Économie

Yvonne Ike (BofA) : « Malgré l’incertitude, les banques sur le terrain se réinventent »

Reprise économique, énergie, infrastructures, marchés des capitaux, dette… La DG Afrique subsaharienne de Bank of America balaie pour JA les nouvelles tendances de l’industrie financière sur le continent.

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Mis à jour le 17 janvier 2022 à 15:35

Avant Bank of America, la spécialiste des services financiers Yvonne Ike est passé par Renaissance Capital en Afrique de l’Ouest et JP Morgan. © DR

C’est une année particulièrement mouvementée pour les économies africaines qu’Yvonne Ike a suivi depuis son bureau de Londres, au Royaume-Uni. Et ce dans tous les domaines de son périmètre : la banque d’investissement, les marchés mondiaux (notamment pour l’énergie et les matières premières), la banque d’entreprise et les services financiers.

Directrice générale de l’Afrique subsaharienne chez Bank of America depuis 2014, la spécialiste des services financiers (ex Renaissance Capital en Afrique de l’Ouest et JP Morgan), d’origine nigériane, s’est intéressée de près aux problématiques rencontrées par ses clients États, fonds souverains ou fonds de pension, multinationales opérant en Afrique et/ou localisées sur le continent, depuis le début de la crise du Covid-19.

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Se gardant toutefois de se prononcer sur les zones géographiques précises ou les typologies d’acteurs les plus bousculés par la récession économique qui s’est brusquement abattue sur le continent en 2020, elle dresse, pour Jeune Afrique, un bilan des tendances du secteur financier africain.

Jeune Afrique : Quelles évolutions avez-vous pu constater au niveau de l’industrie financière continentale cette année ?

Yvonne Ike : De nombreux marchés africains sont en pleine mutation, suscitent l’intérêt des investisseurs et occasionnent ce que j’appellerais des « transactions innovantes ». C’est le cas dans le domaine de l’électrification par exemple. Sachant que la moitié de notre population est toujours dans l’obscurité ou dans une obscurité relative – et cela représente près de 600 millions de personnes -, cela justifie d’aborder ce sujet de manière prioritaire, notamment à travers la transition énergétique.

L’Afrique souffre d’un déficit de financement d’infrastructures de l’ordre de 70 à 80 milliards de dollars chaque année

Les services financiers évoluent, à mesure que la façon de commercer change elle aussi. Dans le secteur des marchés de capitaux, nous nous remettons continuellement en question. Comment pouvons-nous soutenir nos clients pour trouver des sources alternatives de capital ? Comment créer des fonds de financement d’infrastructures cotés à l’international ?

Pour rappel, l’Afrique souffre d’un déficit de financement d’infrastructures de l’ordre de 70 à 80 milliards de dollars chaque année parce qu’il est difficile de trouver un projet crédible, avec les bons sponsors, le bon niveau de transparence, le bon niveau de gouvernance et le bon environnement réglementaire. Mais je pense que coter ces projets à l’international permet de diminuer les risques et d’accroître la confiance.

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Et en termes d’opération(s) marquante(s). Auriez-vous des exemples pour illustrer une tendance qui durera en 2022 ?

Tout au long de l’année 2021, Bank of America a soutenu des transactions visant à lutter contre la crise du Covid-19, où les fonds levés ont également été utilisés pour financer des infrastructures.

D’une manière générale, le marché des capitaux obligataires a été très actif. Et cette tendance devrait se poursuivre.

Les marchés des capitaux obligataires ont été très, une tendance qui devrait durer

Un exemple est l’émission obligataire de 3 milliards de dollars de la Banque africaine de développement (BAD) au début de la crise du Covid-19, que Bank of America a soutenu. Le montant levé montre que ce type d’institution a une puissance de feu bien supérieure à celle d’un seul gouvernement.

 

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Que penser alors de la solidité des banques africaines qui accompagnent ces opérations ? Les agences de notation Moody’s et Fitch Ratings ont dernièrement été peu optimistes pour l’année prochaine.

Je comprends ce que ces agences disent à propos des banques qui doivent relever le défi d’opérer en cette période de crise. En Afrique, en particulier, l’une des conséquences les plus importantes du Covid est son impact sur le taux de croissance de l’ensemble du continent.

En fonction des pays, le taux moyen se situe au maximum entre 3 % et 5 %, un niveau qui ne permet pas de répondre à l’évolution de la population et aux niveaux d’inflation. Cela affectera la production domestique, puis, au fil du temps, les taux de change avant de se solder par le fait que les banques prêteront moins.

Les banques luttent pour continuer à augmenter leurs revenus et à gérer leurs marges opérationnelles aussi efficacement que par le passé

Malgré ce contexte, et malgré l’incertitude quant à la durée de cette période, les banques sur le terrain se réinventent. Il y a les fintechs par exemple, car le modèle traditionnel de prêt aux entreprises dans des économies à croissance rapide est actuellement remis en question.

Une chose est sûre ceci étant dit : d’un point de vue comptable, je ne connais aucune banque en Afrique qui ait des problèmes systémiques. Elles luttent pour continuer à augmenter leurs revenus tout en gérant leurs marges opérationnelles aussi efficacement que par le passé. Pour l’heure, il n’y a donc rien qui soit particulièrement préoccupant.