Politique

Mamadou Diop Decroix : « Avec Alpha Condé, nous avons partagé des sacrifices, non des privilèges »

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Mis à jour le 21 décembre 2021 à 16:15

Mamadou Diop Decroix, en 2015 à Dakar (Archive). © Guillaume Bassinet pour J.A.

Se sentant visé par l’éditorial de JA sur le silence des responsables politiques hier « amis » d’Alpha Condé et aujourd’hui bien silencieux, le député sénégalais Mamadou Diop Decroix a souhaité répondre. Une mise au point que nous publions bien volontiers.

« Non, Monsieur François Soudan, Alpha Condé ne m’a pas financé ! Si vous détenez les preuves du contraire, je vous invite à les publier. Vous et moi ne nous connaissons pas personnellement et, n’eût été votre article récent – « Sarkozy, Hollande, Bolloré, Kouchner… Où sont passés les “amis” d’Alpha Condé ? »-, je n’aurais pas souhaité avoir à relater, dans les circonstances actuelles, ma relation personnelle avec Alpha Condé.

Je n’ai jamais tourné le dos à Alpha Condé

J’ai fait sa connaissance vingt ans avant qu’il ne soit élu, en 2010, à la tête de la République de Guinée. Nous avons donc au compteur plus de trente années de compagnonnage. Pendant deux décennies, nous avons partagé des sacrifices et non des privilèges. Puis, après sa première élection, Alpha Condé et moi avons gardé ce rapport dépouillé, franc et direct, sans aucune interférence liée à l’argent ou à l’attribution de quelque bien matériel que ce soit. C’est pourquoi, lorsque vous prétendez que je serais de ceux qui lui ont tourné le dos en ne parlant pas de sa situation depuis le putsch du 5 septembre 2021, je tiens à vous préciser que c’est inexact.

Arrêté une dizaine de fois

Je ne me suis jamais tu sur la situation en Guinée car, à mes yeux, le Sénégal n’est que la Guinée septentrionale et la Guinée, le Sénégal méridional. Près de deux ans, jour pour jour, avant le coup d’État du 5 septembre 2021, j’avais ainsi alerté, dans un article de presse, sur « l’urgence de s’asseoir pour discuter ». De même, au lendemain de la destitution d’Alpha Condé par les militaires, j’ai pris position à travers une déclaration publique. Sans compter les nombreuses émissions de télé dans lesquelles je suis revenu sur la situation en Guinée.

Je n’ai que ma crédibilité comme richesse

Votre éditorial tend à me faire passer pour un chasseur de primes sans foi ni loi. Or je bouclerai bientôt un demi-siècle de combat politique dédié au Sénégal et à l’Afrique, ce dont je rends grâce à Dieu. Tout au long de ce combat, j’ai été arrêté une dizaine de fois, incarcéré une demi-dizaine de fois, exclu de l’université par décret du président de la République du Sénégal – pour faits de grève – et enrôlé de force dans l’armée de mon pays.

Par la suite, j’ai été ministre pendant de longues années, durant les deux mandats du président Abdoulaye Wade, sans avoir jamais été mêlé à un quelconque acte de mal-gouvernance. De larges franges de mes compatriotes me le reconnaissent, y compris ceux qui ne votent pas pour moi.

En somme, Monsieur Soudan, je n’ai que ma crédibilité comme richesse. La ruiner de façon gratuite est profondément injuste, même si c’est dans le cadre d’une entreprise visant à la défense d’Alpha Condé. Retenez que je n’ai rien à voir avec ces personnalités politiques dont vous affirmez qu’après avoir bénéficié des largesses de ce dernier, elles l’auraient remboursé par de l’ingratitude. »

Mamadou Diop Decroix


La réponse de François Soudan

À l’instar de Moustapha Niasse, Mamadou Diop Decroix s’est senti visé par une phrase de mon éditorial qui, pourtant, ne l’incrimine ni explicitement ni directement : « Au sein du cercle des amis disparus, certains rétorqueront sans doute qu’ils agissent dans l’ombre pour faire libérer celui dont ils ont manifestement beaucoup de mal à faire oublier les largesses passées ».

Aucun nom n’est ajouté à cette phrase, les concernés se reconnaitront. Mais à la différence du président de l’Assemblée nationale sénégalaise, qui a lâché ses chiens de garde pour aboyer contre l’auteur de ces lignes, l’auteur de La Cause du peuple délivre une mise au point courtoise et, je n’en doute pas, sincère.

En revanche, et au vu des commentaires que Mamadou Diop Decroix a joints à sa réaction, la question posée dans ma tribune demeure d’actualité : « Qui, parmi les amis d’Alpha a fait entendre sa voix pour exprimer son indignation et dire que sa réclusion hors de toute procédure légale était de toute évidence inacceptable ? » Personne, hélas.

François Soudan