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Cet article est issu du dossier «Les miniers, de si mauvais voisins ?»

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Économie

Cours de l’or : il baisse, baisse, baisse

La mine aurifère de Kibali, dans la région d'Ituri, en RDC. © Randgold

Depuis des mois, les cours de l'or dégringolent. Les groupes aurifères ont trop produit, et à des coûts trop élevés. Une restructuration de la filière paraît inévitable.

« L’industrie minière aurifère doit se réinventer. Pendant dix ans, la plupart des groupes actifs dans l’or ont entretenu les attentes irréalistes de leurs actionnaires et des gouvernements des pays dont ils exploitent les gisements. Ils ont fait comme si la hausse des prix du précieux métal jaune n’allait pas s’arrêter ! Jamais l’industrie n’avait autant produit d’or que pendant les deux trimestres de l’année dernière ! Le marché a été saturé », regrette Mark Bristow. Pour ce Sud-Africain, président de la compagnie Randgold, présente au Mali, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et en RD Congo, l’heure de la restructuration de la filière a sonné. Et elle sera particulièrement douloureuse en Afrique.

Valeur refuge

Avec la persistance d’une inflation réduite en Occident, l’amélioration de la situation économique dans les pays émergents et le resserrement de la politique monétaire américaine, l’or a perdu son statut de valeur refuge. Résultat : son cours est passé de 1 650 à 1 220 dollars l’once entre le début et la fin de l’année 2013. Aujourd’hui, la plupart des compagnies réduisent leurs dépenses (y compris d’exploration) et licencient.

Même les deux premiers producteurs du globe, Barrick Gold, actif en Tanzanie, et Newmont Mining, fortement présent au Ghana, ont péché par optimisme : ils ont bâti leurs plans de développement sur des cours respectifs de 1 500 et de 1 400 dollars. Ils doivent à présent réduire leurs ambitions. L’un et l’autre ont d’ores et déjà annoncé qu’ils reverraient leurs réserves à la baisse de respectivement 7,6 % et 10 % en abandonnant certains projets jugés insuffisamment rentables.

Typologie des acteurs

JA2768p126-1 infoPour Nivaash Singh, analyste chez le sud-africain Nedbank, il faut distinguer les différents producteurs d’or en trois groupes : « Le premier, composé d’entreprises comme Newmont Mining, Barrick Gold, Goldcorp, AngloGold Ashanti ou encore Gold Fields qui arrivent à maintenir des coûts de production inférieurs à 800 dollars l’once. Pour eux, pas de risque majeur, estime-t-il.

Viennent ensuite les producteurs dont les coûts oscillent autour de 1 000 dollars l’once et qui sont concernés en premier lieu par la faiblesse des cours. Il s’agit par exemple de Harmony, Sibanye Gold, DRD Gold ou encore Dundee. Et enfin, il y a les entreprises dont les projets ne sont pas encore en phase d’exploitation. Celles-là sont en danger. Non pas à cause d’un éventuel coût élevé de l’exploitation, mais parce qu’elles ne peuvent pas lever de capitaux, le prix de l’action étant fortement corrélé au cours de l’or », précise-t-il.

Une situation confirmée par Mark Bristow : « Il n’y a plus d’argent sur les marchés. Heureusement pour nous, notre endettement est réduit, et les pics d’investissements sur notre mine de Kibali en RD Congo – qui doit produire 18 tonnes par an – sont passés », fait-il valoir, précisant au passage que les coûts de production y sont de seulement 650 dollars l’once (hors coûts du capital, qui s’élèvent à 150 dollars l’once).

Afrique de l’ouest

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En Afrique francophone, la situation de la filière aurifère est particulièrement préoccupante au Burkina Faso. « Ce pays s’est hélas lancé tardivement dans l’industrie, et la taille de ses gisements est petite », observe Mark Bristow.

Les juniors (petites compagnies) du pays ont vu leurs cours fondre comme neige au soleil, telle la Semafo, détentrice de la mine de Mana, dont la valeur de l’action à Toronto, qui atteignait 9 dollars en 2010, est descendue à 3,3 dollars le 20 janvier.

Une situation qui prive les sociétés de capacité d’autofinancement. De fait, la Chambre des mines du Burkina Faso a envoyé en juillet dernier une note alarmiste au ministère des Mines, lui demandant de revoir les taxes appliquées. Elle fait état de licenciements chez les neufs producteurs d’or que compte le pays, avec 500 emplois perdus en 2013.

Chez le voisin malien, la situation est plus contrastée : AngloGold Ashanti a arrêté en septembre dernier l’exploitation de sa mine de Yatela, mais Randgold indique que ses gisements de Loulo et de Morila gardent des coûts de production attractifs, respectivement de 700 et 800 dollars l’once.

En matière d’exploration, l’activité s’est toutefois réduite partout en Afrique de l’Ouest francophone, à l’exception notable de la Côte d’Ivoire, qui, du fait de la crise politique et sécuritaire, avait été oubliée par les juniors. En décembre dernier, la société Amara Mining a par exemple annoncé l’identification à Yaouré, au centre du pays, d’un gisement de 6 millions d’onces d’or (environ 180 tonnes).

Moral en berne

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Ailleurs en Afrique, le moral est en berne, au Ghana, dont les mines sont vieillissantes, mais aussi au Kenya et en Tanzanie. Quant à l’Afrique du Sud, le pays reste empêtré dans des discussions tendues avec les syndicats, alors que les mines d’or sud-africaines, dans leur grande majorité souterraines et âgées, présentent des coûts d’exploitation élevés.

D’après les analystes, le rebond des cours de l’or n’est pas pour demain : la plupart d’entre eux s’attendent, en 2014, à un cours situé entre 950 et 1 170 dollars l’once. La demande asiatique, qui aurait pu relancer les prix, reste insuffisante. La mise en place en 2013 de nouvelles barrières à l’entrée du marché indien, grand consommateur de métaux précieux pour la joaillerie, limite son impact. Quant au marché chinois, en forte hausse, il n’est pas encore suffisant pour faire à lui seul remonter les cours, qui devraient stagner cette année.

D’après Mark Bristow, « pour résister à la crise, il faudra impérativement que les compagnies aurifères adoptent un langage de vérité vis-à-vis des populations locales, des gouvernements et des actionnaires, dont les préoccupations concernent le court terme. Seuls les groupes qui parviendront, sur leurs projets, à créer une coalition avec ces différents acteurs en sortiront grandis », estime le Sud-Africain.

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