Culture

Gambie : un carnet de voyage au-delà de Banjul

Le photographe Dan Privat et sa compagne, la dessinatrice Sonia Privat, ont rapporté de leur voyage un beau-livre, « Gambie River », magnifié par de superbes portraits de Gambiens, et de Sénégalais.

Mis à jour le 7 janvier 2022 à 11:46

« Gambie River », de Sonia et Dan Privat : arrivée à Kuntaur, p.56-57 – Magellan & Cie © Sonia Privat

Karang, Janjanbureh, Kuntaur, Wassu, Tanji, Sanyang, Toubacouta… Ces noms parlent aux bons connaisseurs de l’Afrique de l’Ouest, mais rares sont ceux qui pourraient les placer sur une carte ! Pourtant, pour une raison ou pour une autre, toutes ces villes valent le détour et c’est ce que nous raconte en mots et en images l’artiste Sonia Privat.

Publié aux éditions Magellan & Cie, Gambie River est un carnet de voyage à travers cet État de 11300 km2, le plus petit d’Afrique continentale, inséré comme l’on sait dans le Sénégal. Combien de touristes, quittant la capitale, Banjul, s’aventurent le long du fleuve pour aller à la rencontre de ses populations ?

La Gambie est aussi rouillée qu’elle est aride

Carnettiste réputée, Sonia Privat compte parmi ceux-là. Avec Dan, son compagnon, elle est entrée dans le pays à partir du poste-frontière de Karang et l’a traversé à bord d’une vieille Mercedes équipée de pneus à clous et pilotée par Mustapha, « silhouette élancée et costume un peu trop grand ». « La Gambie est aussi rouillée qu’elle est aride, surtout si l’on s’enfonce dans ses terres, écrit Sonia Privat. […] La corrosion et la végétation ont tout envahi. Sur les rives du fleuve, subsistent une usine de traitement des arachides et de nombreux comptoirs à l’abandon. »

Talent et empathie

Si les textes relatent les impressions et les rencontres d’un couple de toubabs en voyage, Gambie River vaut surtout par la qualité de ses illustrations. Quand Dan photographie, Sonia dessine avec talent et empathie.

Autrice de nombreux livres parus chez Magellan & Cie (Saint-Louis, Sénégal ; Zanzibar, le royaume des fées ; Gorée, symboles du Sénégal ; India Express ; L’Œil et le Pinceau, deux artistes à Zanzibar…), elle n’a pas son pareil pour saisir les visages, les regards, les attitudes. Présenté dans la plus pure tradition des carnets de voyage, Gambie River mêle crayonnés rapides et portraits léchés – dont certains sont actuellement exposés par la Librairie du voyageur, siège des éditions Magellan & Cie (34, rue Ramey, Paris 18e).

À Lire L’art contemporain africain s’offre en beaux livres

Ce que l’on perçoit, dans ces dessins, c’est une atmosphère d’échange entre l’artiste et ses modèles. « L’amitié, c’est difficile lorsque l’on se quitte… écrit encore Privat. Bien des voyageurs se lient avec des gens d’un pays, d’un village, d’une ferme. Je ne sais pas comment ils font pour ne jamais revenir. Moi, je n’y arrive pas. Ma priorité n’est pas d’accumuler les visas sur mon passeport. Ce qui me rend heureuse, c’est de revenir voir mes amis autant que je le peux. » Ce bonheur, il est tangible.

« Gambie River », de Sonia et Dan Privat, Magellan & Cie, 120 pages, 25 euros