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Port de commerce de Lomé. © Jacques Torregano pour JA

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Des Bolloré aux Aponte : la logistique en Afrique, une affaire de famille

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Économie

Bolloré Africa Logistics : dix choses à savoir sur Gianluigi Aponte, le puissant et discret armateur candidat au rachat

Les activités du groupe Bolloré en Afrique sont bien à vendre. C’est MSC qui devrait en faire l’acquisition et ainsi conforter sa place de leader mondial du secteur maritime. À la tête de l’armateur italo-suisse, le discret homme d’affaires Gianluigi Aponte.

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Mis à jour le 3 janvier 2022 à 14:50

Gianluigi Aponte, le fondateur de Mediterranean Shipping Company (MSC), au palais Matignon, le 20 janvier 2020. © THOMAS SAMSON/AFP

1. Bolloré

C’est officiel. Depuis le 20 décembre, 18h, l’armateur italo-suisse Mediterranean Shipping Company (MSC), créé par Gianluigi Aponte, a proposé 5,7 milliards d’euros pour reprendre les activités de transport et de logistique détenues par le groupe Bolloré en Afrique. L’opérateur français se donne jusqu’au 31 mars 2022 pour répondre à cette offre qui, si elle se concrétise, permettra à MSC de mettre la main sur une quinzaine de terminaux et sur trois réseaux ferroviaires à travers le continent. Et faire de MSC l’un des fournisseurs de services maritimes et portuaires les plus importants d’Afrique.

2. Il capitano

Né à Sorrente en 1940, le fils unique d’Aniello Aponte et de Gina Galli suit ses parents en Somalie italienne où ils ont ouvert un hôtel pendant la Seconde guerre mondiale. La disparition d’Aniello en 1945, à l’âge de 35 ans, précipite le retour des Aponte mère et fils dans la baie napolitaine. Grâce à son oncle Giovanni, le jeune Gianluigi se prend de passion pour la mer.

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Il rentre à l’Institut national des techniques nautiques installé à quelques encablures de Sorrente et devient marin pour le compte de la compagnie créée par l’entrepreneur napolitain Achille Lauro. Il y gagne rapidement ses galons d’officier, et devient capitaine de ferry sur la liaison Naples-Capri. C’est au cours de l’une de ces traversées qu’il rencontre Rafaela Diamant Pinas, fille d’un banquier suisse, qui deviendra quelques années plus tard son épouse.

3. D’ASC à MSC

Un temps financier sur la place genevoise, pour le compte d’Investor Overseas Service (IOS) du Britannique Bernie Cornfeld (accusé d’escroquerie en 1973), Gianluigi Aponte réussi à acheter son premier navire en 1969, un vieux cargo allemand baptisé Patricia, grâce à l’aide de sa belle-mère, Régine Hakim. Il créé la même année Aponte Shipping Company (ASC) qu’il installe à Bruxelles et lance un service régulier depuis Anvers en direction de la Somalie. Il fait l’acquisition en 1971 d’un second navire, le Rafaela, et change le nom de sa compagnie, qui devient MSC.

Il quitte la capitale fédérale belge en 1978 pour rallier Genève. Deux ans plus tard, il se débarrasse de sa flotte, qui compte alors une vingtaine de cargos, pour acheter ses premiers porte-conteneurs. L’aventure de MSC peut démarrer.

4. Fortune familiale

MSC est une « multinationale familiale ». Au côté de son mari, Rafaela a cofondé la compagnie et s’occupe encore aujourd’hui du design intérieur de ses paquebots. Le fils, Diego, a été nommé président-directeur-général du groupe en 2014 – même si le patriarche garde un œil sur la salle des machines, pendant que la fille, Alexa, en devient la directrice financière.

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Le mari de cette dernière, Pierfrancesco Vago est le président exécutif de MSC Croisières. Et l’épouse de Diego, Ela, gère les relations du groupe avec les banques. « Les repas du dimanche ressemble à un conseil d’administration », confirmait en 2019 l’un des collaborateurs du groupe. La fortune de la famille Aponte a été estimée à 10,7 milliards de dollars en 2020 par Bloomberg.

5. Premier armateur mondial

Chez les Aponte, on est capitaine de navires depuis le XVIIe siècle, quelque part entre Naples et Sorrente où s’est établie la famille. Le nom apparaît pour la première fois en 1675 dans le carnet de bord d’un ferry de l’époque. Depuis, « la terre couvre un tiers de la surface terrestre, nous couvrons le reste », comme le dit encore aujourd’hui le slogan de MSC qui a doublé le danois Maersk en 2021, pour devenir le premier armateur mondial.

6. Géant des mers

Si Maersk reste la première compagnie maritime en nombre de navires (720 contre 633), MSC est numéro un mondial en termes de capacité de transport (4,23 millions d’équivalent vingt pieds, EVP, contre 4,22 millions). Les navires MSC transportent chaque année 21,5 millions de conteneurs. Le groupe italo-suisse gère également une quarantaine de terminaux portuaires dans le monde, dont deux en Afrique de l’Ouest.

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En attendant la concession de Douala, remportée par le groupe en 2019, avant que la décision ne soit annulée par la justice camerounaise suite au recours de l’ancien manutentionnaire de la place, Bolloré Transport & Logistics (BTL). En ajoutant ses activités de croisière, démarrées en 1988, MSC a réalisé un chiffre d’affaires annuel de 38 milliards de dollars en 2020 et emploie 70 000 personnes à travers le monde.

7. France

Quatrième opérateur croisiériste au monde, MSC s’est constitué par ailleurs une des flottes de paquebots les plus modernes du marché. Dix-sept de ses vingt navires ont été construits sur les Chantiers de l’Atlantique, installé à Saint-Nazaire, depuis 2001, ce qui fait du groupe l’un des premiers clients privé de la France au titre des grands contrats à l’export.

Rien que pour l’année 2019, la contribution de l’opérateur dans l’économie française s’est élevée à 5,3 milliards d’euros. De quoi justifier la légion d’honneur remise à Gianluigi Aponte par le président Nicolas Sarkory en avril 2010.

8. Culture du secret

Gianluigi Aponte est décrit par ceux qui l’ont rencontré comme une personnalité calme et silencieuse, secrète et insaisissable. À l’image de la compagnie. « Il n’y a pas beaucoup d’entreprises de cette taille au monde qui soit aussi discrète que MSC », confirme un expert du secteur maritime.

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Non cotée en bourse, la compagnie n’est pas tenue de montrer ses comptes. Également adepte de l’optimisation fiscale, elle compte de nombreuses filiales établies au Luxembourg ou à Chypre. Sans oublier le siège du groupe installé à Genève. Certaines pratiques ont valu à MSC d’être par le passé dans le collimateur des administrations fiscales françaises, italiennes ou brésiliennes.

9. Alexis Kohler

« Un lointain cousin ». C’est ainsi que se qualifiait en 2018 le secrétaire général de l’Elysée, également fils de la cousine germaine de Rafaela Aponte. Un lien familial qui intéresse alors les médias français après qu’ils se soient rendus compte, qu’avant d’être au service d’Emmanuel Macron, Alexis Kohler était à partir de 2010 le représentant de l’État au conseil d’administration des chantiers navals de Saint-Nazaire, dont MSC était le principal client.

Et quand il quitte son poste en 2016, c’est pour prendre les fonctions de directeur financier de la division croisière de la compagnie. De quoi susciter des « soupçons de conflit d’intérêts » pour l’association Anticor qui a déposé plusieurs plaintes auprès du parquet national financier.

10. Sophia Loren

Le 29 novembre 2021, la légende du cinéma était à Dubaï pour assister au baptême du MSC Virtuosa, le 19e navire de croisière lancé par la compagnie, le 17e pour la Divine, qui depuis une douzaine d’années n’a pas manqué une cérémonie. La très officielle marraine de la flotte de paquebots du croisiériste est une proche de la famille Aponte.

Née à Rome, elle a grandi dans la baie de Naples, non loin de Sorrente. « C’est la famille », a d’ailleurs plusieurs fois déclaré Sophia Loren qui connaît Gianluigi et Rafaela depuis la fin des années 1960.