Économie

RDC : la gouvernance Tshisekedi taclée par la Cour des comptes

Dans son rapport sur la gestion des finances publiques en 2020, l’instance de contrôle pointe de nombreux dérapages. Un camouflet pour le président congolais.

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Par - à Kinshasa
Mis à jour le 28 décembre 2021 à 20:31

Félix Tshisekedi, à Berlin, le 27 août 2021. © Tobias Schwarz/AP/SIPA

La gouvernance de la RDC a-t-elle changé ? Pas vraiment si l’on en croit la Cour des comptes. Dans son rapport sur le contrôle de l’exécution de la loi de finances 2020, document que s’est procuré Jeune Afrique, l’organisme présidé par Ernest Izemengia Nsaa-Nsaa dresse un tableau sombre de la gestion des comptes publics dans le pays.

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Dépassements budgétaires, dépôt tardif du rapport à la Cour des comptes et au Parlement, faible exécution des projets d’investissements… La liste des griefs est longue, ce qui explique que la Cour « n’est pas en mesure de produire le rapport de certification des comptes », et elle rappelle celle qui figurait dans les rapports précédents portant sur les années 2019 et 2018.

Manquements graves

Amer pour le pays, le constat sonne comme un camouflet pour son président, Félix Tshisekedi, qui a succédé à Joseph Kabila et défend, depuis son arrivée au pouvoir, la nécessité de changer de gouvernance afin d’améliorer la transparence dans la gestion des affaires publiques.

Parmi les manquements graves, la Cour des comptes pointe des dépassements budgétaires « non règlementés » au cours de l’exercice 2020. Ils concernent en premier lieu certains ministères, celui des Mines (avec un taux de dépassement de 961%), des Affaires étrangères (411 %) et de la Justice (180 %), mais aussi la primature (91%), le secrétariat général du gouvernement (72 %), la présidence (13 %) et le Conseil économique et social (3 %).

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Certains observateurs, proche de la présidence congolaise, font remarquer que les plus importants dépassements touchent les instances dont la gestion a été confiée à des représentants du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) de l’ancien président Joseph Kabila.

PPRD, UDPS et FCC dans le viseur

C’était le cas de la primature, conduite par Sylvestre Ilunga Ilukamba, du portefeuille de la Justice, mené par Célestin Tunda Ya Kasende, et de celui, stratégique, des Finances, dirigé par Sele Yalaghuli. Les Affaires étrangères (alors piloté par Marie Ntumba Nzeza) et les Mines (alors dirigé par Willy Kitobo Samsoni) étaient, eux, aux mains d’autres partis, respectivement celui du président Tshisekedi, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), et le Front commun pour le Congo (FCC), certes proche du PPRD.

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« La Cour relève une prépondérance des dépenses courantes sur les dépenses en capital à hauteur de 69 % contre 31 % », soulignent, par ailleurs, les magistrats.

Une exécution de projets problématique

Sur 708 projets budgétisés concernant des dépenses en fonds propres de 84,9 millions de dollars, seulement 41 ont été mis en œuvre, mais pour un montant de 106 millions de dollars, soit un taux d’exécution de 125 %.

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Sur 848 projets retenus pour les provinces et territoires, avec un budget de 69,9 millions de dollars, seulement 13 ont été lancés, pour 42 millions de dollars, soit un taux d’exécution de 60 %.

Au final, le rapport relève que les dépenses publiques ont été clôturées à hauteur de 6 milliards de dollars contre une prévision de 5,6 milliards de dollars. Pour rappel, la loi de finances prévoyait au départ un montant de 11 milliards de dollars avant que celui-ci ne soit revenu à la baisse en septembre 2020 en raison de la crise liée à la pandémie de Covid-19.