Économie

Togo : financement de projets et clientèle traditionnelle, le double pari de Bonkoungou avec IB Bank

En reprenant la Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI), le magnat burkinabè Mahamadou Bonkoungou veut répliquer dans le secteur bancaire la réussite qu’il a bâtie avec Ebomaf dans le domaine du BTP.

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Mis à jour le 24 décembre 2021 à 16:05

Mahamadou Bonkoungou, patron du groupe Ebomaf © Groupe Ebomaf

C’est dans les locaux du ministère togolais des Finances que l’argentier du pays, Sani Yaya, et les équipes de IB Holding, dirigé par le banquier marocain Nabil Tahari, ont conclu le 20 décembre le contrat de cession de l’historique Banque togolaise pour le commerce et l’industrie (BTCI).

Une signature réalisée sous le regard attentif de Mahamadou Bonkoungou, fondateur d’IB Holding, mais loin des caméras des journalistes.

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Ce passage de témoin consacre la prise de contrôle à hauteur de 90 % de la BTCI par le magnat burkinabè du BTP entré dans le monde bancaire ; le reliquat de 10 % du capital restant dans les mains de l’État togolais.

Force historique

Dans un communiqué conjoint, ce dernier se félicite de cette cession qui vise in fine à « consolider la structure financière de l’institution dont le capital social sera porté à 27 milliards de F CFA par apport en fonds propres de IB Holding, censé renforcer sa solvabilité et sa liquidité afin de permettre à la banque de mieux jouer son rôle dans le financement de l’économie nationale ».

En acquérant la BTCI, IB Holding entend, de son côté, augmenter ses parts de marché au Togo en se différenciant de la concurrence et en diversifiant son portefeuille clients tout en travaillant à améliorer le service offert à ces derniers.

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BTCI intègre donc IB Holding et devient ainsi IB Bank Togo. « Malgré le changement de dénomination sociale, ce qui a fait la force historique de la banque sera préservé, assure le repreneur. Nous voulons garder la clientèle traditionnelle et développer de nouveaux produits axés sur la digitalisation. »

Ni l’exécutif togolais ni IB Holding, entité qui chapeaute les filiales bancaires du groupe de Bonkoungou, n’ont communiqué le montant de la transaction.

Nous allons lancer de nouveaux produits comme l’expérience digitale sécurisée

Sur ce dossier, le patron du groupe Ebomaf a été conseillé par le cabinet Africa Development Consulting appuyé par les équipes d’IB Bank sur le volet due diligence et de l’avocat d’affaires burkinabè Dramane Sanou sur le volet juridique.

Du côté de Lomé, la Commission de privatisation, supervisée par le ministre des Finances, s’est attachée les services de la compagnie financière Cadmos, du cabinet KPMG Côte d’Ivoire et du cabinet d’avocats ENSafrica, représenté par Sébastien Thouvenot.

Apport de 20 milliards de F CFA

Dans la foulée du closing de l’opération, Mahamadou Bonkoungou a annoncé son intention de renflouer la banque publique, qui était jusqu’ici placée sous administration provisoire. « Sur instruction du PDG, nous avons décidé de porter le capital à 27 milliards de F CFA, soit un apport de 20 milliards, explique le banquier marocain Nabil Tahari, patron de IB Holding. En devenant l’une des plus importantes capitalisations de la place financière de Lomé, nous voulons montrer le niveau d’engagement de IB Holding et tirer profit du potentiel de croissance de l’ex-BTCI. »

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IB Bank Togo, qui reprend un réseau d’une vingtaine d’agences totalisant plus de 70 000 clients, entend mettre en œuvre un plan de transformation prévoyant notamment le financement des grands projets inscrits dans la feuille de route gouvernementale 2020-2025.

Nous sommes ouverts à toutes opportunités dans la zone Umoa, en priorité en Afrique centrale

« Nous allons lancer de nouveaux produits comme l’expérience digitale sécurisée afin de conserver notre clientèle historique mais aussi d’en conquérir une nouvelle », assure-t-on dans l’entourage du patron du groupe de construction.

Nouvelles acquisitions ?

Dotée d’un capital de 30 milliards de F CFA (45 millions d’euros), IB Holding, qui agissait jusqu’ici comme un véhicule d’investissement, affirme avoir entamé un travail de structuration afin de mieux chapeauter ses filiales. Cette mue doit lui permettre de dérouler son plan de création d’un groupe bancaire panafricain au service du financement des économies du continent.

Dans cet optique, IB Bank Burkina doit être rattachée à la holding courant 2022 et les participations de l’unique actionnaire transférées vers l’entité centrale.

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L’appétit de Bonkoungou pour la finance a démarré en 2017 dans son pays par la prise de contrôle pour 7 milliards de F CFA de la Banque de l’habitat du Burkina Faso, transformée en International Business Bank (IB Bank). Le groupe Ebomaf a ensuite créé ex nihilo IB Bank Djibouti l’an dernier.

Selon nos informations, Mahamadou Bonkoungou étudierait de près la possibilité d’ouvrir le tour de table de IB Holding à de nouveaux partenaires. En attendant, il demeure à l’affût. « Nous travaillons sur de nouvelles acquisitions et nous sommes ouverts à toutes opportunités dans la zone Umoa en priorité en Afrique de l’Ouest », confie ainsi Nabil Tahari.