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Urbanisme en Tunisie : excès et maladresses

La Tunisie a connu ces deux dernières décennies le plus grand boom immobilier de son histoire. Quartiers et villes nouvelles ont jailli du sol presque partout. Cela a permis à plus de 80 % des Tunisiens de devenir propriétaires de leur logement. Un record en la matière. Cette croissance effrénée a nécessité l’élaboration d’un nouveau code de l’urbanisme, dont l’objectif premier est de mettre fin à l’anarchie rampante et à la spéculation. L’intervention directe des hautes autorités dans le planning de certaines zones de la capitale a empêché l’extension de cette anarchie aux zones névralgiques de la ville. Elle n’a malheureusement pas été suffisante, comme en témoigne le cas de la Soukra.
En gagnant en superficie, Tunis a grignoté la majeure partie de ses réserves foncières, ce qui contraint aujourd’hui à densifier les constructions. Cette politique semble très mal engagée comme le montre la démesure de la cité Ennasr, à Tunis, avec son boulevard d’immeubles culminant à plus de dix étages sur quelques kilomètres. On comprend le dépit des habitants du quartier qui ont vu leur ciel se boucher d’un coup.
Ennasr est supposée offrir à une population fortement active un cadre de vie aéré et agréable. Or la circulation y est déjà démentielle alors même qu’un grand nombre de logements ne sont pas encore occupés. Les transports en commun sont quasi inexistants, ni train ni métro n’ayant été réellement prévus pour desservir les dizaines de milliers de foyers que se partagent Ennasr, El-Manar et El-Ghazalah. Les terrains de sport n’ont pas droit de cité, et les décibels émanant de la formidable avenue Hédi-Nouira empoisonnent la vie des riverains.
La densification a ses règles et paramètres et ne peut s’appliquer de la même manière à tous les quartiers. Elle doit s’intégrer dès le départ dans un plan d’urbanisme global bien réfléchi, qui tiendra compte des capacités de l’infrastructure existante et de l’équilibre des zones à aménager.
Ainsi la décision récente de modifier les cahiers des charges dans des zones de villas pour passer de R + 1 à R + 2 risque-t-elle de nuire au charme de plusieurs quartiers et banlieues, certains fort anciens et prestigieux, et au style de vie de nombreux Tunisois. Nous assistons avec impuissance à une sournoise transformation de charmantes villas en petits immeubles ou en polycliniques (comme dans le cas de Mutuelleville), ouvrant sur des rues étroites et mal desservies.
Une politique de densification peut être appliquée dans certaines zones de la capitale, surtout au Sud et à l’Ouest, où prolifère un urbanisme à l’horizontale envahissant et peu esthétique. La région du lac Sud offre un potentiel prodigieux, ainsi que la dernière tranche du lac Nord qui sera le coeur du nouveau Tunis. En revanche, il est à notre avis hautement souhaitable de préserver le caractère de ville-jardin de la banlieue Nord. La localité de Aïn Zaghouan, par exemple, au pied de la colline de Byrsa et non loin du Palais présidentiel, a tout le potentiel pour devenir un des plus beaux quartiers résidentiels de la Tunisie sinon de la Méditerranée. Pourtant, on y prévoit la construction de tours d’habitation. Ne risque-t-on pas de ruiner la spécificité de Carthage en y implantant de grands immeubles ? Le sous-sol ne devrait-il pas être épargné compte tenu de son intérêt archéologique ?
La maîtrise du développement urbain n’est pas chose facile. Les infractions demeurent multiples, commises de jour comme de nuit, parfois sous l’oeil bienveillant des agents municipaux. En témoigne le cas de ces nouveaux propriétaires qui ont défiguré le splendide quartier Notre-Dame de Tunis, faisant fi du cahier des charges. Et encore, n’eût été l’intervention énergique du chef de l’État, la situation aurait pu être autrement plus grave.

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