Politique

Côte d’Ivoire : comment Alassane Ouattara a trouvé un poste à Marcel Amon Tanoh

La nomination de l’ancien ministre des Affaires étrangères au Conseil de l’entente est le fruit de plusieurs mois de discussions menées par Alassane Ouattara. Explications.

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Mis à jour le 6 janvier 2022 à 17:48

Marcel Amon Tanoh est désormais secrétaire exécutif du Conseil de l’Entente. © Issam Zejly

Marcel Amon Tanoh s’est installé le 4 janvier dans ses nouvelles fonctions de secrétaire exécutif du Conseil de l’entente, institution sous-régionale basée à Abidjan, dont les membres sont la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Bénin et le Niger. Il succède à Patrice Kouamé, un autre « ami » d’Alassane Ouattara (ADO), avec lequel ce dernier a travaillé à la BCEAO ainsi qu’au sein du gouvernement de Félix Houphouët-Boigny, de 1990 à 1993.

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« Selon le chef de l’État, il pourra dynamiser l’organisation et lui donner plus de visibilité », soutient-on du côté de la présidence ivoirienne, au sein de laquelle personne n’a été surpris par cette nomination. La cérémonie d’installation a été présidée par Alcide Djédjé, le ministre de l’Intégration africaine et de la Diaspora.

Ce qui n’est pas anodin, les deux hommes se connaissant bien. Marcel Amon Tanoh avait réhabilité cet ancien cacique de l’ère Laurent Gbagbo tombé en disgrâce à l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir en 2011. Depuis plusieurs mois, ce dernier réfléchissait à trouver un poste (d’abord à l’étranger) à son vieil ami de trente ans.

Système onusien

Le président ivoirien négociait avec certains de ses pairs pour trouver un point de chute à son ancien collaborateur, qui lui avait fait défection en 2019 pour contester le choix de l’ex-Premier ministre Amadou Gon Coulibaly comme candidat du parti présidentiel, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Marcel Amon Tanoh avait rejoint l’opposition en réponse à l’appel à la désobéissance civile, qui s’était ensuivi de la mort de 85 personnes et de dégâts matériels.

Au départ, ADO semblait plutôt réticent à lui pardonner. Mais, en juillet dernier, il l’avait finalement reçu en audience et Marcel Amon Tanoh s’était excusé.

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Puis, en septembre, en marge de l’Assemblée générale annuelle des Nations unies, à New York, Alassane Ouattara avait dépêché Kandia Kamissoko Camara, sa ministre des Affaires étrangères, auprès d’António Guterres, le secrétaire général de l’ONU. Objectif : négocier un poste pour Marcel Amon Tanoh. Les autorités ivoiriennes avaient sollicité le soutien de la France dans cette démarche. L’ambassadeur de Côte d’Ivoire auprès des Nations Unies, Houadja Adom, un ami d’enfance de l’ancien ministre, avait quant à lui été mandaté pour suivre de près l’évolution de la demande ivoirienne.

Discussions parallèles

Dans le même temps, d’autres discussions s’étaient poursuivies, portant notamment sur de hautes fonctions politiques en cours de création, ou encore sur celle de représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en Afrique centrale, occupée par l’ancien Premier ministre guinéen François Louncény Fall depuis 2017. Mais ce dernier a défendu son poste, tandis que la procédure aux Nations unies s’éternisait.

C’est alors qu’Alassane Ouattara a préféré proposer à ses homologues du Conseil de l’entente, présidé par le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, la candidature de Marcel Amon Tanoh au poste de secrétaire exécutif. Après son accession au pouvoir en 2011, le chef de l’État avait décidé de faire revivre cette institution sous-régionale, la plus vieille d’Afrique de l’Ouest, fondée en 1959 par Félix Houphouët-Boigny.

Ce qui était au départ une organisation à vocation politique et solidaire s’est alors transformé en institution de développement économique et de coopération. Principalement financée par la Côte d’Ivoire, elle est dotée d’un budget-programme de 12 milliards de F CFA (18,3 millions d’euros) sur la période 2021-2025.