Politique

Côte d’Ivoire : mais où était passée Djenebou Zongo, la proche collaboratrice de Bédié ?

Mis à jour le 29 décembre 2021 à 09:26

Djenebou Zongo, ancienne conseillère en communication de Henri Konan Bédié © PDCI RDA

Portée disparue depuis la présidentielle d’octobre 2020, l’ex-patronne de la communication du PDCI vient de réapparaître. Elle est nommée à l’inspection du parti.

Mais où était-elle donc bien passée ? Ils sont nombreux à se poser la question, ce 9 décembre, en apercevant Djenebou Zongo arpenter la Maison du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), le siège de la formation d’Henri Konan Bédié (HKB) à Abidjan. Nommée à l’inspection du parti – un organe dirigé par Niamien N’Goran, censé encadrer ses activités -, l’ancienne conseillère en communication de l’ex-président ivoirien fait son grand retour. Si sa présence est ce jour-là remarquée, c’est que Djenebou Zongo avait littéralement disparu depuis les tensions qui ont suivi l’élection présidentielle du 31 octobre 2020.

Retour un an en arrière. Nous sommes le 3 novembre 2020. Alassane Ouattara vient d’être déclaré vainqueur d’un scrutin boycotté par la grande majorité de l’opposition. Refusant de reconnaitre cette victoire, les rivaux du président annoncent lors d’une conférence de presse à la résidence d’HKB la création d’un Conseil national de transition (CNT). Le chef de l’État réagit immédiatement. Le quartier de Cocody-Ambassades est bouclé par plusieurs cargos de CRS et du Groupement mobile d’intervention (GMI). L’air est saturé de gaz lacrymogène. Après plusieurs heures d’attente, les forces de l’ordre lancent l’assaut. Une dizaine de personnes présentes au domicile de Bédié sont arrêtées, comme Maurice Kacou Guikahué et Narcisse N’dri. Djenebou Zongo, elle, se volatilise.

Elle était de tous les voyages de Bédié et filtrait ses rendez-vous – certains l’accusaient même de les monnayer

Figure incontournable

Son absence est très remarquée : cela fait près de quinze ans que cette femme est une une figure incontournable. Ancienne compagne de Kouadio Konan Bertin (KKB), le ministre de la Réconciliation, avec lequel elle a eu un fils et dont elle fut la chargée de communication, elle était l’une des plus proches collaboratrices de Bédié. Travaillant à ses côtés depuis 2007, elle le connaissait par cœur. Elle était de tous ses voyages à l’étranger, de toutes les rencontres politiques, filtrait ses rendez-vous – certains l’accusaient même de les monnayer.

Au temps de l’alliance avec Alassane Ouattara, rompue par le PDCI en août 2018, elle entretenait d’excellentes relations avec la présidence et bénéficiait de ses largesses. Selon certains sources, elle émargeait auprès de plusieurs institutions de la République et voyait ses frais médicaux régulièrement payés par le pouvoir.

Exfiltrée dans le coffre d’une voiture

Rapidement après sa disparition, des premières informations avaient fait état de sa brève interpellation. Mais selon nos sources, Djenebou Zongo a en réalité été exfiltrée sur instruction de Bédié, cachée dans le coffre de la voiture de Gaston Ouassénan Koné. Général à la retraite respecté par ADO et la hiérarchie militaire, ce dernier était l’un des seuls à pouvoir braver les barrages policiers sans risque d’être fouillé. « Ouassénan l’hébergeait depuis un moment. Il l’avait déjà prise sous son aile », précise un cadre du PDCI.

Choquée et craignant d’être arrêtée, Djenebou Zongo vit ensuite pendant plusieurs mois à Abidjan, dans un lieu tenu secret appartenant à l’ancien député de Katiola. Elle change également de numéro de téléphone, utilise seulement la messagerie sécurisée Signal. Par la suite, elle se rendra à deux reprises en France, en mai et en décembre 2021.

Djenebou était le fusible idéal. Elle s’était fait beaucoup d’ennemis en interne, qui jalousaient sa relation avec Bédié

Chasse aux sorcières

Entre-temps, le PDCI est traversé par une véritable chasse aux sorcières. Après la débâcle électorale, tout le monde est soupçonné de trahison. Accusée d’avoir divulgué des informations à certaines personnalités proches du pouvoir, Djenebou Zongo en fait les frais. « Djenebou était le fusible idéal. Elle s’était fait beaucoup d’ennemis en interne, qui jalousaient sa relation avec Bédié. Le Vieux lui confiait tout. N’importe quel document du parti passait par elle, raconte un proche de l’ancien président. Elle a aussi fait des missions secrètes et délicates. Elle était notamment chargée de garder le contact avec d’anciennes figures du parti qui avaient rejoint le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir), comme Jeannot Ahoussou-Kouadio, le président du Sénat. »

L’intéressée n’a pas répondu aux sollicitations de Jeune Afrique. « Djenebou n’a plus eu de relation avec le pouvoir depuis la rupture entre ADO et Bédié. Toutes ces accusations sont fausses. Bédié ne l’a pas lâchée. Il a simplement voulu la protéger. Sa récente nomination en est la preuve », assure l’un de ses proches.