Politique

Mali : Assimi Goïta saura-t-il adoucir la Cedeao ?

Vendredi, le président malien devait se rendre à Accra pour tenter de convaincre Nana Akufo-Addo, président en exercice de la Cedeao, de ne pas alourdir les sanctions contre son pays suite aux résolutions des Assises nationales préconisant un report de la présidentielle.

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Mis à jour le 31 décembre 2021 à 22:18

Assimi Goïta, à Bamako, le 24 octobre 2021. © Harandane Dicko/AP/SIPA

« Il y a eu une grande mobilisation et un grand engouement des Maliens qui se sont exprimés de manière totalement libre », se réjouit Me Abdourahmane Touré qui a participé aux travaux des Assises nationales de la refondation pour le compte de la société civile.

Lancées le 11 décembre, ces consultations qui ont eu lieu dans plusieurs communes et cercles du pays, se sont closes, jeudi 30 décembre, par un texte demandant le report des élections prévues le 27 février, dans un délai compris entre « six mois et cinq ans ». « Les participants se sont prononcés pour la prorogation de la transition afin de pouvoir réaliser les réformes institutionnelles structurantes et permettre des élections crédibles, équitables et transparentes », peut-on lire dans un document qui liste les différentes recommandations de ces assises.

Malgré les pressions de la communauté internationale, la junte, dirigée par le colonel Assimi Goïta, avait déjà fait savoir à la Cedeao être dans l’incapacité d’organiser des élections d’ici fin février 2022. Elle avait fait de ces Assises un préalable à tout scrutin et promis de mettre en œuvre les recommandations qui en seraient issues.

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Nouveaux partenariats militaires

Outre la prorogation de la transition militaire, les Assises recommandent l’élaboration d’une nouvelle Constitution, la révision de la loi électorale et la «[dissolution] de toutes les milices [afin de] les intégrer dans l’armée malienne». « Nous avons restitué la volonté des Maliens. Il reviendra aux autorités politiques de négocier avec la Cedeao et de dégager un calendrier sur la base de ce qu’elles pensent être prioritaire dans la fourchette du délai minimum de six mois et maximum de cinq ans proposé », affirme Abdourahmane Touré.

Les Assises préconisent aussi le « développe[ment] de nouveaux partenariats militaires avec des puissances militaires », un point qui pourrait crisper encore un peu plus les relations entre le régime malien et la France, alors que l’arrivée de mercenaires russes affiliés à la nébuleuse Wagner est évoquée avec de plus en plus d’insistance.

Un moyen de proroger la transition ?

Face à ces recommandations, de nombreux acteurs politiques, tels que l’ancien Premier ministre Moussa Mara, se montrent circonspects. À l’instar d’autres formations politiques et organisations de la société civile, son parti, Yelema, avait appelé au boycott des Assises.

Techniquement, la date du 27 février 2022 n’est de toute façon pas tenable

« Nous avons décliné la participation à ces assises parce qu’elles n’étaient pas indiquées au départ dans la charte de la transition. Surtout, nous avons compris très tôt que c’était un moyen de proroger la transition », explique l’ancien Premier ministre, qui se veut réaliste : « Techniquement, la date du 27 février 2022 n’est de toute façon pas tenable. Nous espérons donc que la Cedeao sera un peu ouverte aux discussions et à un chronogramme raisonnable de six ou huit mois, si les autorités maliennes sont franches dans leurs intentions. Notre pays est fragile. De nouvelles sanctions ne sont pas souhaitables. »

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Alors que la Cedeao s’est élevée contre un report du scrutin et exigeait un chronogramme clair avant le 31 décembre au soir, Assimi Goïta est donc allé essayer de convaincre le président en exercice de l’organisation, Nana Akufo-Addo, de faire preuve de clémence. Ce vendredi, fort des résolutions prises lors de ces consultations, il devait être à Accra, en compagnie d’Abdoulaye Diop, le ministre des Affaires étrangères et de Zeïny Moulaye, le président des Assises.