Politique

Qatar : dix choses à savoir sur Abdullah Mohammed al-Jaber, le « Monsieur Afrique » de l’émirat

Nommé en décembre à la tête du département Afrique du ministère des Affaires étrangères, le diplomate est chargé d’étendre les réseaux du Qatar sur le continent. Et, dans ce domaine, Doha part presque de zéro.

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Mis à jour le 12 janvier 2022 à 10:45

Abdullah bin Hussein Mohammed al-Jaber, nouveau directeur du département Afrique du ministère des Affaires étrangères qatarien. © UN Photo/ICJ-CIJ/Frank van Beek

1. Technocrate

Ayant effectué toute sa carrière au sein du ministère qatarien des Affaires étrangères, Abdullah bin Hussein Mohammed al-Jaber est un technocrate qui en connaît tous les rouages administratifs, des départements protocolaires ou consulaires aux départements stratégiques tels que celui des affaires du Conseil de coopération du Golfe ou ceux des affaires européennes et américaines.

2. Diplomate de carrière

Né en 1958, il étudie les sciences politiques à l’université du Caire en 1979, puis à la Western Michigan University (États-Unis) où il obtient une maîtrise en 1986. Son parcours classique de diplomate « de confiance », selon les mots d’Andreas Krieg, professeur associé au King’s College de Londres et spécialiste du Moyen-Orient, l’a amené de la Mauritanie à l’Inde en passant par les Philippines et la Hongrie. Il a aussi fait partie du cabinet du ministre Khaled Ben Mohammed al Attiyah dans les années 2010.

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3. Union africaine

Passé par les délégations permanentes de New York et de Genève, ainsi qu’à La Haye – son dernier poste à l’étranger avant sa nomination au département –, il est familier des dossiers multilatéraux, ce qui est un atout pour Doha, qui veut consolider ses entrées au sein de l’Union africaine.

Son prédécesseur n’avait jamais été en poste en Afrique

4. Afrique du Sud

Son prédécesseur, Abdulrahman Mohammed al-Dosari, n’aura pas laissé un souvenir impérissable à ses interlocuteurs africains en cinq ans à la tête du département. Et il n’avait jamais été en poste en Afrique. Abdullah Hussein al-Jaber présente pour sa part l’avantage de posséder une expérience du continent, lui qui fut ambassadeur en Afrique du Sud entre 2017 et 2019. Une période néanmoins trop courte pour nouer des réseaux vraiment substantiels.

5. « Parent pauvre »

Ce changement au sein du département reste un exercice administratif et ne constitue pas un signal particulier pour l’Afrique, en dépit du CV sans faute de son directeur, puisque les décisions stratégiques demeurent impulsées par le conseil de l’émir. L’ex-chef de mission prend en outre la tête d’un département manquant de moyens humains, composé d’« une dizaine tout au plus » de fonctionnaires, et « faisant figure de parent pauvre de la diplomatie qatarienne », explique Benjamin Augé, spécialiste du Moyen-Orient.

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6. Sur 47 fronts

Contrairement à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, le Qatar n’a pas de vice-ministre en charge de l’Afrique. Abdullah bin Hussein Mohammed al-Jaber est donc le seul « Monsieur Afrique » de l’émirat. Son département couvre pas moins de 47 pays – n’incluant pas les pays d’Afrique du Nord, la Mauritanie, l’Égypte ni le Soudan, qui relèvent des compétences du département des Affaires arabes – , et chapeaute une trentaine d’ambassades.

7. Homme de défis 

Conscient du retard qu’il accuse en termes de présence et d’influence en Afrique par rapport à ses voisins – réconciliés mais toujours rivaux – du Golfe, le Qatar entreprend d’y ajuster sa stratégie. Le nouveau chef du département des Affaires africaines aura la lourde tâche de mettre en œuvre un virage diplomatique et de « développer davantage les réseaux » de l’émirat en Afrique subsaharienne, selon Andreas Krieg.

Le nouveau directeur s’assurera de développer les relations du Qatar avec le Rwanda

8. Médiateur 

Fort de son expérience multilatérale, l’ambassadeur al-Jaber pourrait tenter d’incarner la diplomatie de médiation à laquelle le Qatar tente de revenir, au lendemain de la séquence afghane. Par le passé, Doha s’est posé – avec un succès contrasté – en médiateur dans plusieurs conflits du continent (Soudan-Érythrée, Darfour, Somalie).

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9. Stratégique

Le nouveau « Monsieur Afrique » a pour atout d’être passé par Pretoria, l’une des premières économies africaines et pays clé pour l’émirat. Or, la stratégie qatarienne sur le continent est marquée par une forte logique économique, qui s’articule autour de deux secteurs d’investissements prioritaires, selon Brendon Novel, spécialiste des relations Golfe-Afrique rattaché à l’université de Montréal : l’énergie et la sécurité alimentaire.

10. Tous azimuts

Si la zone prioritaire pour le Qatar reste la Corne de l’Afrique, le nouveau directeur s’assurera également de développer les relations de l’émirat avec le Rwanda, État pivot dans sa stratégie vers l’Afrique de l’Est (le Qatar envisage d’y installer son futur fonds Afrique), ainsi que la Côte d’Ivoire, territoire pivot de celle vers l’Ouest. Deux pays où l’émirat investit dans des secteurs stratégiques (aérien, tourisme, énergie, etc.).