la débâcle du régime de Kadhafi, en 2011, il avait été arrêté en Tunisie pour avoir franchi illégalement la frontière. Selon sa défense, qui dit en avoir apporté la preuve, il était muni de tous ses documents de voyage et s’apprêtait à se rendre en Algérie. Mais il avait tout de même été maintenu à la prison de Mornaguia, à Tunis, en septembre 2011, selon la volonté de Béji Caïd Essebsi, alors Premier ministre du gouvernement de transition tunisien.

L’homme devient l’objet de tractations entre les islamistes tunisiens et les révolutionnaires libyens

Le patron de la Kasbah cherchait à camoufler l’affaire Khouildi Hamidi, ancien compagnon d’armes de Kadhafi et ex-chef du renseignement libyen, qui était entré illégalement sur le territoire tunisien et avait été très peu inquiété par les services du pays après avoir tenté de rejoindre Casablanca. De son côté, Tripoli avait mal perçu que ce dignitaire de premier plan de l’ancien régime ait été relâché.

Baghdadi Al-Mahmoudi continue de jouer de malchance par la suite. Les élections portent Ennahdha au pouvoir à Tunis et l’homme devient alors l’objet de tractations entre les islamistes tunisiens et les révolutionnaires libyens. Said Ferjani, actif dans le premier cercle de Rached Ghannouchi, le président d’Ennahdha, a publiquement reconnu avoir participé à une rencontre à Paris avec des représentants de Tripoli afin d’exercer des pressions sur Mahmoudi et obtenir de lui les numéros de comptes en banque secrets de l’ancien pouvoir libyen.

À Lire Tunisie : Baghdadi Mahmoudi extradé vers la Libye sans l’accord du président Marzouki

Baghdadi Al-Mahmoudi n’en dira mot. En juin 2012, en dépit de tous les accords internationaux signés par la Tunisie et le refus d’extradition qui prévaut quand le risque de mauvais traitement est réel et que la peine de mort est appliquée par le pays demandeur, il est remis aux autorités libyennes par le gouvernement de Hamadi Jebali, sans même que le président Moncef Marzouki en soit informé. Détenu dans des conditions jugées inhumaines, il a engagé auprès de la justice tunisienne, via ses avocats, une plainte contre la Tunisie. Mais ce dossier, présenté au pénal depuis 2015, n’a pas bougé d’un iota.

Cela motive Baghdadi Al-Mahmoudi, qui a refusé malgré le soutien d’une vieille garde kadhafiste d’être candidat aux élections en Libye, à réclamer justice auprès d’instances internationales. Une démarche qui coïncide en Tunisie avec une remise en question de la Justice, due à la perte d’influence des islamistes et à la volonté du président Kaïs Saïed de refondre totalement l’institution.