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Microsoft à l’assaut de l’Afrique

Le géant américain de l’informatique accentue son emprise sur le continent.

Par - Élise Colette
Mis à jour le 6 octobre 2003 à 01:00

Alors que Microsoft est aux prises avec la justice européenne, accusé de contrevenir aux lois antitrust de l’Union, le géant mondial des logiciels vient de faire un grand pas sur le continent africain. Présent depuis 1992 en Afrique du Sud, et depuis environ sept ans en Afrique de l’Ouest et centrale, Microsoft a réalisé, à l’occasion d’une réunion, les 22 et 23 septembre, une nouvelle percée, qui pourrait lui assurer une couverture totale du marché subsaharien.
La rencontre, tenue à huis clos au centre de conférences de Sandton, à Johannesburg, en Afrique du Sud, a réuni trente-deux ministres africains des Technologies de l’information ou de l’Éducation, le Premier ministre du Gabon et les dirigeants de Microsoft sur le continent. Bill Gates, présent en Afrique australe au nom de sa fondation (voir J.A.I. n° 2229), a fait un détour par Sandton pour témoigner de l’intérêt qu’il porte à ce marché prometteur.
« C’est la première fois qu’on regroupait des ministres et des acteurs du secteur privé dans une conférence non institutionnelle », explique Franck Jacquard, directeur Microsoft pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. Certes, il s’agissait de montrer à ces responsables que Microsoft est la « meilleure entreprise du monde », mais en se fondant plutôt sur des investissements à long terme. Fournir des logiciels à bas prix, les éditer dans les langues nationales, proposer aux gouvernements des outils de travail améliorant l’efficacité de leurs administrations : bref, élaborer une stratégie d’équipement, comme ce fut le cas avec Johannesburg, « une référence pour l’entrée de l’Afrique dans l’ère numérique », selon Ibrahima Soumah, ministre guinéen des Sciences et de la Technologie.
Quatre contrats ont été signés lors de cette conférence. L’Afrique du Sud, déjà proche de l’entreprise, a remporté le plus gros lot : outre la traduction des principaux logiciels en zoulou et en afrikaans, le gouvernement a obtenu l’accès au code-source du système d’exploitation Windows pour améliorer la sécurité des serveurs. Côté namibien, l’accord prévoit d’équiper toutes les écoles d’ici à 2004. Quant aux partenariats signés avec le Gabon et le Nigeria, ils permettront d’équiper l’administration de façon sécurisée et homogène.
Microsoft s’est défendu d’avoir organisé une conférence à dessein purement commercial, même si Jacquard rappelle que « le continent représente 1 % du chiffre d’affaires global de Microsoft, mais est aussi le marché où la croissance des ventes est le plus élevée : 40 % par an ». Et de rappeler que « notre ambition en Afrique n’est pas nouvelle ; nous avons compris que les gens souhaitaient se tourner vers les nouvelles technologies ». Cette anticipation place l’entreprise devant ses concurrents. « Microsoft est la seule société à nous proposer une stratégie », reconnaît Bernard Behi, conseiller technique du ministre ivoirien des Nouvelles Technologies de l’information. « Et nous avons besoin de son savoir-faire. À nous de mettre des garde-fous pour éviter que l’entreprise devienne hégémonique. »